Visiblement le repos s’impose pour le président Ouattara

 

Ce Lundi 15 Juin, avec la victoire des éléphants lors de leur premier match en coupe du monde contre l’Equateur, l’atmosphère devait être à la détente et un certain optimisme, mais est-ce vraiment le cas ? Certes la victoire constitue du baume dans le cœur des Ivoiriens, mais l’actualité est si lourde, si tragique, que l’atmosphère reste pesante malgré la performance des éléphants. Quand bien même ces derniers remporteront le trophée, la joie sera certes immense, mais ne changera en rien le traumatisme de ces derniers jours. Aujourd’hui le pays est en plein doute, et une question revient fréquemment dans les publications et sur les réseaux sociaux : le pays est-il dirigé ?

A Port-Bouët, le gouverneur du district Cissé Ibrahima qu’on appelle aussi Bacongo, sans en référer au gouvernement, ni à la primature, sans se concerter avec la commune concernée, prend tout seul la décision de raser des zones entières et mettre quelque 100 0000 personnes dans les rues, sans aucun accompagnement, les abandonnant à leur sort ( souvent sous la pluie ), sur la base d’une mise en demeure datant de 2024. A Koumassi, des moyens énormes sont mobilisés ( on parle de 200 policiers et 10 engins lourds de démolitions ), pour l’exécution d’une décision de justice au profit d’un individu, décision qui s’est révélée fausse, mais qui laissent 20 000 personnes sans toit.

Ni le gouvernement, la primature, la présidence de la république, le parti au pouvoir n’ont émis le moindre communiqué, alors qu’on ne sait toujours pas si les démolitions vont se poursuivre ou se limiter à la commune de Port Bouet. A koumassi celui qui prétendait détenir la décision de justice ordonnant la démolition est en fuite. Les familles ont reçu environ 450 000 FCFA pour se reloger dans l’urgence. Mais est-on sûr que des logements sont disponibles pour 20 000 personnes du jour au lendemain ? A Port Bouet et Vridi les familles ont été abandonnées à leur sort. Le Ghana a affrété des bus pour évacuer ses ressortissants, et réclame des indemnisations pour ceux qui ont perdu leurs biens.

Que le gouverneur de la capitale, décide tout seul du sort de dizaines de milliers de personnes sans aucune concertation avec le gouvernement, qu’il concentre autant de pouvoir entre ses mains, est en soi une anomalie. La politique de l’urbanisme reste une prérogative de l’Etat à travers le ministère de la construction et de l’urbanisme. Ce n’est pas au District de mener les déguerpissements. Aujourd’hui les décisions de monsieur Bacongo ne peuvent être remises en cause par personne. Une partie du problème est à ce niveau. A Koumassi si le détenteur de cette décision de justice est en fuite, ceux qui ont mis à sa disposition les moyens de l’Etat sont bien présents, et il ne doit pas être particulièrement difficile de les identifier.

Ces événements traduisent une défaillance dans la gouvernance actuelle. Beaucoup de choses échappent désormais au président Ouattara. Son âge avancé ( 84 ans ), ses capacités déclinantes, ne lui permettent plus de « diriger les opérations ». Il semble que l’ampleur du désastre moral et humanitaire de ces derniers temps lui échappe. Le maintien de Bacongo à son poste reste difficile à expliquer, alors que l’homme mène le pays vers la catastrophe. Le président Ouattara semble ne plus avoir prise sur les évènements. Le président Houphouët avait 80 ans lorsqu’il lui faisait appel pour diriger la Côte d’Ivoire, certes sous son autorité. Il ( le président Houphouët ) avait compris qu’il devait se mettre en retrait et laisser la direction des affaires à du sang jeune, car trop de choses lui échappaient.

Le président Ouattara est aujourd’hui dans cette configuration. Il concentre encore tous les pouvoirs alors que ces capacités ne lui permettent plus de vraiment tenir la barre. Les institutions ne fonctionnent pas, elles sont court-circuitées par un seul homme, Cissé Bacongo. Ce qui explique les dysfonctionnements actuels. Il y a comme un vide aujourd’hui, comme un pouvoir qui flotte. Le Président Ouattara a nommé un Premier Ministre et un Vice Premier Ministre, sans réels pouvoirs. La crise actuelle impose qu’il délègue les véritables pouvoirs à l’un d’eux, et laisse cette personne être véritablement le patron, le laisse mettre de l’ordre car lui n’a plus la force de le faire. Oui le repos, s’impose au président Ouattara, qui bien sûr restera toujours le président de ce pays et le grand ordonnateur, le maître d’œuvre de son développement.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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