
« A Koumassi Campement, il n’y a pas de mot dans nos langues pour qualifier cet acte d’un citoyen »
- « Aucune société ne peut espérer se développer sans durablement bâtir des valeurs »
En février 2026, l’écrivain, essayiste ivoirien vivant au Canada, Laurent Kouassi a fait une publication critique sur l’Afrique Noire, avec ce titre : «Peut-on être fier du parcours des pays d’Afrique Noire depuis les glorieuses années d’indépendance ?» En juin 2026, nous l’avons rencontré via les réseaux sociaux et il revient sur certaines thématiques préoccupantes concernant l’avenir du continent, avec à l’esprit cette interrogation : Devrions-nous désespérer de l’Afrique Noire ? Entretien…
Monsieur Laurent Kouassi, en février 2026 vous aviez fait une contribution dans nos colonnes, reprise par plusieurs autres organes de presse. Quelles étaient les motivations et appréhensions réelles de votre texte diagnostic sur le devenir des pays africains ?
Depuis la sonnette d’alarme lancée par l’écrivain René Dumont à travers son livre «L’Afrique Noire est mal partie» paru dès les premières années des indépendances en 1962, que constatons-nous en Afrique Noire, surtout francophone après plus de 60 ans de libération du joug colonial ? En d’autres termes quels sont les acquis secteur par secteur et au-delà les valeurs développées qui identifient les peuples de ces pays ? Pas grand chose. Et pourtant certains parmi eux, ont eu de très bons décollages avec des visions salutaires. Ce fut le cas de la Côte d’Ivoire, avec le secteur de l’éducation auquel 40 % du budget de l’État était consacré. Un système de référence, avec des professeurs et enseignants bénéficiant de traitements et de privilèges jamais égalés sur le continent. N’oublions pas aussi la période faste du miracle économique ivoirien des années 70, avec la réalisation de l’autosuffisance alimentaire. De l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique centrale, le constat est le même et l’on n’est pas en mesure de répondre à cette simple question. A savoir : quels sont les valeurs et acquis de la plupart de ces pays d’Afrique Francophone depuis les indépendances ?Cependant, nous sommes bien conscients qu’aucune société ne peut espérer se développer sans durablement bâtir des valeurs. Des valeurs dont les acquis devraient permettre de forger, de transformer positivement le citoyen, assurer et consolider son plein développement étape par étape. Le constat est d’autant plus triste que tous les secteurs essentiels dont l’éducation, la santé, l’agriculture, l’économie, la science, la recherche, sans oublier l’approvisionnement en eau et en électricité, connaissent encore des difficultés insurmontables ou se trouvent encore dans des états embryonnaires. Qui peut s’imaginer un instant que dans les pays occidentaux de grand froid, il peut y avoir des coupures intempestives d’électricité en pleine période d’hiver, comme on le vit régulièrement dans nos pays en Afrique durant les temps de grande chaleur ? Le cas du Congo-Brazzaville qui bat le record avec des semaines de coupure selon un reportage de TV5-Afrique du 7 juin 2026 (Le calvaire quotidien des coupures et délestages massifs à Brazzaville). Depuis la sonnette d’alarme lancée par l’écrivain René Dumont à travers son livre «L’Afrique Noire est mal partie» paru dès les premières années des indépendances en 1962, que constatons-nous en Afrique Noire, surtout francophone après plus de 60 ans de libération du joug colonial ? En d’autres termes quels sont les acquis secteur par secteur et au-delà les valeurs développées qui identifient les peuples de ces pays ? Pas grand chose. Et pourtant certains parmi eux, ont eu de très bons décollages avec des visions salutaires. Ce fut le cas de la Côte d’Ivoire, avec le secteur de l’éducation auquel 40 % du budget de l’État était consacré. Un système de référence, avec des professeurs et enseignants bénéficiant de traitements et de privilèges jamais égalés sur le continent. N’oublions pas aussi la période faste du miracle économique ivoirien des années 70, avec la réalisation de l’autosuffisance alimentaire. De l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique centrale, le constat est le même et l’on n’est pas en mesure de répondre à cette simple question. A savoir : quels sont les valeurs et acquis de la plupart de ces pays d’Afrique Francophone depuis les indépendances ?Cependant, nous sommes bien conscients qu’aucune société ne peut espérer se développer sans durablement bâtir des valeurs. Des valeurs dont les acquis devraient permettre de forger, de transformer positivement le citoyen, assurer et consolider son plein développement étape par étape. Le constat est d’autant plus triste que tous les secteurs essentiels dont l’éducation, la santé, l’agriculture, l’économie, la science, la recherche, sans oublier l’approvisionnement en eau et en électricité, connaissent encore des difficultés insurmontables ou se trouvent encore dans des états embryonnaires. Qui peut s’imaginer un instant que dans les pays occidentaux de grand froid, il peut y avoir des coupures intempestives d’électricité en pleine période d’hiver, comme on le vit régulièrement dans nos pays en Afrique durant les temps de grande chaleur ? Le cas du Congo-Brazzaville qui bat le record avec des semaines de coupure selon un reportage de TV5-Afrique du 7 juin 2026 (Le calvaire quotidien des coupures et délestages massifs à Brazzaville).
Quelles sont selon vous, les causes profondes de cet échec abyssal auquel vous faites référence dans votre message?
Il y a plusieurs pistes d’explication. Cependant, le secteur politique et les systèmes de gouvernance constituent les véritables causes de ce désastre sur le continent. En effet, de façon extraordinaire, nous nous sommes arrangés en Afrique de sorte à ce que le champ politique soit capable de prendre en otage tous les secteurs primordiaux et même vitaux des pays. Tout le monde pense et respire politique, du genre «fais la politique sinon elle te fera». De sorte que tous les regards sont rivés sur le champ politique qui devient de facto le secteur le plus puissant. Pourtant celui-ci, ne saurait être générateur de richesses et pourvoyeur d’emplois. Ainsi, quand le secteur politique est en ébullition ou quand les acteurs sont en conflit, c’est tout le pays qui s’arrête et c’est la peur et l’inquiétude qui s’emparent du peuple. C’est surtout en Afrique noire francophone, qu’on entend que la politique est la loi du plus fort, le terrain des confrontations des forces en présence et où le plus fort impose son diktat. Et que dire du système de gouvernance qui permet à celui qui arrive au pouvoir par les urnes ou par la force, de contrôler tous les leviers essentiels de décisions du pays ? Il devient un chef vénéré et adulé. Et comment voulez-vous qu’un tel système de gouvernance puisse produire des résultats escomptés, probants ? Ce qui est bien traduit par l’écrivain Jean Marie Adiaffi dans son livre «Silence, on Développe» paru en 1992 : «Que ce soit en Europe, en Asie, en Amérique, en Afrique, le pouvoir absolu confié à un homme donne le même résultat : la dictature. Avec son cortège macabre : injustice, police, prisons, esclavage, corbillards, morgues, cimetières.». Ce qu’il qualifie de «sur-pouvoir personnel». On fait le constat que la majorité des grands bouleversements observés, avec les éternels recommencements et la précarité des sociétés depuis les indépendances, tirent leur source de la mauvaise gestion des régimes politiques au pouvoir en Afrique.

A vous écouter, devrait-on désespérer de l’Afrique Noire ?
Non, surtout pas les Africains. L’objectif ici est de dénoncer pour susciter l’éveil et par-dessus tout, le discernement. Nous ne devrions jamais douter du fait que notre salut réside dans notre foi inaliénable en un élan salvateur pour le bon devenir de nos peuples. L’histoire récente nous apprend que c’est cet espoir inébranlable qui a permis au peuple chinois de réaliser aujourd’hui dans la détermination, ce rêve inespéré de première puissance économique au monde. Et j’ajouterai que c’est ce même espoir qui est en train de hisser cet autre grand peuple, l’Inde dans le concert très serré des grandes nations. C’est pourquoi, nous africains, ne devrons jamais perdre de vue ce que disait Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo en 1960 : «Le jour viendra où l’Afrique parlera. L’Afrique écrira sa propre histoire. Ça sera une histoire de gloire et de dignité».
Quels sont vos avis sur certains sujets d’actualité notamment sur la transmission pacifique du pouvoir au Bénin, la rupture du duo Sonko-Diomaye au Sénégal et les récentes opérations de déguerpissement dans le grand Abidjan avec le cas spécifique du quartier Campement dans la commune de Koumassi ?
Que dire de cette transmission pacifique du pouvoir au Bénin ? Simplement BRAVO à ce vaillant peuple, même si je suis profondément et foncièrement contre le «MODELE TALON», c’est-à-dire choisir son dauphin et l’imposer de force par des mécanismes juridiques en brimant et en écartant toute opposition significative du jeu politique. Et comme je l’avais indiqué dans le message précédent, on a eu des coups d’états militaires durant la période des partis uniques qui ont retardé énormément l’Afrique, ensuite avec le multipartisme on a ce que certains qualifient de «COUPS d’ETATS CIVILS», c’est-à-dire la modification de la loi fondamentale afin d’assurer son maintien au pouvoir dans la continuité. Et comme les critiques commencent à être virulents contre ce procédé de changement sans fin de la constitution des pays en Afrique, alors vient cette trouvaille de «MODELE TALON», qui risque de faire assurément des vagues en Afrique Noire, surtout Francophone, combiné avec cet autre modèle au Togo, de changement du type de régime pour s’assurer un pouvoir éternel à la tête du pays.
La rupture du couple SONKO-DIOMAYE n’est pas étonnante même si la réussite de cette belle transition civile et de rupture intervenue en 2024 au Sénégal était largement souhaitée en Afrique. L’idéal aurait été que Diomaye, une fois au pouvoir use de ses prérogatives présidentielles, pour régler en priorité le problème de l’inéligibilité de SONKO et ensuite provoquer des élections anticipées pour permettre à SONKO de se faire élire président afin de donner plus de chance et de visibilité à la réussite du programme révolutionnaire du parti PASTEF. Espérons simplement que tous ces mauvais signaux n’entraveront pas la réussite de cette belle transition au Sénégal.
Quant aux déguerpissements des quartiers précaires, c’est vraiment l’incompréhension totale car on se souvient qu’en février 2024 après le choc suscité par les premières opérations, le chef de l’État avait indiqué que les destructions de ces habitations devraient se faire avec plus de solidarité et d’humanisme. Mais malheureusement la réalité sur le terrain avec le désarroi des populations déguerpies, est loin de refléter cette volonté exprimée du premier magistrat du pays. Pour la destruction du quartier Campement de Koumassi, on peut affirmer avec le communiqué du procureur de la république du 3 juin 2026, qu’il n’existe aucun mot de la langue française ou même de nos langues maternelles pour qualifier ou traduire cet acte d’un citoyen dans une république constituée. Le problème aujourd’hui est de savoir comment on répare un tel préjudice. Car au-delà des pertes financières et matérielles, nous ne devrons surtout pas oublier la problématique liée aux traumatismes endurés par les sinistrés. Quelle mesure appropriée face à ce drame inhumain ? Comme le disent les anglais, « Wait and See ! » car la population affectée mérite que justice soit faite. D’autant plus qu’il est humainement difficile de comprendre le choix de la période de ces opérations de déguerpissement. En pleine période des examens scolaires de fin d’année et de la grande saison pluvieuse.
Des projets en vue pour votre engagement pour l’Afrique Noire ?
Nous continuerons d’apporter notre petite contribution à l’avènement de sociétés véritablement démocratiques où les questions d’élection ne sauront être des sources de division des peuples africains. Une élection, même présidentielle ne doit pas susciter des craintes et la peur au niveau du citoyen. La politique en Afrique Noire et surtout francophone, a fortement contribué à détruire les nations et a réussi aussi à détourner les peuples des vrais enjeux de développement. Nous disposons des pistes de solutions précises et pour cela nous vous donnons rendez-vous avec la publication du prochain livre. Que Dieu bénisse, le continent Africain
SD avec LK





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