J’avais quitté le Burkina Faso en juillet 1992. Je le retrouve trente-quatre ans plus tard, en ce 11 juillet 2026. Il est difficile de décrire l’émotion qui m’habite au moment où je foule de nouveau cette terre. Trente-quatre années représentent une vie entière, une succession de souvenirs, de rencontres, d’expériences et de transformations. Pourtant, certaines émotions demeurent intactes. Il suffit parfois d’un paysage, d’une odeur, d’un sourire ou d’un accent pour réveiller une mémoire que l’on croyait assoupie.
Ce retour est bien plus qu’un simple voyage. C’est un rendez-vous avec une partie de mon histoire personnelle. C’est aussi l’occasion de mesurer le chemin parcouru, tant par le pays que par chacun de ceux qui y vivent. En revenant au Burkina Faso, je retrouve des lieux qui ont changé, mais aussi des valeurs qui, elles, semblent avoir traversé le temps avec une remarquable constance.
Cette joie est encore plus grande parce qu’elle est partagée. J’ai eu le bonheur de retrouver deux anciens condisciples du Moyen Séminaire de Yopougon-Kouté : Matthieu Ouédraogo et Paul Koné. Avec Matthieu, nous avions séjourné dans ce célèbre établissement entre septembre 1979 et juin 1982. Ces retrouvailles, après tant d’années, sont chargées d’émotion. Elles nous rappellent une époque où nous étions de jeunes séminaristes, animés par des rêves, des idéaux et une soif d’apprendre. Les années ont laissé leur empreinte sur nos visages, mais elles n’ont pas effacé les liens tissés durant cette période déterminante de notre jeunesse.
Nous avons évoqué avec nostalgie les souvenirs de ces années de formation, les enseignants qui nous ont marqués, les moments de fraternité, les difficultés surmontées ensemble, mais aussi les chemins différents que chacun a empruntés depuis. Ces retrouvailles sont une preuve que le temps peut éloigner les personnes sans pour autant rompre les liens profonds de l’amitié.
Naturellement, le Burkina Faso que je redécouvre aujourd’hui n’est plus celui que j’avais quitté en 1992. La ville s’est profondément transformée. De nouvelles avenues ont vu le jour, de nombreux bâtiments modernes témoignent du développement urbain, et les célèbres véhicules surnommés « France au revoir », qui faisaient autrefois partie du paysage quotidien, sont devenus beaucoup plus rares. Le visage des villes a changé, les infrastructures se sont améliorées et l’on perçoit une volonté constante de construire un pays plus moderne.
Mais, au-delà des transformations matérielles, ce qui m’a le plus agréablement surpris, c’est l’atmosphère qui règne dans les rues. Les hommes et les femmes vaquent tranquillement à leurs occupations. Les commerçants accueillent leurs clients avec le sourire, les artisans poursuivent leur travail avec patience, les enfants jouent, les familles vivent leur quotidien. Malgré les difficultés que le pays a connues et continue de traverser, on ressent une volonté collective de continuer à avancer.
Ce qui frappe également le visiteur, c’est l’extraordinaire résilience des populations burkinabè. Leur courage face aux épreuves inspire le respect. Leur détermination à défendre leur dignité et leur avenir mérite l’admiration. On perçoit chez beaucoup une profonde confiance en leur capacité à bâtir un avenir meilleur. Cette force intérieure, nourrie par l’espérance et le sens du bien commun, constitue sans doute l’une des plus grandes richesses du Burkina Faso.
J’ai aussi été marqué par la foi que beaucoup placent dans la révolution engagée par leur pays. Quelles que soient les opinions ou les sensibilités, il est indéniable que de nombreux Burkinabè manifestent un profond attachement aux idéaux de souveraineté, de justice et de liberté. Cette aspiration collective invite à la réflexion et mérite d’être observée avec humilité. Elle rappelle que chaque peuple écrit son histoire selon ses propres convictions et ses propres choix.
Il y a beaucoup à apprendre de nos frères et sœurs burkinabè. Leur sens du sacrifice, leur attachement à leur pays, leur capacité à rester debout malgré les difficultés et leur solidarité sont des leçons précieuses pour l’Afrique tout entière. Pour ma part, je suis venu apprendre d’eux. Parce que je n’ai pas fini d’apprendre. L’expérience m’a enseigné que celui qui cesse d’apprendre cesse aussi de grandir. Chaque rencontre, chaque échange, chaque conversation est une occasion d’enrichir sa compréhension du monde et des autres.
En attendant, pouvait-il y avoir un meilleur endroit pour célébrer ce retour au pays des Hommes intègres que sous un arbre de karité, dans le quartier de Saaba ? À l’ombre de cet arbre emblématique, symbole de vie, de générosité et d’enracinement, je me suis senti profondément en paix. Le karité protège, nourrit et rassemble. Il offre un cadre idéal pour méditer sur le temps qui passe, sur les chemins parcourus et sur ceux qui restent encore à emprunter.
Ce moment de simplicité résume à lui seul l’esprit de ce voyage : revenir aux sources, retrouver des amis, renouer avec une terre qui a tant apporté à ma vie et contempler avec gratitude les transformations accomplies sans oublier les racines qui demeurent.
Le Burkina Faso est engagé dans une dynamique porteuse d’espérance. Les défis restent nombreux, mais la volonté d’avancer est bien réelle. Comme tous les peuples qui aspirent à un avenir meilleur, les Burkinabè poursuivent leur marche avec courage, dignité et confiance.
Que Dieu continue de protéger ce pays qui fait la fierté de nombreux Africains attachés à la liberté, à la souveraineté et à la dignité des peuples. Que le Dieu de justice, de vérité et de paix continue d’éclairer les dirigeants burkinabè, de fortifier les populations et d’inspirer à tous les artisans du bien commun la sagesse, le discernement et le sens du service.
Puisse le Burkina Faso poursuivre son chemin dans l’unité, la paix et l’espérance, afin que les générations présentes et futures continuent de faire vivre les idéaux qui ont valu à cette nation son beau nom : le pays des Hommes intègres.
Jean-Claude Djéréké






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