Ousmane Sonko: un danger pour la démocratie senegalaise

Le Sénégal est vu comme l’un des pays les plus démocratiques en Afrique, du moins en Afrique de l’Ouest. Le fait que le président Macky Sall ait été empêché de faire un troisième mandat, l’élection de Diomaye Faye et son relatif jeune âge ( 44 ans au moment de son élection en 2024 ), fut salué par tous. Après deux ans de relations tendues avec son Premier Ministre Ousmane Sonko, le président Faye a limogé celui-ci en Mai dernier. Sonko a par la suite été élu Président de l’Assemblée nationale et s’oppose désormais frontalement au président Faye.

Il faut se rappeler que lorsqu’il était Premier Ministre, il avait mis ce dernier sous l’éteignoir, ne lui laissant aucun espace. Du choix des ministres, aux accords avec les gouvernements étrangers, il avait tout monopolisé. Humiliant souvent le président Faye, il ne ratait aucune occasion de rappeler qu’il lui devait son élection. Inévitablement une crise de leadership va s’installer, et aboutir à son limogeage du poste de PM. Pour la presse, il porte la responsabilité de la rupture par son impatience, et une soif de domination compulsive.

Visiblement il n’a pas digéré son limogeage et entend le faire payer au président Diomaye Faye, avec en arrière plan la présidentielle de 2029. Cette échéance l’obsède. Or condamné en 2021 dans un procès en diffamation contre la ministre du tourisme de l’époque, condamnation confirmée en appel en 2024, sa participation à la présidentielle de 2029 reste compromise. Pourtant Sonko a déclaré que  » personne ne pourra l’empêcher d’être candidat ». Cette posture soulève des inquiétudes. Elle présage des heures chaudes, si sa candidature est invalidée par le Conseil Constitutionnel. Pourtant le socle d’une démocratie reste une justice indépendante.

On rappelle qu’une employée d’un salon de massage, l’accusait de l’avoir  » violée à quatre reprises sous la contrainte d’une arme ». Cette affaire très médiatisée, a pris une tournure politique, Sonko accusant le président Macky Sall d’être derrière la plainte. Il a reconnu s’être rendu à plusieurs reprises dans ce salon pour « traiter un mal de dos », mais a nié tout rapport. Pourtant il refusa qu’on prélève son adn, afin de le comparer avec celui prélevé chez la dame suite à sa plainte. Ce refus accréditait la version de celle-ci. Il a finalement été condamné pour « corruption de la jeunesse ».

En Occident cette affaire aurait arrêté net sa carrière et pour toujours, car les salons de massage sont des lieux de prostitution déguisée, et les frequenter quel qu’en soient les raisons, jette un doute sur votre moralité. Chez les Occidentaux la morale prime au même titre que les compétences. On l’a vu avec DSK avec « l’affaire du sofitel ». En Afrique ces choses sont « traitées dans le tas ». Les Africains sont très crédules, et généralement ne poussent pas la réflexion au-delà des affinités. La vie privée n’est pas prise en compte.

Élu président de l’assemblée nationale dans des conditions controversées et impatient de prendre une revanche sur la président Faye, Sonko a immédiatement élaboré des réformes qui dépouillent le président de ses prérogatives au profit du parlement. Il s’agit selon lui de  » mettre les représentants du peuple au centre de la gouvernance du pays ». Les réformes ont été adoptées à une écrasante majorité au parlement, le PASTEF son parti détenant 130 des 165 sièges. Mais le président Faye compte les soumettre à un référendum avant de les promulguer. Colère de Sonko qui veut une promulgation immédiate.

Loin d’être un démocrate, Sonko semble plutôt se servir de la démocratie pour parvenir à ses fins. Si jusque-là, tout s’est plus ou moins passé sans casse, de gros nuages se forment à l’horizon sur le Sénégal. Les véritables défis pour la démocratie sénégalaise sont à venir. La cohabitation s’annonce houleuse entre le parlement et le président Faye. Mais si éventuellement Sonko devenait président en 2029, on n’exclut pas le « scénario béninois ». Comme Patrice Talon, tout porte à croire qu’il soumettra toutes les institutions à son pouvoir.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Retour en haut