Une ancienne conseillère clientèle de la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce (BSIC) comparaissait, vendredi 23 octobre 2026, devant le Pôle pénal économique et financier (PPEF) d’Abidjan. Accusée d’avoir détourné plus de 337 millions de FCFA à travers 121 virements frauduleux, elle risque dix ans de prison ferme et une amende supérieure à un milliard de FCFA. L’affaire soulève également de sérieuses interrogations sur les mécanismes de contrôle interne de la banque.
Comment une employée de banque a-t-elle pu faire disparaître plus de 337 millions de FCFA des comptes de clients sans que les dispositifs de surveillance de son établissement ne détectent rapidement les opérations suspectes ?
C’est l’une des principales questions soulevées par le procès de D. Nadège, ancienne conseillère clientèle de l’agence BSIC d’Aghien, à Abidjan, jugée vendredi 23 octobre 2026 devant le Pôle pénal économique et financier.
Selon le compte rendu d’audience du journaliste Fernand Dédeh, la prévenue reconnaît avoir détourné 337 657 200 FCFA entre mars 2023 et juillet 2025, grâce à un système de manipulations comptables et de virements effectués à partir de comptes bancaires peu actifs.
Des comptes dormants méthodiquement ciblés
Le procédé décrit devant le tribunal reposait sur l’identification de comptes suffisamment approvisionnés, mais dont les titulaires n’effectuaient plus d’opérations depuis longtemps.
La conseillère clientèle ciblait notamment les clients qui ne répondaient plus aux sollicitations de leur banque. Elle procédait ensuite à des mouvements frauduleux sur leurs comptes.
Au total, 121 virements auraient été réalisés pendant plus de deux ans.
Pour récupérer les fonds, la prévenue utilisait un compte bancaire ouvert au nom de sa jeune sœur. Cette dernière effectuait régulièrement des retraits compris entre 5 et 10 millions de FCFA, parfois tous les trois jours, avant de lui remettre les espèces.
Selon les explications présentées à l’audience, la sœur aurait ignoré l’origine frauduleuse des sommes ainsi que leur destination finale.
Un mystérieux ressortissant congolais présenté comme bénéficiaire
Interrogée sur l’utilisation des centaines de millions détournés, D. Nadège a désigné un ressortissant congolais comme principal destinataire des fonds.
Les transferts auraient été effectués depuis une agence située à Treichville.
Mais la prévenue n’a pas été en mesure de communiquer au tribunal les coordonnées de cet homme, compliquant ainsi les recherches sur la destination réelle de l’argent.
Cette absence d’informations laisse entière la question de la récupération des fonds.
Dix ans de prison ferme et plus d’un milliard FCFA d’amende requis
Pour le ministère public, les faits présentent une particulière gravité, tant par leur montant que par leur répétition sur une longue période.
Le parquet a requis dix ans d’emprisonnement ferme et une amende de 1 012 971 600 FCFA, soit trois fois le montant des sommes détournées, ainsi que des peines complémentaires.
L’accusation estime également que la prévenue n’a pas manifesté de véritables regrets au cours des débats.
Prenant la parole devant les juges, celle-ci a néanmoins sollicité leur indulgence :
« Tout ce que je veux vous demander, que vous puissiez me pardonner. »
Une demande à laquelle la présidente du tribunal a répondu :
« Si l’argent est retrouvé quelque part, la BSIC peut pardonner. »
La défense pointe les défaillances du contrôle bancaire
De son côté, l’avocat de la prévenue a plaidé les circonstances atténuantes, demandant une peine correspondant à la période de détention déjà effectuée.
Mais la défense a surtout soulevé une question embarrassante pour l’établissement bancaire : comment plus de 300 millions de FCFA ont-ils pu sortir des comptes de clients pendant plus de deux ans sans déclencher d’alerte suffisamment efficace ?
Cette interrogation place les procédures de contrôle interne de la BSIC au cœur du débat.
Car au-delà de la responsabilité pénale individuelle de l’ancienne conseillère, l’affaire pose la question de la sécurité des dépôts, de la surveillance des opérations inhabituelles et de la protection des comptes inactifs.
L’avocat de la banque, constituée partie civile, a lui-même exprimé son inquiétude face à la répétition de ce type de dossiers. Affirmant assister pour la troisième fois à un procès similaire, il a dénoncé une pratique qui semble se banaliser : « On peut soutirer l’argent des comptes dormants », a-t-il résumé.
Une affaire qui interroge la sécurité de l’épargne bancaire
Les comptes dormants constituent une catégorie particulièrement sensible pour les établissements financiers. Leur faible activité peut les exposer à des détournements lorsque les contrôles internes et les procédures d’autorisation sont insuffisants.
Dans le cas de la BSIC, les faits rapportés à l’audience interrogent notamment la capacité de la banque à détecter des virements répétés depuis des comptes inactifs et à identifier les opérations atypiques réalisées par ses propres employés.
La question est d’autant plus importante que les sommes détournées appartiennent à des clients qui confient leur épargne à l’établissement.
D. Nadège est poursuivie pour faux et usage de faux en écriture privée de banque, abus de confiance et blanchiment de capitaux.
Le tribunal a mis l’affaire en délibéré au 13 novembre 2026.
Source : compte rendu de l’audience du 23 octobre 2026 publié par le journaliste Fernand Dédeh






Commentaires Facebook