Affaire Epstein : quelles zones d’ombre « à clarifier », dans certaines relations ivoiriennes ?

Les autorités ivoiriennes qui ont rencontré, reçu ou échangé avec Jeffrey Epstein entre 2012 et 2014 savaient-elles que cet homme avait été condamné en 2008–2009 aux États-Unis pour des faits liés à des relations sexuelles avec une mineure, avant de bénéficier d’un accord judiciaire controversé lui permettant d’éviter une peine lourde de prison ?

La question mérite d’être posée, tant les révélations successives autour de ses réseaux internationaux continuent de soulever des interrogations.

Des documents rendus publics — notamment des échanges de courriels divulgués dans le cadre de procédures judiciaires américaines et de publications journalistiques internationales — mentionnent des contacts entre Jeffrey Epstein et plusieurs personnalités africaines, dont certaines liées à la Côte d’Ivoire. Ces documents, s’ils ne constituent pas en eux-mêmes des preuves d’activités illicites, soulèvent néanmoins des questions légitimes sur la nature de certaines relations entretenues à l’époque.

  

Parmi les noms cités dans ces échanges figure celui de Nina Keïta épouse KAMARA, aujourd’hui Directrice Générale adjointe de la GESTOCI, entreprise publique stratégique pour l’État ivoirien. Présentée dans certains courriels comme intermédiaire ou interlocutrice, elle apparaît dans des échanges évoquant notamment des projets de financement dans les domaines de la santé et de l’éducation, avec des références à des fondations internationales.

Ces éléments appellent une clarification : dans quel cadre ces échanges ont-ils eu lieu ? Et surtout, les interlocuteurs ivoiriens avaient-ils connaissance du passé judiciaire d’Epstein au moment de ces contacts ?

D’autres documents font état du rôle d’Epstein comme facilitateur de rencontres entre l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak et des responsables ou proches de dirigeants africains, dans un contexte de discussions autour de solutions technologiques de sécurité et de surveillance proposées par des entreprises israéliennes dirigées par d’anciens responsables du renseignement.
Il est par ailleurs établi qu’en 2014, un accord officiel de coopération sécuritaire a été signé entre Israël et la Côte d’Ivoire, sans que les contours techniques précis de cet accord n’aient été rendus pleinement publics.

Aucune preuve formelle ne permet aujourd’hui d’affirmer l’existence d’un dispositif illégal ou d’une implication directe des services de renseignement étrangers dans des violations des libertés individuelles en Côte d’Ivoire. Toutefois, l’opacité entourant ces partenariats, conjuguée à la présence d’un personnage aussi controversé que Jeffrey Epstein dans certaines démarches, justifie un débat public serein et transparent.

Dans un État de droit, les responsables occupant des fonctions publiques stratégiques ont un devoir de redevabilité devant les députés de la Nation et devant l’Opinion publique. Il ne s’agit ni d’accuser sans preuve, ni d’entretenir le soupçon, mais de clarifier, d’expliquer et, le cas échéant, de rassurer l’opinion nationale.
La transparence n’est pas une mise en cause : elle est une exigence démocratique.

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