A Gagnoa en Côte-d’Ivoire une journée œcuménique dédiée à Laurent Gbagbo

Koudou

«Prier pour exprimer notre solidarité et lui apporter un réconfort moral », affirme l’initiateur Sylvain Takoué (Entretien)

Originaire de Gagnoa, le journaliste-écrivain Sylvain Takoué lance bientôt, dans cette localité du pays, une initiative spirituelle dédiée à Laurent Gbagbo. Il entend, en effet, faire organiser à Gagnoa une Journée de prière œcuménique à l’endroit de l’ancien Président de la République. Nous l’avons rencontré, au moment où son équipe et lui s’activent sur le terrain, pour de plus amples éclairages sur le projet qu’il porte. Entretien.

Que vaut l’honneur d’une telle action dédiée à Laurent Gbagbo dans sa région d’origine?

C’est toute une symbolique. Nous connaissons le parcours de Laurent Gbagbo. C’est un parcours historique, suffisamment connu. Inutile donc de le rappeler ici pour ne pas aiguiser des passions. Ce qu’il faut seulement en dire, c’est que Laurent Gbagbo a été, pour notre région, la consécration d’une lutte pour la démocratie, antérieurement menée par ses prédécesseurs de la région. Il a été le seul, parmi tous, à parvenir à la magistrature suprême de la Côte d’Ivoire. Il a été Président de la République pendant 10 années consécutives. C’est ce que retient l’Histoire dans ses annales. Donc, lui dédier, aujourd’hui, l’action spirituelle que nous projetons ne peut ignorer cette symbolique de l’Histoire.

C’est donc l’homme d’Etat qu’il est que vous projetez célébrer à Gagnoa ?

Non, ce n’est pas ce que nous disons. Entendons-nous bien. Nous avons simplement rappelé ce que l’Histoire du pays retient de lui. Mais au-delà de cette place effective qu’il occupe dans les annales de l’Histoire, nous nous tournons, nous, vers sa dimension humaine. Et sur cette base, nous disons que Laurent Gbagbo est, avant et après tout, notre parent, aujourd’hui en difficulté dans les liens de la Justice internationale. Et c’est une préoccupation centrale de voir qu’un parent se trouve, depuis des années, dans une telle situation. Sans vouloir interférer dans le processus judiciaire qui est le sien, nous pensons qu’il est quand même humainement raisonnable que ses frères et sœurs de Gagnoa, que nous sommes, se rassemblent en un même lieu pour prier ensemble pour lui, ne serait-ce que cela. Pour celui qui est dans une pareille situation, c’est une chose réconfortante de le faire, et de ne pas se savoir tout abandonné par les siens dans ces moments difficiles. C’est toute l’expression de la solidarité humaine en pays Bété. Quand un frère est dans le malheur, la moindre des choses que l’on puisse faire pour lui, c’est de lui apporter un réconfort moral. Un peu partout même en Afrique, cette valeur de solidarité humaine est partagée par tous. Donc, l’action de solidarité que nous envisageons pour notre parent Laurent Gbagbo prend ici une dimension spirituelle portée à son endroit, puisque nous voulons uniquement prier ensemble pour lui. C’est tout. Il ne s’agit pas d’autre chose que cela. Je le répète, il ne s’agit pas de faire autre chose que de formuler ensemble une prière œcuménique à son endroit. On ne peut être uniquement solidaire d’un succès célébré, ce qui est normal, si c’est le cas. Mais c’est tout à fait aussi normal d’être solidaire dans un moment de malheur éprouvé par l’un des nôtres.

L’action spirituelle que vous envisagez donc pour lui ne concerne que le pays Bété ?

Pas du tout. C’est vrai que c’est à Gagnoa, qui est quand même la région d’origine de Laurent Gbagbo, que cette Journée de prière œcuménique va se dérouler. Mais c’est surtout le lieu d’appeler au rassemblement spirituel de tous ceux qui, partout dans le pays et au-delà de nos frontières terrestres et idéologiques, sont épris d’humanisme, de paix, de pardon, de tolérance, de réconciliation. Il s’agit de démontrer à nous-mêmes, ce jour-là, que nous sommes, avant tout, des humains, certes, enclins à des faiblesses, mais capables aussi de dépassement en allant à l’essentiel, c’est-à-dire, à l’humanisme tout court. Il ne faut pas que le fait d’évoquer simplement le nom de Laurent Gbagbo soit aujourd’hui sujet à polémique politique. Ce ne serait pas utile, ni à lui-même, ni à ceux qui entrent dans les polémiques stériles. Donc, ce que nous souhaitons, à travers cette Journée de prière œcuménique, c’est de voir si nous avons tous évolué dans la tête, au point de dépasser nos propres limites passionnelles, et de se voir autant capables de montrer notre humanisme à ceux qui sont dans le malheur. Evoquons un exemple déplaisant : Si même Laurent Gbagbo venait à décéder (je touche du bois), resterions-nous dans l’indifférence totale, qui ne caractérise pourtant pas les êtres humains en pareil cas affligeant ? Nous n’allons donc pas attendre qu’une pareille chose arrive pour montrer que nous sommes compatissants. Nous allons donc demander aux frères et sœurs Ivoiriens de se joindre à nous, s’ils le peuvent et le veulent, pour apporter un soutien spirituel collectif à Laurent Gbagbo. Et nous le ferons dans le courant du mois de septembre 2016. Toute la Côte d’Ivoire est invitée.

In Notre Voie

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