La candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies est désormais officiellement lancée. Soutenu par le président Bassirou Diomaye Faye, malgré leurs profondes divergences politiques, l’ancien chef de l’État entend mettre en avant ses douze années d’expérience à la tête du Sénégal et son engagement en faveur du multilatéralisme. Mais dans une compétition où la crédibilité politique, le respect des droits humains et la capacité à rassembler sont déterminants, son bilan national continue de susciter de nombreuses interrogations.
Une candidature aux atouts réels
Macky Sall fait partie des candidats déclarés pour succéder à António Guterres, dont le mandat s’achèvera fin 2026. Son profil présente plusieurs arguments en sa faveur.
Il bénéficie tout d’abord du soutien officiel du Sénégal, un élément indispensable dans ce type d’élection. Son expérience de douze années à la présidence du Sénégal lui confère également une solide connaissance des enjeux diplomatiques, sécuritaires et du développement.
Sa candidature s’inscrit aussi dans un contexte où de nombreux États défendent l’idée d’un retour de l’Afrique à la tête des Nations unies, après les mandats du Sud-Coréen Ban Ki-moon et du Portugais António Guterres. Même si aucune règle écrite ne prévoit une rotation régionale, cet argument est régulièrement avancé dans les discussions diplomatiques.
Enfin, Macky Sall mène une campagne active auprès des États membres, multipliant les rencontres diplomatiques afin de présenter sa vision de l’Organisation des Nations unies.
Un passé qui continue de peser
Ces atouts sont cependant contrebalancés par un bilan politique qui demeure controversé.
La fin de son second mandat a été marquée par une profonde crise politique, provoquée notamment par sa décision de reporter l’élection présidentielle de 2024. Cette décision, invalidée par le Conseil constitutionnel, avait entraîné d’importantes manifestations, durement réprimées, faisant plusieurs dizaines de morts selon différentes organisations de défense des droits humains.
Durant cette période, des ONG internationales avaient dénoncé des arrestations massives d’opposants, des restrictions des libertés publiques ainsi qu’un usage disproportionné de la force par les autorités.
À ces critiques s’ajoutent aujourd’hui les accusations formulées par les nouvelles autorités sénégalaises concernant la gestion des finances publiques sous son administration. Macky Sall conteste l’ensemble de ces reproches.
Pour plusieurs observateurs, ce lourd passif politique pourrait constituer un véritable handicap dans une élection où le secrétaire général est censé incarner les valeurs de paix, de dialogue, de justice et de respect des droits fondamentaux.
Des adversaires aux profils très solides
La concurrence est également particulièrement relevée.
L’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet apparaît comme l’une des favorites. Ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, elle dispose d’une longue expérience au sein du système onusien et pourrait devenir la première femme à diriger l’Organisation.
La Costaricienne Rebeca Grynspan, actuelle secrétaire générale de la CNUCED, bénéficie elle aussi d’une excellente réputation dans les milieux diplomatiques.
L’Argentin Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), s’est imposé comme une figure incontournable de la diplomatie internationale grâce à sa gestion des crises nucléaires.
Enfin, María Fernanda Espinosa, ancienne présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, connaît parfaitement les rouages de l’organisation.
Une élection qui se joue au Conseil de sécurité
La désignation du secrétaire général des Nations unies ne dépend pas d’une campagne populaire. Elle repose avant tout sur les équilibres géopolitiques.
Le candidat retenu devra obtenir le soutien du Conseil de sécurité sans subir le veto de l’un des cinq membres permanents — les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni — avant d’être officiellement nommé par l’Assemblée générale.
Dans ce contexte, le parcours personnel, les relations diplomatiques et la capacité à faire consensus pèsent souvent autant que les compétences administratives.
Si Macky Sall dispose d’atouts indéniables liés à son expérience présidentielle et au soutien de son pays, les controverses qui ont marqué la fin de son pouvoir pourraient néanmoins constituer un frein auprès de certains États membres. La répression des manifestations de 2023 et 2024, ainsi que les critiques récurrentes sur la gouvernance de son second mandat, demeurent des éléments susceptibles d’influencer les arbitrages diplomatiques.
À ce stade, aucun favori ne se dégage clairement. Plus que la popularité des candidats, c’est leur capacité à rassurer les grandes puissances et à construire un consensus international qui déterminera l’identité du prochain secrétaire général des Nations unies.






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