
La Côte d’Ivoire connaît une trajectoire économique exceptionnelle depuis 15 ans. Le pays est unanimement salué pour ses performances. Il attire les investissements, et aussi les populations du fait de sa prospérité et de sa stabilité retrouvées. Le plan national de développement 2026-2030 table sur 114 000 milliards FCFA d’ investissements. Le groupe consultatif devant mobiliser les fonds se réunira en Juillet à Abidjan. Nul doute que l’objectif sera atteint voire dépassé. Une ligne TGV est prévue dans ce plan, elle sera sans conteste le projet phare.
Pourtant cette croissance de l’économie, si exceptionnelle soit elle, mettra un certain temps avant d’être ressentie par tout le monde. Ainsi 40% de l’activité et 80% de l’emploi relèvent toujours de l’informel selon la Banque Mondiale. Résultat, nous avons la présence de zones précaires dans la capitale, ces zones attestent que la croissance n’est pas encore « descendue » au niveau de toutes les couches. L’économie ivoirienne est une économie en pleine mutation, et les quartiers précaires sont une réalité inévitable qui reflète la structure des revenus.
Raser ces zones ne va pas accroître le revenu des populations qui y vivent, c’est totalement contre productif si on veut voir ces personnes sortir de la pauvreté, car on les précarise davantage. Et pourtant environ 160 000 personnes ont vu leurs logements rasés ces derniers temps, Vridi Zimbabwe ( 40 000 ), Vridi Canal ( 60 000 ), Vridi Plage et Port Bouet ( 30 000 ), Koumassi campement ( 20 000 ), Yopougon obama ( 10 000 ). Sans aucun accompagnement, les populations ont été abandonnées à leur sort, excepté celles de koumassi-campement qui ont reçu un petit pécule pour se reloger. C’est totalement inouï. Au-delà de la tragédie, l’attitude du Président Ouattara a aussi choqué.
Alors que les écrans des smartphones, des ordinateurs, des chaînes télé étaient saturés de publications et de vidéos de zones réduites en gravats, de populations paniquées avec des matelas sur la tête, de bulldozers en action, alors que toutes les conversations étaient centrées sur ces événements, on pouvait voir au journal de 20h, le président de la république souriant, détendu, affichant une bonne mine en recevant des personnalités étrangères. C’était surréaliste. Son attitude contrastait avec la gravité des évènements en cours. Avait-il pris la mesure du drame ? Si Cissé Bacongo reste un « monstre » aux yeux de tous, l’image du président Ouattara dans les couches défavoriseés s’est dégradée.
Pas un mot de sa part, ni du gouvernement, ni du parti présidentiel, sur les événements. On ne l’a pas senti dans la tragédie. Pourtant c’est bien lui le « père de la nation ». Il a toujours affirmé comprendre les préoccupations des plus défavorisés. Il devait s’exprimer sur des événements aussi graves, des événements qui ont défiguré l’image du pays, avec des images de paysages en ruines. La presse africaine a établi un parallèle avec l’Afrique du Sud, lorsque le Ghana affrété des bus pour évacuer ses ressortissants. Ce pays réclame aussi des dédommagements pour ceux ayant perdu leurs biens. Le gouvernement ivoirien n’a fourni aucune assistance aux déguerpis !!!
Devant le désarroi de ces dizaines de milliers de familles que le gouverneur Cissé Bacongo a mis dans la rue, l’indifférence, le détachement du Président Ouattara reste difficile à expliquer. Que faut-il comprendre par son silence ? Qu’il valide les méthodes de Bacongo ? Que ce dernier a carte blanche pour continuer ? Le président Ouattara doit se prononcer, soit par des paroles soit par un acte. Le limogeage de Bacongo serait un acte fort. De même l’identification des personnalités impliquées dans le dépurpissement de « koumasssi campament » rassurerait l’opinion.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales





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