Le président Houphouët reste dans la mémoire collective le « bâtisseur de la Côte d’Ivoire », celui qui a donné à la nation cette impulsion qui se poursuit aujourd’hui. De son vivant, le président ne pouvait pas être vraiment attaqué sur son bilan économique. Bien sûr il y avait de la corruption dans le pays à certains égards, mais les réalisations étaient indéniables, avec néanmoins un fort endettement, il faut le souligner. En 1990, quand il cède les rênes à son premier ministre, Alassane Ouattara (le président actuel), le pays était la septième économie d’Afrique.
L’homme était un libéral convaincu. Le pays était ouvert à tous, les étrangers avaient le droit de vote, ils pouvaient postuler aux emplois de la fonction publique, les investisseurs pouvaient rapatrier leurs profits, et la terre appartenait à celui qui la mettait en valeur. La Côte d’Ivoire a pratiqué le droit du sol jusque dans les années 70, avant de revenir au droit du sang concernant les étrangers nés sur son sol. Beaucoup d’opposants, de dirigeants renversés et leurs familles, trouvent refuge dans le pays. Le président Houphouët avait la main sur le cœur.
Mais attention !! Sur le plan politique sa main était d’acier, il pouvait se montrer impitoyable. Il faisait preuve d’une vigilance de tout instant, avec un sens aigu dans l’identification et l’anticipation des menaces, ce qui a fait défaut à certains de ses successeurs, notamment les présidents Bédié et Gbagbo, qui se sont laissés surprendre. Le président Houphouët frappait de façon préventive. Durant la période coloniale, suivie de ses trente-trois ans de règne, il a su se débarrasser de ses adversaires, ainsi que tous ceux qui pouvaient potentiellement le devenir.
Certains affirment qu’il a inventé des complots pour les éliminer politiquement, ou même physiquement. Le président Houphouët disait préférer commettre une injustice que de laisser le désordre s’installer. Selon lui, on peut réparer une injustice, alors qu’il est fort difficile de revenir sur le désordre. Telle était sa ligne. On peut ne pas y souscrire, mais toujours est-il que durant ses 33 ans de règne, le pays connut la stabilité. Si l’esprit du Président Houphouët avait habité ses successeurs, la Côte d’Ivoire n’aurait peut-être pas connu le désordre de 1999 à 2011.
Qu’en est-il du président Ouattara qui se veut son héritier ? Il est un homme libéral. Il laisse la porte grande ouverte à l’immigration comme son devancier. Depuis 2024, la Côte d’Ivoire est le premier pôle d’immigration en Afrique, devant l’Afrique du Sud selon l’OIM. Le pays attire les personnes et les investissements. 17ème en 2011, l’économie ivoirienne est en 2025, la 9ème ou 10ème du continent selon le classement. Les projections la placent 7ème en 2030, soit son rang du temps du président Houphouët. Le président Ouattara a entrepris des réalisations qui forcent l’admiration, mais qui ont généré une forte dette. Comme le président Houphouët, on peut difficilement attaquer son bilan économique.
Mais les libertés politiques semblent avoir évolué à rebours. Beaucoup parlent du retour au parti unique. « La démocratie est sous contrôle » selon une expression de la presse africaine. Les partis d’opposition et les activistes sont surveillés comme du lait sur le feu. Il faut se rappeler qu’en 1992 déjà, le premier ministre Ouattara avait arrêté, jugé, et emprisonné le leader de l’opposition ( Laurent Gbagbo ) et son staff, suite à une marche qui a enregistré des casses. Une fois pleinement aux affaires en 2011, il ne se montrera pas plus démocrate que son mentor.
Peut-on dire pour autant que sous le président Ouattara l’opposition manque d’espace ? La question reste posée. Beaucoup disent qu’elle est prise dans une nasse. D’autre part, en dehors de la politique, il faut noter l’immixtion de la justice dans tous les aspects de la vie de la nation ( culturel, social, économique, syndical, événementiel, etc… ). c’est particulièrement frappant. Le procureur intervient partout, de façon invasive, sur des questions qui n’ont rien à voir avec la politique, pour « prévenir » des troubles à l’ordre public. C’est caractéristique du régime.
Le climat aujourd’hui en Côte d’ivoire comme autrefois sous le président Houphouët, est relaxe, léger, ouvert, insouciant. Les manifestations culturelles, sportives, sociales, les foires, concerts, expositions, rencontres internationales etc… créent une atmosphère bon enfant dans le pays. Mais derrière cette ambiance de kermesse, le président Ouattara tient les choses d’une main d’acier, à l’image de son « papa », qu’il copie visiblement. La Côte d’ivoire du président Ouattara à l’image de celle du président Houphouët, se caractérise par la stabilité, la croissance économique, mais des libertés politiques sous cloche. On peut le dire, la démocratie attendra.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales







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