
Suite à une réunion de la CEDEAO en février dernier sur la monnaie unique (l’Eco), tenue à Monrovia le 18 février, le professeur Prao Yao Séraphin, enseignant-chercheur à l’université Université Alassane Ouattara, spécialiste des questions monétaires, par ailleurs président du parti « Les Démocrates de Côte d’Ivoire », a donné une longue interview au média en ligne connectionivoirienne.net, l’un des plus importants sites ivoiriens d’information. Partisan résolu de l’abandon du CFA, il s’est livré à des déclarations sur lesquelles il convient de réagir.
Ainsi qu’il l’a rappelé, c’est en 1983 que la monnaie unique s’invite pour la première fois dans les débats lors d’un sommet de la CEDEAO. Elle est alors intégrée à la vision de l’organisation en tant qu’objectif à atteindre. Mais c’est en 1999 que les États mettent sur pied une « approche accélérée » vers cet objectif. En 2001, une feuille de route est établie. Elle prévoit, aux côtés de l’UEMOA, la création de la ZMAO, la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest, qui regroupe le Nigéria, le Ghana, la Gambie, la Guinée Conakry, le Libéria et la Sierra Leone.
La ZMAO devait aboutir à une intégration sur le modèle de l’UEMOA et émettre sa propre monnaie. L’année 2009 devait voir la fusion des deux zones et l’émission de la monnaie unique. Devant l’échec du processus, un nouveau chronogramme est établi en 2010. La ZMAO devait achever son intégration et la mise en circulation de sa monnaie au plus tard en 2015. De 2015 à 2020, tous les États devaient respecter des critères de convergence, et en 2020 devait intervenir la fusion de ces deux unions monétaires ainsi que l’émission de l’Eco. Mais c’est de nouveau un échec. La monnaie unique est successivement reportée à 2025, puis finalement au 1er juillet 2027.
En réalité, la ZMAO n’a jamais véritablement fonctionné. Il n’y a pas eu la moindre intégration entre les différents pays. Chacun est resté dans son coin. Le professeur Prao en impute la responsabilité aux présidents Alassane Ouattara et Emmanuel Macron, qui, selon lui, auraient « saboté ce projet », ce qui est totalement absurde. Un Institut monétaire a été créé pour définir une trajectoire claire d’intégration de ces pays. Mais ces États ont été incapables de se coordonner et de mettre en œuvre les politiques arrêtées. Personne ne veut abandonner sa souveraineté monétaire. C’est faire preuve de mauvaise foi que d’en rejeter la responsabilité sur la Côte d’Ivoire.
En 2019, le président Ouattara, avec l’appui de la France, a procédé à une réforme du CFA pour le transformer en « Eco ». La réforme vise un Eco fonctionnant comme le CFA, arrimé à l’euro par une parité fixe garantie par la France, en opposition au Nigéria qui souhaite une monnaie flottante. Ainsi, ces deux projets s’opposent. Le PIB nigérian représente environ 70 % du PIB de la CEDEAO. Une monnaie flottante s’inscrirait donc dans la continuité du naira, à l’image de l’euro qui s’est inscrit dans la continuité du deutschemark en raison du poids de l’Allemagne. Si la Côte d’Ivoire veut imposer le CFA, comme le dit le professeur Prao, il doit aussi admettre que le Nigéria cherche à imposer le naira.
Aujourd’hui, les pays de la ZMAO n’ont pas réussi leur intégration en une zone unique et aucun État ne respecte les critères de convergence nécessaires à la mise en circulation de la monnaie unique. Pour le professeur Prao, cela ne doit pas empêcher sa mise en œuvre, d’abord au sein de la ZMAO, puis avec les pays de l’UEMOA. Il cite à cet effet la zone euro, qui, selon lui, existe sans remplir « toutes les conditions d’une zone monétaire optimale », notamment la mobilité des travailleurs, le fédéralisme budgétaire et fiscal, ainsi que la diversification sectorielle.
Sans entrer dans des considérations techniques, il convient de rappeler au professeur Prao que, concernant l’euro, les critères de convergence sur l’inflation, les déficits, la dette, les taux de change et les taux d’intérêt ont été établis en 1992. Seuls les pays ayant respecté ces seuils ont fait partie de la première vague de 11 États ayant adopté la monnaie unique en 1999. Entre 2001 et 2026, dix autres pays ont intégré la zone euro, au fur et à mesure qu’ils validaient leur entrée par le respect des critères de convergence. La Grèce a connu de graves difficultés entre 2008 et 2011, notamment parce qu’elle avait « falsifié » ses chiffres. Elle a ainsi intégré une union monétaire sans y être réellement préparée.
L’avenir monétaire de la CEDEAO suspendu aux choix de la ZMAO et de l’AES







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