Mali : Moscou refuse de reproduire le « scénario syrien »

Un article de la journaliste Leslie Varenne publié sur Mondafrique analyse les récents revers militaires subis par les forces maliennes et russes dans le nord du Mali, notamment la perte de Kidal et Tessalit face aux rebelles du Front de libération de l’Azawad alliés au Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, groupe affilié à Al-Qaïda dirigé par Iyad Ag Ghaly. Ces événements ont ravivé les interrogations sur la stratégie russe au Sahel et surtout sur la possibilité d’un « scénario syrien » au Mali, c’est-à-dire un retrait progressif de la Russie laissant le régime de Bamako s’effondrer, comme ce fut le cas en Syrie lors de la chute de Bachar el-Assad.

La reprise de Kidal par les rebelles est présentée comme un choc symbolique majeur. Cette ville représente depuis des décennies le cœur historique des rébellions touarègues contre l’État malien. Sa perte constitue donc une défaite politique et militaire importante pour les autorités maliennes et leurs alliés russes. Plusieurs médias occidentaux, notamment le Financial Times, y voient une humiliation pour Moscou et pour l’Africa Corps, nouveau dispositif russe qui a remplacé Wagner au Mali.

Toutefois, l’article nuance cette lecture en expliquant que les Russes ne se sont pas retirés sans combattre. Les combats auraient été violents et les pertes importantes, tant du côté russe que malien. Plusieurs attaques contre les bases de Gao et Sévaré auraient également causé des morts et la destruction d’un hélicoptère piloté par un équipage russe. Après les affrontements, des négociations facilitées notamment par l’Algérie auraient permis l’évacuation sécurisée d’environ 400 soldats russes et maliens.

Selon l’analyse de Leslie Varenne, cette stratégie des groupes armés poursuivait un objectif politique plus large : pousser Moscou à se désengager progressivement du conflit malien. Dans un communiqué publié après les offensives, le JNIM ne réclame d’ailleurs pas le départ immédiat des Russes. Le groupe djihadiste propose plutôt une forme de neutralité russe afin d’ouvrir la voie à de futures relations « équilibrées ». Derrière cette approche se cacherait l’ambition d’Iyad Ag Ghaly de reproduire le modèle syrien.

L’article établit ainsi un parallèle avec l’évolution politique récente en Syrie après l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Sharaa, ancien chef djihadiste devenu acteur politique fréquentable sur la scène internationale. Ancien membre de l’État islamique puis dirigeant du Front al-Nosra affilié à Al-Qaïda, Ahmed al-Sharaa a progressivement réussi à transformer son image jusqu’à être reçu dans plusieurs capitales occidentales, notamment à Paris et à Washington.

Selon l’auteure, Iyad Ag Ghaly espérerait un processus similaire : affaiblissement militaire du pouvoir central, chute progressive de Bamako puis repositionnement diplomatique des acteurs internationaux autour d’un nouvel ordre politique.

Mais l’article insiste sur le fait que Moscou refuse catégoriquement ce scénario. Trois jours après les affrontements, le président malien Assimi Goïta a reçu l’ambassadeur russe Igor Gromyko ainsi que des officiers de l’Africa Corps afin de réaffirmer la solidité du partenariat russo-malien. Le Kremlin, par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, a clairement annoncé que la Russie poursuivrait son soutien militaire au Mali et continuerait la lutte contre « l’extrémisme ».

Pour Moscou, un retrait du Mali représenterait un risque stratégique énorme pour son influence en Afrique. Depuis plusieurs années, la Russie a investi massivement dans ses partenariats africains et considère désormais le continent comme un pilier de sa politique étrangère. Abandonner Bamako fragiliserait sa crédibilité auprès de nombreux alliés africains, notamment au sein de l’Alliance des États du Sahel.

Cependant, malgré ce soutien réaffirmé, la situation sur le terrain demeure extrêmement fragile. Si les forces maliennes et russes conservent le contrôle de Bamako et des régions du sud et du centre, le nord du pays échappe de plus en plus à leur autorité. Les groupes armés maintiennent la pression autour de plusieurs zones stratégiques et cherchent progressivement à isoler la capitale.

L’article conclut que le « scénario syrien » ne s’est finalement pas produit au Mali : ni effondrement rapide du pouvoir, ni retrait russe. Mais Moscou se retrouve désormais dans une position délicate, engagée dans une guerre complexe avec des moyens limités et dépendante des choix politiques des autorités maliennes. Une situation qui rappelle paradoxalement certains pièges rencontrés par la Russie en Syrie.

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