
La question a tout son sens. Nous sommes dans une république qui a à sa tête un président. Et pour une actualité aussi grave que les déguerpissements de ces derniers temps, on peut se demander si ceux qui les mettent en œuvre ont la caution sa caution. Après tout c’est le » père de la nation », c’est lui le dernier recours des populations. Il ne peut pas ne pas avoir vu ce qui s’est passé. Même si on suppose qu’il ne passe pas son temps sur un smartphone, ou devant un écran, il a des collaborateurs (au bureau, et à domicile) , qui certainement l’informent.
En Côte d’Ivoire on a un gouvernement en place, avec à sa tête un premier-ministre, secondé par un vice-premier ministre. Mais la machine semble grippée. Le premier ministre n’a visiblement aucune autorité. Le vice-premier ministre, jeune frère du président, vu comme son successeur, « n’imprime » pas, est dépourvu de leadership, il a du mal à « se comporter en patron ». Ainsi entre le président et les ministres, il n’ y a une sorte de vide. Faute d’avoir délégué les pleins pouvoirs au Premier ministre, et du fait d’un vice-premier ministre dépourvu de charisme, il y a un flottement à la tête du gouvernement, il n’ y a pas véritablement de patron, et cela affecte la vie de la nation.
Cet absence de patron en dessous du président, crée les conditions qui permettent à des hommes comme Cissé Bacongo, qui ont une très forte personnalité, de s’imposer. Personne n’est là pour les recadrer. Ainsi Bacongo s’est arrogé le droit de mener seul les déguerpissements, une compétence du ministre de la construction. Il décide seul du commerce du bétail dans le District d’Abidjan, excluant le ministre Sidi Tiémoko, et celui du commerce des discussions avec les acteurs. Il décide seul du commerce, mettant sur la touche l’AMUGA, un organisme créé à cet effet, et le ministère du transport. Il s’immisce dans la gestion du parc du banco. Il écrase les autres maires (exceptée celle d’Abobo).
A bien des égards, c’est l’homme fort de la place. Il « écrase » le gouvernement en ce sens qu’il ne tient aucunement compte des décisions prises qui vont à l’encontre de ses vues. Tout cela est possible parce qu’en dessous du président Ouattara, c’est le vide. Il n’y a pas un premier ministre fort qui peut s’opposer à lui. Il peut ainsi décider tout seul du sort de 40 000 personnes, sans se concerter avec son ministre de tutelle, le ministre de l’intérieur, ni avec le Premier ministre, ni avec la ministre de la solidarité pour déterminer les modalités d’assistance des impactés, ni avec le ministère de la construction, ni avec le maire de la commune concernée. En fait, il agit hors cadre institutionnel.
Que le gouverneur de la capitale détient autant de pouvoir montre que le président Ouattara a bâti une économie forte et pas des institutions fortes. Les institutions ivoiriennes, et notamment la primature, ne fonctionnent pas. Ainsi les dérives ne sont pas recadrées. Tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du président. Lorsque le président Houphouët l’appelait à ses côtés en 1990, le président Ouattara dit avoir constaté que les ministres travaillaient dans leur coin, sans coordination. Aujourd’hui la configuration est la même. Son âge et ses capacités déclinantes ne lui permettent plus de veiller au grain. Aussi beaucoup de choses lui échappent, chaque ministre est son propre patron.
Bien sûr le président Ouattara n’a donné l’ordre à personne de mettre 40 000 personnes dehors sous la pluie. Mais sa responsabilité est engagée car c’est lui qui est à la tête du pays. Son style de gouvernance favorise ce genre de drames. En concentrant les pouvoirs, en refusant de déléguer l’autorité à son premier ministre alors que ses capacités déclinent du fait de son âge, il crée ce vide d’autorité en dessous de lui, dans lequel des individus tels que Bacongo peuvent manoeuvrer. Le président Ouattara doit sortir de l’ambiguïté et nommer un premier ministre avec un pouvoir réel sur les ministres, comme le président Houphouët l’ a fait lorsqu’il l’a appelé à ses côtés en 1990. Le pays va mieux fonctionner, les drames comme « Vridi Zimbabwe » seront anticipés car les individus tels que Bacongo seront tout de suite neutralisés.
Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales
oceanpremier4@gmail.com





Commentaires Facebook