Lettre ouverte à Madame Françoise Remarck, Ministre de la Culture et de la Francophonie de Côte-d’Ivoire

Par Soumahoro Alfa Yaya, journaliste-écrivain

Madame la Ministre,

Le Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, a honoré de sa présence la dernière édition du Salon International du Livre d’Abidjan 2026.

Cet acte fort est à mettre à votre actif et témoigne de l’intérêt que les plus hautes autorités de notre pays accordent désormais au livre, à la lecture et à la création littéraire.

En ma modeste qualité de journaliste et écrivain, je tiens à vous adresser mes sincères félicitations, ainsi qu’à l’Association des Éditeurs de Côte d’Ivoire, à l’Association des Écrivains de Côte d’Ivoire et au Commissariat général du SILA.

Le professionnalisme et le savoir-faire des acteurs de l’industrie du livre en Côte d’Ivoire se consolident d’année en année.

Madame la Ministre,

Depuis plusieurs années, les Ivoiriens sont encouragés à écrire. Et ils écrivent. De nombreux talents émergent. Des manuscrits deviennent aujourd’hui de véritables tapuscrits grâce aux avancées technologiques. Les auteurs travaillent, rédigent, corrigent et mettent en page leurs œuvres avec passion, patience et sacrifice.

Mais une fois cette étape franchie, un mur se dresse devant eux : celui de l’impression.

Car, en Côte d’Ivoire, imprimer un livre coûte extrêmement cher. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles plusieurs maisons d’édition préfèrent faire imprimer leurs ouvrages à l’étranger. Cette réalité constitue un frein majeur à l’éclosion d’une véritable industrie nationale du livre.

Madame la Ministre,

Il devient urgent de réfléchir à une politique nationale d’accompagnement des auteurs ivoiriens.

Pourquoi ne pas envisager :

des mesures fiscales incitatives en faveur des maisons d’édition et des imprimeurs ;
une réduction des taxes liées à l’impression du livre ;
le développement de l’impression à la demande ;
et surtout, la création d’un fonds d’aide à l’édition et à l’impression des œuvres littéraires ivoiriennes ?

Ce fonds pourrait fonctionner sous forme de crédit culturel ou de fonds de garantie, à l’image de certains mécanismes existant dans le secteur du cinéma.

L’auteur présenterait un dossier solide : projet éditorial, budget, stratégie de diffusion, potentiel éducatif ou culturel de l’œuvre. Un jury composé de professionnels crédibles et expérimentés sélectionnerait les projets les plus sérieux.

L’aide accordée pourrait être remboursable sur plusieurs années, par exemple sur cinq ans, afin de permettre une rotation du fonds et de soutenir continuellement de nouveaux auteurs.

Madame la Ministre,

La Côte d’Ivoire regorge d’écrivains talentueux. Mais beaucoup de tapuscrits restent enfouis dans les disques durs des ordinateurs, faute de moyens pour les imprimer.

Il ne suffit plus d’encourager les Ivoiriens à écrire. Il faut désormais leur donner les moyens d’être lus.

« Quand le village n’écoute plus ses conteurs, il finit par apprendre les légendes du village voisin. »
— Proverbe africain

Veuillez croire, Madame la Ministre, en l’expression de ma très haute considération.

Soumahoro Alfa Yaya
Journaliste – Diplômé de Master de l’ISTC Polytechnique Abidjan
Ancien Directeur de la Communication et des Relations publiques
du Ministère des Affaires étrangères de Côte d’Ivoire.

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