Joseph Kabila a laissé le pouvoir en 2019 à Félix Tshisekedi, vainqueur de la présidentielle de décembre 2018. En vérité, c’est l’opposant Martin Fayulu qui avait remporté le vote, et de loin (60 % des suffrages). Fougueux, plusieurs fois emprisonné, il était le plus déterminé des opposants. Aussi, Kabila a préféré « remettre » le pouvoir à Félix Tshisekedi, qui a un tempérament plus consensuel, pensant certainement pouvoir le manipuler. Mais ce fut un pari raté : progressivement, Tshisekedi a mis Kabila sur la touche, en contrôlant toutes les institutions.
Humilié, marginalisé, Kabila quitte la RDC en 2023 après que son parti eut boycotté les élections générales. Or, en décembre de cette même année, naît le mouvement rebelle Alliance Fleuve Congo (AFC), qui s’adosse aux rebelles du M23 pour créer l’AFC/M23. Avec l’appui des troupes rwandaises, l’AFC/M23 s’empare de vastes régions dans l’est de la RDC, dont la capitale régionale, Goma. C’est dans cette ville que Kabila refait surface en 2025. Pour les autorités, sa présence traduit ses liens avec la rébellion. D’où son procès pour « complot » et sa condamnation à mort par contumace.
Rompu aux tactiques de guérilla, Joseph Kabila combat aux côtés de son père pour chasser le président Mobutu du pouvoir en 1997. Avec le grade de major-général en 2000, il est le « patron » de l’armée. C’est naturellement qu’il succède à son père, Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001. Pendant 18 ans, il façonne cette armée. Aujourd’hui, il prend ouvertement la tête de la rébellion. Quel impact sur les troupes ? Bien sûr, en place depuis 2019, le président Tshisekedi a mis ses hommes aux postes clés. Mais cela suffit-il à garantir la loyauté des officiers ?
Une désertion plus ou moins massive en faveur de la rébellion n’est pas à exclure. Ce scénario s’est passé au Congo-Brazzaville en 1997, lorsque l’ex-président Denis Sassou Nguesso avait officiellement pris la tête d’une rébellion armée. Tous les officiers mis sur la touche par son successeur, Pascal Lissouba, avaient alors intégré sa milice. À la suite d’une sanglante bataille, il s’est emparé de Brazzaville. Il n’a plus jamais relâché le pouvoir depuis. La RDC se prête-t-elle à un remake de ce scénario ?
D’autre part, sur le front politique, de gros nuages sont en vue. Félix Tshisekedi s’apprête à passer en force pour un troisième mandat. Si l’apparition de Joseph Kabila à la tête de la rébellion est unanimement condamnée, cela ne signifie en rien une « union sacrée » autour de lui. La nouvelle Constitution qu’il veut soumettre à un référendum est rejetée par tous, car synonyme d’une troisième candidature. Une tempête politique est donc en approche, qui va fragiliser le pays et donc faire potentiellement le jeu de la rébellion.
La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si Joseph Kabila a le pouvoir, en l’état, de faire marcher ses troupes sur Kinshasa. Cela dépendra du Rwanda, l’acteur qui se tient derrière toutes les rébellions en RDC depuis 1996. Il n’est pas sûr que Kagame voie forcément Kabila d’un bon œil. Les deux hommes étaient d’irréductibles ennemis lorsque Kabila était au pouvoir. Cela a laissé des traces. Kagame est peut-être disposé à laisser Kabila prendre la tête de la rébellion, mais pas nécessairement accéder au pouvoir.
Les priorités de Kagame en RDC restent avant tout économiques (diamants, coltan, or, émeraudes, etc.). Il a retenu la leçon de 1997. Celui qu’il a mis à la tête du pays, Kabila père, s’est rapidement affranchi de sa tutelle. Pas sûr qu’il engage cette fois ses troupes jusqu’à la prise de Kinshasa. En revanche, la prise de régions minières fait son affaire. D’ailleurs, le gouvernement congolais accuse Kabila de préparer une « vaste offensive » pour la prise du Katanga, vaste région minière, poumon économique de la RDC. La situation dans ce vaste pays reste suivie avec attention par toute l’Afrique.
Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales






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