Dissolution de la Cei / Yasmina Ouégnin invite les forces vives à une vigilance citoyenne pour défendre l’indépendance du futur organe électoral (message)

  • Crainte d’un retour au parti unique
  • Une décision difficile à comprendre après des félicitations publiques à Kuibiert

Ivoiriens, Ivoiriennes, Chers compatriotes,

Pendant 15 ans, je me suis sentie vraiment honorée de la confiance que, vous, Peuple de Côte d’Ivoire, m’avez accordée, en m’élisant Député, au titre de la circonscription de Cocody.
Depuis le 31 décembre 2025, je ne siège plus à l’Assemblée nationale. Toutefois si je n’exerce aucune fonction institutionnelle aujourd’hui, je demeure Citoyenne de ce pays et je me sens investie du devoir de veiller à la satisfaction de l’intérêt général.

C’est en cette raison, et en nulle autre, que je souhaite vous partager mes vives préoccupations relativement à cette récente décision, émanant de l’Exécutif et qui engage l’avenir même de notre démocratie : La Dissolution de la Commission Électorale Indépendante (CEI).

Sans reprendre les termes du débat sur les contours juridiques et la validité de la procédure observée, je voudrais porter mon regard sur une préoccupation de fond.
Pourquoi mettre fin à cette Commission MAINTENANT ?!

On s’efforce d’expliquer aux simples citoyens que nous sommes, que la CEI a été dissoute parce qu’elle était Trop souvent et depuis Trop longtemps contestée…par l’opposition. Et pourtant !
Le pouvoir exécutif a, pour sa part, chaleureusement félicité cette Institution après la Présidentielle d’octobre et les Législatives de décembre 2025.
À ces occasions, le porte-parole du gouvernement a même souligné le professionnalisme, ainsi que la régularité des opérations clés de ces différents scrutins.
Que s’est-il donc passé par la suite ? Qu’est ce qui a changé ?
Absolument rien !!
Sauf, à subodorer que la fonction de légitimation électorale ayant été remplie, l’outil peut finalement être démonté.
On félicite donc un organe pour les résultats qu’il certifie, puis on le dissout une fois qu’il a rendu le service attendu. Et c’est cela que l’on veut nous présenter comme une ébauche de réforme.
Le paradoxe dans cette dissolution est plus que révélateur ; sans être réceptif aux observations et réserves répétées de l’opposition, le pouvoir reconnaît implicitement les insuffisances de la CEI.

On peut donc en conclure que cette Commission qui n’a jamais vraiment fait montre de son indépendance, a fini par convaincre tous de sa docilité.
Il importe, pour mémoire, de remonter aux origines de sa création. Cette « agence » n’était pas voulue à la base comme une simple structure d’administration électorale.
Elle était le produit de la résolution d’une crise, un COMPROMIS MAJEUR qui ambitionnait, pendant plus de deux décennies, de sortir l’organisation des élections du giron exclusif du gouvernement. Elle devait être un organe se substituant à l’administration territoriale en matière de gestion de scrutins, en vue de faciliter la définition consensuelle de principes directeurs et de mener des contrôles croisés, nécessaires à obtenir un minimum de confiance au processus électoral.

Bien que cette structure ait été perçue imparfaite dans son fonctionnement, sa suppression de manière unilatérale, en l’absence de concertations avec l’opposition et la société civile, indique que le pouvoir semble tourner la page de ce compromis, sans même tenter de corriger les insuffisances chroniques relevées çà et là (opacité, partialité, représentativité des forces en interne…).

L’Exécutif choisit simplement de se débarrasser de la CEI pour, dit-on, revenir à un système où ce serait lui ou un de ses démembrements qui organiserait les élections, nommerait les responsables, maîtriserait le fichier électoral et certifierait les résultats. Loin d’être une amélioration, ce serait un pis-aller.

En effet, sans préjuger de l’architecture du futur mécanisme national de gestion des élections, le contexte politique de cette dissolution laisse tout observateur averti, augurer le pire. Il est à craindre l’avènement d’une institution électorale dont les membres seraient plus que jamais assujettis, agissant uniquement sur instructions et dépendant totalement des ressources de l’Exécutif, donc contraints à loyauté envers leur mandant. Les Ivoiriens et Ivoiriennes, mais au-delà, les amis de la Côte d’Ivoire, sont en droit de penser que l’établissement du fichier électoral, sujet hautement sensible, se poursuivra dans l’opacité, et que les prochains scrutins (locaux, puis généraux) loin d’être le fruit de concertations, feront l’objet de manœuvres intéressées parce que partisanes. En clair, il faut tous nous inquiéter de ce que l’on ne transforme l’arbitre souhaité impartial en un simple greffier du pouvoir.Je considère que ce serait alors un recul démocratique silencieux et pernicieux. Aussi, il importe que nous puissions, de concert, œuvrer au respect des exigences d’un jeu électoral régulier, inclusif, transparent et équitable. Pour ce faire, Le Gouvernement devrait permettre dans les meilleurs délais, un cycle de dialogues avec toutes les forces politiques et la société civile de notre pays, pour définir ensemble, et non unilatéralement, les règles de gestion des futures élections.


L’Opposition, quant à elle, doit se rassembler et dépasser ses querelles internes, afin de définir et défendre une plateforme de conditions minimales, à savoir, indépendance effective de l’organe électoral, composition collégiale, révision consensuelle ou renouvellement total du fichier électoral, redécoupage équitable, calendrier transparent etc. etc.
Par ailleurs, la Société civile, les syndicats, les leaders religieux et les autorités coutumières sont invités à se prononcer de manière claire et tranchée sur la question, car la crédibilité des élections est l’affaire de tous.
Enfin, les partenaires internationaux (CEDEAO, Union Africaine, ONU…) devraient suivre ce dossier avec la plus grande vigilance, parce que la Côte d’Ivoire ne VEUT plus et ne PEUT plus se permettre une nouvelle crise électorale.

Certes, je n’ai plus de mandat électif, mais je pense avoir encore et toujours une conscience aiguë des enjeux nationaux qui m’impose de faire entendre ma modeste voix.
Je n’ai aucune ambition personnelle à satisfaire, mais je me suis fait et je vous ai fait une promesse, celle de conserver une vigilance citoyenne qui s’appuie sur une conviction assurée : La Démocratie ne se marchande pas !!
Tant qu’il sera nécessaire, je m’emploierai donc à dénoncer toute tentative de retour au parti unique, à la pensée unique et à la confiscation du processus électoral pour lequel trop de sang ivoirien a été versé.

Ainsi, je reste disposée à travailler, aux côtés de toutes les forces vives de notre Nation, de tous les Ivoiriens et Ivoiriennes, épris de paix et de justice sociale, afin que la prochaine loi électorale dont nous nous doterons soit un texte empreint de progrès, de transparence et de confiance rétablie, et non un outil de domination.

Notre Pays attend mieux de chacun de nous.

Vive la Côte d’Ivoire !! Vive la Démocratie !!

Yasmina Ouégnin

Ancienne élue de la nation

Citoyenne engagée

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