Depuis le départ, la Côte d’ivoire est une terre d’immigration. Si hier celle-ci se limitait aux ressortissants de la sous-région, aujourd’hui les populations
viennent de partout. Faut-il octroyer de facto la citoyenneté aux enfants nés en Côte d’Ivoire ou laisser les choses » telles qu’elles sont » ?
La population ivoirienne est jeune, dynamique, vibrante, ingénieuse, et surtout cosmopolite, avec une prévalence des hommes, contrairement à une tendance mondiale où les femmes prédominent. C’est le résultat d’une imigration massive dans le pays. Avec un taux officiel de 22% de non nationaux, la Côte d’Ivoire est selon les Nations Unies le premier pôle de l’immigration en Afrique avec 6 millions d’étrangers. Mais les chiffres sont visiblement sous-évalués. Selon certaines projections, le taux avoisinerait 34%, sur une population totale aussi revue à la hausse. Depuis la colonisation, cet afflux ne s’est jamais arrêté vers ce pays.
A son indépendance en 1960, le pays a opté pour le droit du sol. Tout enfant né en Côte d’Ivoire avait d’office la nationalité. Déjà en 1966, le président Houphouët avait proposé une loi sur la « double nationalité » avec les pays du Conseil de l’Entente. Elle aurait permis aux citoyens de ces pays, d’être ivoirien de facto. Mais le projet fut rejeté par le parlement, qui a estimé que la Côte d’Ivoire serait submergée. Depuis 1972, sous la pression de ce parlement, le droit du sol été remplacé par le droit du sang. Est ivoirien, l’enfant qui a au moins un parent ivoirien.
Aujourd’hui un débat refait surface. Faut-il accorder la nationalité à tout enfant né sur le sol ivoirien comme ce fut le cas de 1960 à 1972, et comme c’est le cas aux Etats-Unis d’Amérique ? Beaucoup d’individus sont nés, ont grandi, et ont effectué leur parcours scolaire en Côte d’Ivoire, ils ont été « formatés » en tant que Ivoiriens, mais n’ont pas la nationalité. Ils finissent par retourner dans le pays de leurs parents, où souvent ils entreprennent une brillante carrière dans l’administration publique. Ainsi la Côte d’Ivoire se prive de compétences qu’elle a créées, mais qui ne lui profitent pas. Un individu reste toujours pénalisé quand il évolue dans un pays dont il n’est pas citoyen. Des portes lui sont fermées.
Beaucoup de ministres et hauts cadres de pays d’Afrique de l’Ouest sont nés, ont grandi, et effectué tout leur parcours scolaire et universitaire en Côte d’Ivoire. Cette hémorragie de compétences, ces talents qui vont s’exercer ailleurs, reste un phénomène silencieux, souterrain, qui porte préjudice à la Côte d’Ivoire. Ce pays les voit naître, grandir, les a formés, mais c’est d’autres qui en ceuillent les fruits. Il y a visiblement quelque chose à revoir. Un individu qui est né, a grandi, et a effectué tout son parcours scolaire en Côte d’Ivoire, est » fils de ce pays « . C’est un Ivoirien comme tout autre.
Le droit du sang mine aussi la cohésion nationale. Ce sont des millions d’individus qui ne connaissent d’autres pays que la Côte d’Ivoire, à qui on refuse la nationalité. Même s’ils arrivent à s’insérer économiquement, ils portent en eux une blessure qui les empêche de pleinement s’épanouir. Ce pays les a vu naître et grandir, mais les « rejette », puisqu’ils sont considérés comme étrangers. La question a été récemment mise sur la table par Stanislas Zézé, PDG de bloomfield Investment, une entreprise financière. Ce n’est pas un homme politique, mais plutôt de la finance. selon lui, la question a une incidence économique, le pays perd gros en refusant la nationalité aux individus nés sur son sol.
Le droit du sol va peut-être amener les femmes des pays limitrophes à venir donner naissance en Côte d’Ivoire, mais si le pays met en place des politiques d’intégration et d’inclusion à l’image par exemple du Canada vis à vis de ses immigrés, la Côte d’Ivoire sortira plus forte économiquement et socialement sur le long terme. Tous les pays africains pratiquent le droit du sang diront certains. Mais en tant que nation particulière dans l’imaginaire collectif africain, la Côte d’Ivoire ne doit pas copier les autres nations, elle doit plutôt les inspirer.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales






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