En 2021, le président français Emmanuel Macron avait créé la polémique en recevant des descendants des Harkis (les supplétifs algériens de l’armée française pendant la guerre d’Algérie). Il a laissé entendre que, sans la France, l’Algérie telle qu’on la connaît aujourd’hui n’existerait pas. La crise diplomatique fut immédiate : l’Algérie a rappelé son ambassadeur en France, tandis que la toile, aussi bien en Algérie qu’en France, se déchaînait contre lui.
À la différence du Maroc, de la Tunisie, de l’Égypte et de la Libye, il n’y avait pas, sur le territoire de l’actuelle Algérie, un royaume pleinement établi et reconnu en tant que tel. Le territoire était administré par un régent pour le compte de l’Empire ottoman. Et c’était un espace bien réduit. La France prit possession du territoire en 1830 et en délimita progressivement les frontières jusque dans les années 1900. L’Algérie était vue comme la continuité du territoire français, alors qu’ailleurs, au Maroc et en Tunisie, elle a signé des protectorats avec les souverains en place. Ainsi, l’Algérie, dans ses frontières actuelles, et donc avec la composition de sa population, est bien une construction de la France.
La première carte au-dessus nous donne un peu le tableau des royaumes en Afrique aux environs du XIVe siècle. Prenons le cas du Nigéria. Au Nord se trouvent les Haoussas et les Peulhs. Au Sud, les Yorubas et les Igbos. En tout, deux cents groupes ethniques composent ce pays, disséminés dans différents royaumes. Aujourd’hui, ces peuples se retrouvent dans une seule nation. Comme l’Algérie, le Nigéria, dans ses frontières et dans la composition de sa population, est bien une construction du colonisateur. Ce principe reste valable pour l’ensemble de l’Afrique.
Le brassage des peuples et des cultures
Cette fusion des peuples à l’intérieur d’une même nation n’aurait pas été possible sans la colonisation, qui a entraîné un brassage, un enrichissement, un métissage des peuples et des cultures, et une éradication de la conflictualité. En effet, sans ce brassage, sans la mise en place d’États regroupant plusieurs peuples, les conflits auraient été récurrents entre les différents royaumes, sultanats et chefferies. En mettant tout le monde dans un même moule, la colonisation a pu désamorcer des conflits potentiels entre les peuples d’Afrique.
On entend souvent dire que la colonisation a « balkanisé » l’Afrique en créant une multitude d’États artificiels. C’est plutôt le contraire qui s’est produit. La colonisation a plutôt rendu l’Afrique plus « fédérale » en réduisant le nombre d’entités étatiques potentielles. Si on devait tenir compte des royaumes, à l’emplacement du Nigéria, on aurait aujourd’hui peut-être une vingtaine de pays. En Côte d’Ivoire, cinq à six royaumes étaient en place. On aurait eu au moins cinq États, etc. La colonisation a permis, dans une certaine mesure, l’union et non la division de l’Afrique.
Les acquis matériels
Dans beaucoup de pays africains, ponts, chemins de fer, ports, aéroports, etc., sont en place depuis l’époque coloniale. Une fois l’indépendance acquise, bien des gouvernements ont été incapables de construire des infrastructures similaires. En Côte d’Ivoire, par exemple, nous avons un seul chemin de fer. Aujourd’hui, 66 ans après l’indépendance, une deuxième liaison ferroviaire est envisagée. Mais pour l’instant, il n’y en a qu’une seule. Le canal qui donne accès au port d’Abidjan fut achevé en 1950. Pas sûr que le pays aurait pu le creuser si cela n’avait pas été fait par les colons.
L’Afrique du Sud, la seule économie développée du continent, n’a pas été construite par le peuple zoulou, on est tous d’accord sur ce point. Ce sont bien les colons anglais et néerlandais, et leurs descendants, qui ont fait le travail. En 1994, les Noirs ont hérité d’un pays performant, qui soutenait la comparaison avec les pays occidentaux. Mais depuis, ils peinent à poursuivre ce travail, le pays régresse sur tous les plans.
En 1956, au Congo belge (actuelle RDC), les Belges ont élaboré le « plan Bilsen ». Il prévoyait une accession graduelle des Congolais aux responsabilités, en vue d’une indépendance au terme de 30 ans, soit en 1990. Mais Patrice Lumumba et sa bande, impatients de gouverner, exigeaient l’indépendance immédiate (à l’instar de Kwame N’Krumah au Ghana en 1957 et Sékou Touré en Guinée en 1958). Une fois l’indépendance acquise, ces leaders n’ont pas accompli des merveilles. On pense aujourd’hui que si le plan Bilsen avait été mis en œuvre, le Congo belge, à l’époque la colonie la plus avancée en Afrique, aurait atteint en 1990 le niveau de développement de l’Afrique du Sud.
Des indépendances prématurées ?
Il faut souligner que l’argent qui développait les colonies ne venait pas des métropoles, il était généré sur place dans les colonies grâce aux taxes perçues par l’exploitation et la vente de produits que les colons exportaient. Aux indépendances, les colons ont légué aux Africains des pays qui fonctionnaient parfaitement sur le plan économique et institutionnel. Les caisses étaient pleines. La démocratie était vivante. Il n’y avait ni corruption endémique ni chômage. Malheureusement, le désordre a commencé dès que les Noirs ont accédé aux responsabilités.
Les Africains étaient-ils mûrs pour gouverner ? Le président Houphouët disait que non. On l’accusa de servir les intérêts du colonisateur. Mais la suite lui donna raison. Aujourd’hui, il faut poser un autre regard sur la colonisation. Elle n’est pas la source des malheurs du continent. Bien au contraire, sans elle, où en seraient les choses aujourd’hui ? En fait, elle s’est achevée prématurément. Elle a duré environ 60 ans, un délai un peu court pour changer les mentalités. Mais son impact sur l’Afrique a été positif à bien des égards. On doit le dire.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales






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