La filière cacao ivoirienne traverse une nouvelle zone de turbulences. À la contestation des prix bord champ s’ajoutent désormais des accusations de dysfonctionnements dans la gestion des stocks, sur fond de pertes estimées à plusieurs milliards de francs CFA.
Sur le terrain, la colère des planteurs ne faiblit pas. En cause : le non-respect présumé du prix officiel de 2 800 FCFA/kg pour la grande campagne. De nombreux producteurs affirment n’avoir jamais perçu ce tarif, dénonçant des pratiques opaques dans les circuits d’achat.
Selon plusieurs témoignages de coopératives, des intermédiaires – pisteurs et traitants – achèteraient le cacao à des prix inférieurs, généralement compris entre 2 300 et 2 400 FCFA/kg, tout en déclarant les volumes au tarif officiel. La différence serait ainsi captée en marge, alimentant des soupçons de détournement estimés à près de 11 milliards de FCFA.
Cette situation serait aggravée par l’arrêt précoce de la grande traite. Les volumes restants auraient dû être écoulés au prix de la petite traite, autour de 1 200 FCFA/kg, mais des incohérences persistent dans l’application des prix sur le terrain.
L’OIA au cœur des tensions
À cette crise des prix s’ajoute une vive controverse autour de la gestion des stocks résiduels. La décision du Conseil Café-Cacao de confier à l’Organisation interprofessionnelle agricole de la filière café-cacao l’enlèvement de 23 800 tonnes de cacao suscite une forte opposition.
Plusieurs sociétés coopératives dénoncent une décision « inopportune » et contestent la légitimité de cette structure, jugée encore trop récente pour piloter une opération d’une telle envergure. Créée en août 2025 et officialisée en décembre, l’OIA est accusée de sortir de ses prérogatives en intervenant directement dans l’achat bord champ.
À Divo comme dans l’Ouest du pays, notamment à Man et Danané, les critiques convergent : les acteurs de terrain estiment être marginalisés dans une filière qu’ils structurent au quotidien et dénoncent une forme de concurrence déloyale.
Vers une mobilisation nationale ?
Réunis le 16 avril 2026 à Yamoussoukro, les membres de l’Union nationale des sociétés coopératives agricoles leaders de Côte d’Ivoire ont unanimement rejeté l’implication de l’OIA dans l’achat des stocks résiduels. Ils appellent à confier exclusivement cette mission au Conseil Café-Cacao, jugé plus expérimenté et mieux outillé.
Les coopératives exigent également l’ouverture d’enquêtes approfondies dans les zones de production afin de faire toute la lumière sur les pratiques dénoncées. Une pétition est en préparation à l’attention des plus hautes autorités de l’État.
Dans ce climat de méfiance généralisée, la menace de grève se précise dans plusieurs bassins de production. Les planteurs réclament davantage de transparence, un encadrement renforcé des intermédiaires et le respect strict des prix officiels.
Pilier de l’économie ivoirienne, la filière cacao se retrouve ainsi confrontée à des défis structurels majeurs, où gouvernance, équité et régulation apparaissent plus que jamais au cœur des enjeux.







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