Le sixième pont d’Abidjan doit relier le quartier d’Abata (commune de Cocody) à l’aéroport de Port-Bouët, en passant par la commune de Koumassi. Long de 1,5 km, le pont va enjamber la lagune sur deux sections distinctes : la section Abata-Koumassi et la section Koumassi-Port-Bouët. Le tracé originel prévoyait de relier directement Abata (et, en arrière-plan, Bingerville) à l’aéroport. Mais il fut modifié pour permettre à l’ouvrage d’absorber une partie de la circulation qui part de Koumassi en direction de l’aéroport. Coût : 200 milliards de FCFA.
Deux partenaires se sont signalés : la CCECC (China Civil Engineering Construction Corporation) et l’entreprise SOCOPRIM, qui a financé, construit et exploite le troisième pont d’Abidjan. Les premières études ont été restituées en 2022. La Côte d’Ivoire est alors entrée dans des discussions exclusives avec la CCECC en signant un MOU (Memorandum of Understanding), valide jusqu’en 2024.
Pourtant, depuis bientôt deux ans, rien n’est annoncé sur les résultats de ces discussions. L’État n’a toujours pas communiqué sur la suite du projet, ce qui, visiblement, atteste d’un blocage. L’ouvrage sera un pont à péage et sera réalisé en mode partenariat public-privé (PPP). Les études, la conception, le financement, la réalisation et l’exploitation reviendront au partenaire choisi. Les raisons ayant conduit à choisir la CCECC plutôt que la SOCOPRIM n’ont pas été communiquées. Mais, à la vue des ouvrages réalisés par la Chine, ce choix est contestable.
Prenons le quatrième pont d’Abidjan. Il a accumulé plusieurs déconvenues. Débuté en juillet 2018, il devait être livré en septembre 2020. Mais il a été achevé en juillet 2024, soit après quatre années de retard. En outre, le tunnel au niveau de la mairie d’Adjamé et le pont sur l’avenue 13 de cette commune n’ont pas été réalisés alors qu’ils figuraient bel et bien dans le projet. Notons aussi un dépassement du budget, qui est passé de 142 à 154 milliards de FCFA. Le barrage de Gribo-Popoli à Soubré (coût : 247 milliards de FCFA), les Chinois l’ont déclaré « terminé et opérationnel » depuis décembre 2025. Curieusement, il n’a pas été officiellement inauguré, ce qui est surprenant pour un ouvrage de cette taille.
Les travaux du port sec de Ferké ont été lancés en mai 2021, pour une livraison en décembre 2023. Mais il est toujours en chantier et tout montre qu’il ne sera pas livré cette année. En avril 2026, il affichait un taux de réalisation de 28 % après cinq ans de travaux !!! Il va coûter 254 milliards de FCFA. La maquette est époustouflante. Mais, quand on voit l’aspect des travaux en cours, on est amené à douter de ce coût. Tout est vraiment sommaire. Les Chinois ont déserté le chantier. Il y a aussi le stade olympique d’Ebimpé que les Chinois ont affirmé avoir construit pour 67 milliards de FCFA. Pourtant, l’État ivoirien a dû décaisser 20 milliards un an après son inauguration pour le rendre vraiment fonctionnel.
Les Chinois sont-ils des partenaires aussi fiables qu’on le dit ? Rappelons qu’en 2018, la Côte d’Ivoire avait annoncé la mise sur pied d’une agence chargée de suivre les investissements chinois dans le pays. Les Chinois ont signifié leur désapprobation et, dans la foulée, ils ont annulé une cérémonie qui devait sceller un partenariat pour la réalisation d’un ensemble de projets d’une valeur globale de 2 000 milliards de FCFA en Côte d’Ivoire. Il ne fut jamais question de ce partenariat depuis lors.
Aujourd’hui, le sixième pont est dans l’impasse. On peut se demander pourquoi avoir écarté la SOCOPRIM qui, forte de son savoir-faire sur le troisième pont, ne devrait, a priori, pas avoir de problèmes à lever 200 milliards de FCFA. En tant qu’entreprise ivoirienne, elle se serait appuyée sur des partenariats locaux, à l’inverse des Chinois qui font tout venir de Chine lorsqu’ils financent la construction d’une infrastructure. L’impact de leurs chantiers est toujours nul sur l’activité économique partout où ils interviennent.
De toute évidence, le gouvernement ivoirien s’est planté en signant un MOU avec la CCECC, tout comme le choix de la CSCEC pour le quatrième pont fut désastreux. Certes, un MOU n’est pas un contrat définitif, on peut toujours revenir en arrière. Mais on n’arrive pas à expliquer pourquoi rien ne bouge alors que les discussions avec les Chinois n’ont visiblement pas été concluantes. Le gouvernement ivoirien a-t-il les mains liées ?
Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales






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