Une enquête publiée par Le Monde dans le cadre du projet international OpenLux, mené avec l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), met en lumière des liens financiers jusqu’alors inconnus entre l’ancien président ivoirien Henri Konan Bédié et le groupe français Castel, leader du secteur brassicole en Afrique.
Selon les documents consultés par les journalistes, Henri Konan Bédié aurait été identifié comme bénéficiaire effectif de la Compagnie internationale de financement (CIF), une société enregistrée au Luxembourg. Cette structure détenait une participation dans Tiverton Consultants Limited, une société offshore basée aux îles Vierges britanniques, elle-même actionnaire de la Solibra, principal producteur de boissons en Côte d’Ivoire et filiale du groupe Castel.
D’après l’enquête, cette participation représentait environ 4 % du capital de la Solibra. Les informations proviennent notamment du registre luxembourgeois des bénéficiaires effectifs, instauré dans le cadre des réformes européennes visant à renforcer la transparence sur la propriété des sociétés.
Henri Konan Bédié, décédé en août 2023 à l’âge de 89 ans, avait toujours affirmé ne pas s’être enrichi durant son exercice du pouvoir. Dans un entretien accordé au Monde en 2019, il déclarait notamment avoir exercé ses responsabilités sans se servir des ressources de l’État. Les éléments publiés aujourd’hui viennent alimenter le débat sur l’étendue de son patrimoine et sur ses intérêts économiques.
L’enquête ne conclut pas à l’existence d’une infraction pénale. Elle met cependant en évidence l’utilisation de structures offshore et de sociétés de participation, soulevant des interrogations sur la transparence du patrimoine d’une personnalité qui a marqué la vie politique ivoirienne pendant plusieurs décennies.
Cette révélation intervient dans un contexte où la lutte contre l’opacité financière, les paradis fiscaux et les conflits d’intérêts demeure au cœur des préoccupations internationales. Les projets collaboratifs tels qu’OpenLux permettent de croiser des registres publics, des documents financiers et des données transfrontalières afin de mieux comprendre les circuits de détention d’actifs.
À ce stade, aucune réaction officielle de la famille d’Henri Konan Bédié, de ses anciens collaborateurs ou du groupe Castel n’avait été rapportée dans les éléments rendus publics par Le Monde. Il appartiendra aux personnes concernées d’apporter, si elles le souhaitent, leurs explications sur les informations révélées.
Ces révélations relancent le débat sur la transparence du patrimoine des responsables politiques africains et sur les liens parfois étroits entre pouvoir politique et grands groupes économiques opérant sur le continent.






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