Massacre des femmes d’Abobo : ces morts qui ont emporté Gbagbo

Source: Fraternité Matin

Le 3 mars 2011, la marche des femmes d’Abobo pour exiger le départ de l’ancien Président Laurent Gbagbo, s’est terminée dans le sang et a précipité la destruction des armes lourdes des Forces de défense et de sécurité.Le 3 mars 2011, la marche des femmes d’Abobo pour exiger le départ de l’ancien Président Laurent Gbagbo, s’est terminée dans le sang et a précipité la destruction des armes lourdes des Forces de défense et de sécurité.Abobo Banco, hier. Ici, le 3 mars 2011 des hommes armés, à la solde de l’ancien Président Laurent Gbagbo, tuèrent, à l’aide d’armes lourdes, sept femmes dans la commune d’Abobo. Les images insoutenables de l’assassinat de ces femmes aux mains nues ont fait le tour du monde entier. C’était au plus fort de la crise post-électorale.

Dans cet espace qui aurait pu être notre Tian’anmen, en référence au massacre d’étudiants en Chine, ( 3-4 juin 1989), est aujourd’hui, que plus rien ne rappelle que des héroïnes aux mains nues de cette crise sont mortes pour la défense de la démocratie. Rien, totalement rien ! Pas même un objet symbolique pour rappeler aux mémoires amnésiques cette tragédie qui s’est déroulée sous nos yeux, il y a seulement un an ! Le rond-point du Banco, où ces braves femmes ont trouvé la mort est, aujourd’hui, ironie du sort, un parc de vente de véhicules d’occasion.

Retour sur ce massacre qui a précipité la chute de l’ancien régime.

Le 3 mars 2011 donc, à l’instar des femmes des communes de Treichville, Koumassi et de Grand-Bassam, celles d’Abobo ont organisé une marche pour réclamer le départ de Laurent Gbagbo du pouvoir. C’est que, après avoir été battu dans les urnes, le 28 novembre 2010, par son adversaire d’alors, Alassane Ouattara, l’ex-Chef de l’État voulait s’accrocher coûte que coûte au pouvoir. Il était sourd aux appels de la Cedeao, de l’Union africaine et de toute la communauté internationale, qui l’invitaient à céder le fauteuil au président élu. Les armes faisaient la loi dans la capitale économique ivoirienne. Ce jour-là, les ‘’amazones’’ d’Abobo décident de faire entendre leur voix. Elles sortent alors massivement, munies de pancartes sur lesquelles on lisait des propos qui invitaient Laurent Gbagbo à céder le fauteuil au Président Alassane Ouattara. Par petits groupes, elles ont convergé, de leurs domiciles respectifs, vers le rond-point du Banco. Pour un grand rassemblement. Abobo était déjà sous blocus des soldats pro-Gbagbo à cette époque et il était difficile d’entrer ou de sortir de la commune. C’est donc à ce rond-point, qu’à l’aide d’armes lourdes, ces derniers décident de disperser ces femmes. Sept parmi elles sont mortellement atteintes. Massiani Bamba, âgée de 18 ans et élève en classe de seconde, est la plus jeune de ces victimes. Son père, Bamba Mamadou, est aujourd’hui, le président de l’Association des parents des femmes martyres d’Abobo (Apafema). La mort de ces femmes a renforcé la conviction des autres ‘’amazones’’ qu’elles devraient poursuivre le combat jusqu’à la chute de Gbagbo.

Le déclic…

Le massacre des femmes d’Abobo a fini par convaincre la communauté internationale de la nécessité de prévenir le chaos en Côte d’Ivoire, d’où l’adoption de la résolution 1975, le 30 mars 2011, à l’unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité. Les décisions rendues par le panel de l’Union africaine, le 10 mars 2011 y ont également contribué. Pour la première fois, le Conseil de sécurité sanctionne directement des personnalités (Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, Désiré Tagro, Pascal Affi N’Guessan, Alcide Djédjé), condamne l’usage d’armes lourdes contre les civils, « notamment les femmes, les enfants, les déplacés et les ressortissants étrangers ». En son point 3, la résolution 1975 « condamne la décision de Laurent Gbagbo de ne pas accepter la solution globale proposée par le groupe de haut niveau créé par l’Union africaine et l’exhorte à se retirer immédiatement ». Ce texte donne également mandat à l’Onuci « de mettre tout en œuvre pour empêcher que les armes lourdes soient tournées contre la population ». En clair, elle devrait les saisir. C’est encore cette même décision qui demande aux Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire de se mettre au service des autorités légales incarnées par le Président Alassane Ouattara.

Une résolution déterminante qui a permis à l’Onuci, appuyée par la Force Licorne qui opérait sous mandat onusien, de prendre ses responsabilités pour détruire les armes lourdes dont disposait Laurent Gbagbo. Elle a aussi favorisé la création, le 17 mars 2011, des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci). Qui, au terme de plusieurs jours de combat contre les mercenaires et militaires restés fidèles à Laurent Gbagbo, l’ont arrêté le 11 avril 2011, dans le bunker de la résidence présidentielle de Cocody Ambassade.

Jules Claver Aka
Fraternité Matin

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