Dossier Après la chute de Gbagbo, Que devient le CNRD ?

Le Cnrd (Congrès national de la résistance pour la démocratie), créé le 2 mars 2006, est dans la tourmente. Après le départ du pouvoir de Laurent Gbagbo, cette organisation qui regroupait 28 formations politiques et associations syndicales est à la peine.

Côte d’Ivoire. Année 2006. Laurent Gbagbo, chef de l’Etat, réalise la montée en puissance, de plus en plus patente du Rhdp (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix). Fin stratège politique, il décide de mettre sur pied une organisation capable de contrebalancer l’impact de cette formation. Pour concurrencer l’opposition qui s’est déjà mise en ordre de bataille en vue de la présidentielle et peser dans la disposition stratégique de l’échiquier politique ivoirien. Son épouse Simone est chargée d’organiser ce mouvement politique. Elle a le profil de l’emploi pour avoir accompagné, des années durant, son époux dans la conquête du pouvoir. Le 02 mars 2006, cette fédération de partis et d’organisations de la société civile ivoirienne est née. Laurent et Simone Gbagbo en donnent l’orientation. Le Cnrd est engagé « dans la lutte de résistance pour la libération nationale ». Selon sa charte constitutive, il a pour objet de « créer un cadre d’actions concertées pour la restauration de la souveraineté nationale et de la démocratie en Côte-d’Ivoire ». Des personnalités telles que Laurent Dona Fologo (Rppp), Affi N’guessan (Fpi), Kabran Appia (Mnc, Alternative), Géneviève Bro Grébé, Mel Eg Theodore (Udcy), Charles Blé Goudé (Cojep), Eugène Djué (Union des patriotes pour la libération totale de la Côte d`Ivoire) et la plus puissante association syndicale d’élèves et étudiants à savoir la Fesci, d’autres leaders, proches de Laurent Gbagbo signent la charte du Cnrd. L’écrivain, Bernard Dadié est désigné comme président et Mme Simone Ehivet Gbagbo, secrétaire générale. Des moyens financiers sont dégagés. Plus de 4 milliards FCFA auraient été mis à la disposition de cette fédération. Un siège à la dimension de l’organisation est pris à Cocody. Des travaux de réfection à grand frais sont effectués. La machine Cnrd se met progressivement en marche.

Comment fonctionne le Cnrd ?

La présidence du Cnrd est assurée par l’écrivain Bernard Dadié. Elle est composée des présidents des partis politiques et associations membres du Cnrd. Il est entouré des vice-présidents qui font office de conseillers. Ensuite, il y a le Secrétariat général qui gère le mouvement au quotidien, en ce qui concerne le personnel et les charges fixes. Selon ce membre influent du Cnrd, le secrétariat général est toujours détenu par Mme Simone Gbagbo. Après sa sortie officielle à l’hôtel Ivoire, en avril 2006, Laurent Gbagbo reçoit tous les membres à sa résidence, à Cocody. Il avait confié ceci à l’un des membres : « selon les renseignements généraux, les diplomates occidentaux craignent la montée en puissance du Cnrd qui sera un poids important face au Rhdp ». Mis en confiance par ces riants auspices, Laurent Gbagbo met ses troupes en ordre de bataille pour l’élection présidentielle. Dans la foulée de l’organisation pratique de celles-ci, il décide de créer un autre mouvement. Lmp (La majorité présidentielle). Une association de partis politiques dont la destinée est de soutenir sa candidature à la présidentielle d’octobre 2010. Au total, onze partis politiques, pour la plupart transfuges du Cnrd qui parrainent sa candidature. « Après la présidentielle, la majorité présidentielle devait devenir une fédération de partis politiques qui devait remplacer le Cnrd », confiait récemment un membre de la majorité présidentielle. Ce tournant a-t-il été fatal à ces formations politiques?

Le Cnrd à l’agonie ?
Après la chute de Laurent Gbagbo, le Cnrd s’est effondré comme un château de cartes. Le congrès se cherche. Au plan de la logistique, lors des évènements postélectoraux, des hommes en armes ont emporté tout le matériel de bureau, jusqu’aux sanitaires. « Aujourd’hui, pour faire une grande réunion, nous sommes obligés d’aller louer des chaises », a indiqué un membre influent du Cnrd qui a préféré garder l’anonymat pour des questions de sécurité. Chaque mois, il faut aux différents membres débourser la somme de 1.500.000 FCFA pour payer le loyer et apurer les impayés. En juin, il a fallu l’intervention du président intérimaire du Fpi pour éviter une expulsion du siège. « Quand on était au pouvoir, on ne sentait pas trop le poids des charges. Il faut dire que les choses deviennent difficiles. Il y a le loyer et le petit personnel à payer ». Sans commentaires. Au plan politique, les récents balbutiements du Fpi, quant à savoir s’il faut aller aux élections ou pas, le silence difficilement compréhensible des responsables des différents partis qui composent le Cnrd sont autant de signaux forts qui, aux yeux du lecteur avisé du schéma politique de la Côte d’ivoire, témoignent de la perte de vitesse évidente de la vague bleue, en général, et du Cnrd en particulier. De plus, la frénésie qui caractérise le rival Rhdp, à la veille des élections législatives est significative d’une mort lente de son adversaire, même s’il est vrai que comparaison n’est pas raison. D’un autre côté, et non des moindres, la saignée que subit le Fpi, ces derniers mois qui ont suivi la chute du régime Gbagbo, dans la forme, entre autres, du départ de Mamadou Koulibaly, un des caciques du parti, achève de convaincre de la lente mais inexorable agonie du Cnrd. Un membre influent du mouvement a commenté ce fait qui a été perçu comme un coup de semonce : « Le départ de Mamadou Koulibaly, nous a déstabilisés ». Mais, au Cnrd, les avis sont partagés. Certains voient son départ comme une trahison. Par contre, d’autres le déclarent libre de ses opinions. Au risque de paraître caricaturales, ces opinions opposées ressemblent fort à autant de poutres biscornues qui supportent mal les fondements de la maison bleue. Selon les confidences, Mamadou Koulibaly aurait promis de rejoindre le Cnrd après a création de son parti. « Depuis la sortie officielle de son parti, nous l’attendons. Mais ces déclarations tapageuses nous surprennent », soutient-on dans les couloirs de cette formation. Ce serait le président Fologo qui aurait suggéré la nomination de Mamadou Koulibaly au poste de secrétaire général par intérim. Autre volet de la question, de 28 organisations au départ, ce sont 6 partis politiques qui assistent, de façon régulière, aux réunions. « Les différents membres du Cnrd sont entrés en brousse. Sur les 28 organisations que comptait la fédération, c’est seulement 6 qui viennent régulièrement aux réunions. Il y a le Fpi, le Rppp, l’Udcy, Ung, Aird, Mnc-Alternative. Il y a des personnes qui participent aux réunions à titre individuel », a indiqué un membre influent du mouvement. Des responsables du Fpi (Affi N’Guessan, en prison à Bouna), Udcy (Mel Theodore, exilé aux Etats-Unis), Ung (Stéphane Kipré, en exil au Ghana), Aird (Eric Kahé exilé au Ghana), Mnc-Alternative (Kabran Appiah, exilé au Ghana) sont soit en prison soit en exil. C’est seulement le président du Rppp, Laurent Dona Fologo qui, selon notre source, a assisté à une réunion. Le siège du Cnrd est devenu le Qg des six partis politiques indiqués plus haut. D’autres leaders de mouvements présents à Abidjan craignant pour leur sécurité ne viennent pas aux réunions. Le siège du Fpi a été incendié et c’est au siège du Cnrd que sont organisées toutes les réunions des partis associés. Ils se réunissent régulièrement pour se prononcer sur l’actualité politique et appeler leurs militants à la mobilisation. Mais, le hic, c’est l’absence de Charles Blé Goudé (président du Cojep), le patron de la machine à mobiliser du Cnrd qui est en exil.

« Il serait suicidaire d’aller aux législatives »
Selon nos sources, les partis politiques réfléchissent sur l’attitude à tenir. A la vérité, la majorité milite pour un boycott des législatives. « Il serait suicidaire d’aller aux législatives. Tous les ténors des partis membres du Cnrd sont en exil ou en prison. Pendant 10 ans, le Rdr n’a pas été à l’Assemblée nationale. Le Rdr n’est pas mort. Nous y réfléchissons. Mais, la question sécuritaire n’est pas rassurante. Nous sommes hésitants. Par contre, il y a des partis et des personnes membres du Cnrd qui veulent aller aux législatives. Nous allons faire une opposition civilisée. Nous allons utiliser la force de l’argument et non l’argument de la force», expliquait un cadre du Cnrd. Faire le mort pour rebondir ? Apparemment, telle serait la stratégie du Cnrd. Qui souhaite, en outre, être reçu par le président de la République, Alassane Ouattara.
Patrick N’GUESSAN

Le Mandat

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