Pourquoi un renforcement des capacités des armées africaines peut representer un danger

Le titre de l’article peut jeter le trouble dans les esprits de plusieurs. Dans cette ère d’incertitude, de conflictualité, de défis sécuritaires complexes, les pays africains ont tout intérêt à renforcer leurs armées, à les rendre puissantes et pleinement opérationnelles, les pays doivent développer des capacités de projection de leurs forces. Les choses doivent aller dans ce sens. Mais attention, une armée trop puissante peut représenter un danger si le cadre démocratique ne fonctionne pas de façon « optimale ».

Ce fut en Amérique latine jusque dans les années 90. En Asie aujourd’hui, beaucoup de pays, derrière une façade démocratique, sont en réalité tenus par l’armée ( Thaïlande, Birmanie, Corée du Nord, Pakistan, Cambodge…). En Afrique, le schéma est le même. Dans de nombreux pays, c’est l’armée qui tire les ficelles quoique des élections sont régulièrement organisées ( Algérie, Egypte, Ethiopie, Rwanda, Togo, Congo Brazzaville, Tchad, Erythrée, ……). Dans ces pays, l’armée est bien trop puissante pour ne pas exercer le pouvoir d’une manière ou d’une autre.

D’autre part, de nombreux putschs en Afrique furent l’œuvre d’officiers qui ont fait une partie de leur carrière dans les armées occidentales, ou ont été formés sur place et ont bénéficié d’une formation additionnelle en Occident. Lorsque ces officiers regagnent le bercail, ils ont des compétences qui les mettent au-dessus de la mêlée. Ainsi parviennent-ils à prendre l’ascendant sur les troupes et renverser avec une relative facilité les régimes en place, dans un contexte où tout le pouvoir est concentré entre les mains d’un seul homme.

Samuel Doé au Libéria en 1980 ( il reçut une formation des bérets verts américains ), Mouammar Kadhafi en 1960 ( il avait reçu une formation en Angleterre ), Idriss Deby au Tchad en 1980 et en 1990 ( il avait reçu une formation additionnelle en France ), Pierre Buyoya au Burundi en 1987 ( il avait été formé en Belgique, en France, et en Allemagne), Gnassingbé Eyadema au Togo en 1963 et 1967 ( il avait servi dans l’armée coloniale ), Moussa Traoré au Mali en 1968 ( un ancien légionnaire français )…etc…….Et plus recemment, Assime Goïta au Mali en 2020, Mamadi Doumouya en Guinée Conakry ( un légionnaire français ) en 2021. Ils ont bénéficié tous deux d’une formation dispensée par les Américains.

A la fin des années 70, la Côte d’Ivoire avait conclu un partenariat avec le Togo du général Eyadema, pour la formation de ces unités de « commandos ». Après trois promotions, en 1978, en 1979, et en 1980, le programme prit brutalement fin sans explication officielle. Il se murmurait toutefois, que la formation de la dernière promotion fut si intense, que les militaires en sont revenus « métamorphosés ». Le président Houphouët fut « effrayé », voyant en ces hommes, un danger potentiel pour son régime.

Aujourd’hui les pays africains s’arment fiévreusement, dans le sillage des hausses des dépenses militaires au niveau mondial. La démarche est cohérente vu les défis sécuritaires actuels. Toutefois, il faut de façon concomitante, améliorer le cadre de gouvernance des Etats, le rendre plus démocratique, plus inclusif. Les institutions doivent fonctionner dans une totale indépendance, en particulier la justice. Renforcer les capacités des armées alors que la démocratie est de façade, c’est créer les conditions pour amener l’armée à exercer le pouvoir d’une manière ou d’une autre. Car elle sera la seule force vraiment organisée dans le pays.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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