Le départ annoncé d’Antoine Sehi du Front populaire ivoirien (FPI) au profit du RHDP provoque une onde de choc dans les rangs du parti. Présenté comme une recrue de poids par le camp présidentiel, notamment en raison de son influence au sein de la communauté wê, l’ancien représentant du FPI en France a été rapidement démis de ses fonctions. Une affaire que le parti tente de contenir, mais dont les réactions particulièrement vives trahissent manifestement la portée.
Tout est parti d’une rencontre qui, officiellement, n’avait rien d’une cérémonie de ralliement. Dimanche 16 août, à l’occasion d’une rencontre entre fils et filles de Kouibly, le député de la circonscription, Dr Thierry Tahou, élu sous les couleurs du parti au pouvoir, annonce à l’assistance qu’il s’apprête à accueillir dans les rangs du RHDP Antoine Sehi, présenté comme une personnalité influente de la communauté wê. Une annonce faite presque à la cantonade, mais qui ne tardera pas à prendre une dimension politique.
Dès le lendemain, RHDP News, organe de communication du parti au pouvoir, enfonce le clou en présentant Antoine Sehi comme une « grosse prise ». La séquence médiatique est lancée. Pour le RHDP, le symbole est évident : attirer dans ses rangs un responsable connu de la diaspora et du FPI en France constitue une opération politiquement valorisante. Pour le parti de gauche, en revanche, le départ d’un de ses représentants à l’étranger intervient dans un contexte où chaque défection est scrutée avec attention.
La première réaction viendra de M. Edouard Yro Gozz, représentant du FPI en Scandinavie. Dans une sortie qui traduit l’agacement de certains militants, il s’interroge publiquement sur « le manque de dignité » et de « conviction » de ceux qui seraient sensibles aux « espèces sonnantes et trébuchantes ». Une charge immédiatement tempérée par le vice-président, M. Sosthène Coulibaly, chargé de recherche de financement, sponsoring et des réprésentations de l’europe du Sud-Ouest, qui appelle à la retenue, le temps d’entendre l’intéressé et surtout de connaître la position de la direction du parti.
Mais la polémique ne retombe pas. Geneviève Goëtzinger, communicante du FPI, choisit à son tour l’offensive. Dans une attaque particulièrement virulente, elle dresse un portrait très critique d’Antoine Sehi, allant jusqu’à le qualifier de « gaou », de « tchass » (NDLR: désargenté) qui ne souhaite pas mourir pauvre. Des propos qui alimentent davantage la controverse et ouvrent la porte à une avalanche de réactions militantes, certaines dépassant largement le cadre de la critique politique pour verser dans l’attaque personnelle.
La réprésentation régionale finit par trancher. Dans un communiqué laconique, le vice-président régional Sud-Ouest annonce le retrait immédiat d’Antoine Sehi de ses fonctions de représentant du FPI, avant que son remplacement par Koulin Mah, secretaire national ne soit acté. Une décision administrative qui tente de refermer rapidement une séquence devenue embarrassante. Mais derrière cette apparente reprise en main se profile une question plus profonde : pourquoi le départ d’un seul responsable provoque-t-il autant de crispations ?
Car c’est précisément là que se trouve le paradoxe de cette affaire. Le FPI semble vouloir réduire le ralliement d’Antoine Sehi à un simple épiphénomène. Pourtant, la succession de réactions, la violence de certaines déclarations et la rapidité de la décision de le démettre donnent une tout autre impression. Si cette défection était réellement sans conséquence, aurait-elle suscité une telle levée de boucliers ?
De son côté, Antoine Sehi semble avoir choisi, avec ses soutiens, une stratégie radicalement différente : le silence. Pas de polémique, pas de justification publique, pas de réponse immédiate aux attaques. Une posture qui peut être interprétée comme une volonté de laisser retomber la tempête avant de dévoiler ses intentions et, surtout, de mesurer l’accueil réservé à son éventuel passage au RHDP.
Au-delà du cas personnel d’Antoine Sehi, cette affaire pose donc une question plus large au FPI : celle de sa capacité à conserver ses cadres, particulièrement dans la diaspora, face aux offensives de recrutement du pouvoir. Le RHDP revendique déjà sa « prise ». Le FPI, lui, tente de tourner la page. Mais en politique, ce ne sont pas toujours les communiqués qui mesurent l’importance d’une défection. Parfois, c’est la violence des réactions qu’elle provoque qui révèle sa véritable portée.
L’avenir dira donc si le départ d’Antoine Sehi n’aura été qu’un épisode sans lendemain ou le premier symptôme d’une recomposition plus profonde des rapports de force politiques au sein de la communauté wê et de la diaspora ivoirienne en France.
Georges-Eden Bobia
Correspondant à Paris
Image : M. Antoine Sehi, ex-réprésentant du FPI , en france dépose ses valises au RHDP






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