(IRIN) Barakissa Ouédraogo, “On doit se parler, sinon on va continuer à s’entretuer”

Photo: Nancy Palus/IRIN

 

OUAGADOUGOU, 5 juillet 2011 (IRIN) – Tandis que les responsables ivoiriens et internationaux parlent de vérité, de réconciliation et de poursuites judiciaires à l’encontre des individus soupçonnés de crimes de guerre, Barakissa Ouédraogo, l’une des plus de 100 000 Burkinabés qui ont fui la Côte d’Ivoire pour se réfugier au Burkina Faso pendant les flambées de violence post-électorales, suggère d’aider les familles à reconstruire leurs habitations, une mesure plus efficace, selon elle, pour favoriser la stabilité.

Barakissa Ouédraogo a raconté qu’elle recevait régulièrement des menaces de mort et que certains de ses amis burkinabés avaient été tués et mutilés en Côte d’Ivoire. « La violence a pris trop d’ampleur – il y avait tellement de morts, tellement de blessés. Il fallait fuir, il fallait fuir ». Pour elle, les présidents vont et viennent, et il incombe au peuple de décider de ne pas laisser la politique dégénérer en bain de sang. Barakissa Ouédraogo est née en Côte d’Ivoire, où des Burkinabés vivent depuis plusieurs générations. Après avoir fui au Burkina Faso en janvier, elle est retournée récemment dans la commune d’Abobo, à Abidjan, pour constater l’étendue des dégâts causés, à son domicile, par les bombardements.

« Je pense que ces processus de vérité et de réconciliation ne sont qu’une mise en scène, qu’une décoration. A mon avis, l’argent dépensé pour organiser ces choses-là pourrait être utilisé pour réparer les trous, pour aider les familles qui sont vraiment dans le besoin. Si on répare ta maison, ça te soulage. Quelle que soit ton appartenance ethnique, quelles que soient tes opinions politiques, ça te réconforte. Il y a encore des gens qui dorment dehors ».

« Tu vas aller parler à une commission, leur raconter comment ta famille a été massacrée et que tu veux pardonner, et puis après ? Tu retournes dans la rue parce tu as perdu ta maison ».

« Tout est bloqué … Il est trop tôt pour dire que les choses vont bien, maintenant, en Côte d’Ivoire. Ceux qui disent ça nient la réalité. Demandez à n’importe qui en Côte d’Ivoire : ils vous diront que les choses ne sont pas encore revenues à la normale ».

« Quant à ceux qui m’ont menacée de mort par téléphone parce que je suis burkinabé, c’était uniquement pour des raisons politiques. S’il n’avait pas été question de politique, ils ne m’auraient pas menacée. Ils ne me connaissent pas, et je ne les connais pas. C’est uniquement la politique qui [a provoqué tout cela] ».

« Nous sommes tous des êtres humains ; nous avons le même sang dans les veines. Nous devons nous unir, vivre ensemble et nous pardonner… Même si on ne peut pas tout oublier, on doit pardonner. On va inévitablement se rencontrer au marché, dans la rue. On doit recommencer à se parler, sinon on va continuer à s’entretuer, même au bout du millième président ».

« Nous ne pensions pas que la violence pourrait prendre une telle ampleur en Côte d’Ivoire. Quand je suis revenue, une amie m’a montré ce qui reste de personnes qui avaient été brûlées vives à Yopougon [un quartier d’Abidjan]. Malgré toute la pluie qui est tombée, on voit encore des traces. Un corps humain ne disparaît pas comme ça ».

« On ne peut pas encore savoir comment la situation va évoluer … Il y a des gens qui soutiennent [Laurent] Gbagbo [l’ancien président]. Nous ne pouvons pas effacer cela. Gbagbo n’est plus là, mais ses partisans, si… Le nouveau président est au pouvoir et les gens vaquent à leurs occupations et font semblant d’accepter cette situation, mais ce n’est pas sûr qu’au fond d’eux-mêmes ils le veuillent sincèrement ».

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