Kouibly : Thierry Tahou veut faire de la diaspora un moteur du développement local

À Montreuil, le député de Kouibly, Dr Thierry Tahou, a tenté de convaincre les ressortissants du département établis en France de franchir un nouveau cap : ne plus seulement soutenir les familles restées au pays, mais investir directement dans le développement de leur territoire d’origine. Une opération de proximité où l’affectif, le bilan du mandat et les ambitions économiques se sont mêlés.

Montreuil, 16 août 2026. Trois heures de retard n’auront pas eu raison de la mobilisation. Dans la salle du 35, rue Lenain-de-Tillemont, les ressortissants de Kouibly ont répondu nombreux à l’invitation de leur député, Dr Thierry Tahou.

Présentée comme une rencontre familiale et un moment d’échanges « loin de toute arrière-pensée électorale », la réunion avait surtout des allures de rendez-vous avec l’avenir. Au cœur des discussions : le rôle que la diaspora pourrait jouer dans la transformation économique et sociale du département.

Le développement comme argument de mobilisation

Entouré de proches et devant un public acquis à l’échange, le député apparenté au RHDP a défendu les premières réalisations qu’il attribue à son mandat.

Il a notamment cité le bitumage du tronçon Man-Kouibly, présenté comme acquis sous sa mandature 2025-2030 grâce à un financement de la Banque islamique de développement (BID). Il a également évoqué un taux d’électrification qu’il situe à 99 % dans le département, ainsi que le rapprochement des structures sanitaires afin de permettre aux populations d’accéder aux soins dans un rayon d’environ cinq kilomètres autour des villages.

Thierry Tahou a également mis en avant le secteur de l’éducation. Selon lui, la multiplication des établissements scolaires et des collèges de proximité autour des zones d’habitation aurait contribué à réduire fortement les grossesses en milieu scolaire. Une affirmation qui place l’investissement dans les services de proximité au cœur de sa vision du développement local.

Mais le véritable enjeu de cette rencontre se trouvait ailleurs. Le député voulait surtout convaincre les ressortissants de Kouibly établis en France de regarder leur département autrement.

Pour lui, la diaspora ne devrait plus être uniquement considérée comme une source de transferts d’argent destinés à soutenir les familles. Elle pourrait devenir un véritable partenaire économique du territoire : investisseur, propriétaire, promoteur immobilier et, demain, créateur d’emplois.

« Investissez à Kouibly »

Le message a été particulièrement clair concernant l’immobilier. Face à une pénurie de logements dans le département, Thierry Tahou a annoncé avoir engagé des discussions avec le maire afin de faciliter la mise à disposition de terrains aux ressortissants désireux de construire.

Le principe annoncé est simple : permettre à ceux qui souhaitent investir dans leur ville d’origine d’accéder à des terrains et de bénéficier d’un accompagnement.

Pour une diaspora habituée à financer des constructions familiales parfois dispersées et sans véritable stratégie collective, la proposition pourrait constituer un changement de paradigme. Construire ne serait plus seulement un acte patrimonial ou familial, mais pourrait devenir le premier maillon d’un véritable marché immobilier local capable d’accompagner l’arrivée de fonctionnaires, de commerçants, de cadres, de jeunes actifs ou encore de membres de la diaspora désireux de revenir.

L’annonce a suscité une ovation. Reste désormais à transformer cet enthousiasme en projets concrets, avec des mécanismes transparents, des procédures clairement définies et un accompagnement effectif des futurs investisseurs.

Le bitume pour dessiner le Kouibly de demain

Dans son argumentaire, la route occupe également une place centrale. Thierry Tahou a revendiqué le lancement du bitumage de l’axe Man-Kouibly et annoncé la perspective de huit kilomètres de voiries goudronnées à l’intérieur de la ville.

Plus loin, il a évoqué une ambition à plus long terme : une interconnexion, à l’horizon 2035-2040, entre Facobly, Kouibly, Bangolo et Duékoué.

Si elle se concrétise, cette perspective pourrait modifier profondément les flux économiques dans cette partie de l’ouest ivoirien. Mais l’horizon annoncé est encore lointain. Pour les populations comme pour la diaspora, l’enjeu sera donc de distinguer les projets déjà engagés, ceux effectivement financés et ceux qui demeurent encore au stade des perspectives.

De la rencontre familiale au rendez-vous politique

L’ambiance se voulait conviviale. Présentation de la famille du député, prestations artistiques, échanges avec les ressortissants et remise symbolique de dons aux anciens ont donné à la rencontre des allures de retrouvailles communautaires.

Pour autant, la politique n’était jamais très loin.

Un trait d’humour de Thierry Tahou évoquant la possibilité de voir Antoine Sehi, figure de proue du FPI à Paris, rejoindre ses rangs a provoqué les rires de l’assistance. Derrière la plaisanterie, l’épisode rappelle une réalité : même lorsqu’une rencontre est présentée comme familiale ou apolitique, la compétition politique peut rapidement refaire surface.

Le véritable test commence maintenant

Au terme de cette rencontre, Kouibly semble vouloir changer de rapport avec sa diaspora. L’objectif affiché n’est plus seulement de solliciter sa générosité, mais de mobiliser son capital, ses compétences et ses réseaux au service du développement local.

L’idée est séduisante, mais elle devra désormais passer l’épreuve du réel.

Des terrains devront être effectivement disponibles. Les règles d’attribution devront être connues et transparentes. Les investisseurs devront être sécurisés. Les infrastructures annoncées devront sortir de terre. Et surtout, les projets devront produire de l’activité et des emplois.

Car la diaspora ne demande pas seulement des discours. Elle veut savoir où investir, comment investir et avec quelles garanties.

À Montreuil, Thierry Tahou a donc lancé un pari : faire de l’attachement des enfants de Kouibly à leur terre natale un véritable levier économique. Le rendez-vous était familial. Le défi, lui, est désormais entrepreneurial.

Georges-Eden Bobia
Correspondant à Paris

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