Budget 2027 de la Côte d’Ivoire: le professeur Prao Yao Séraphin analyse les ambitions, les risques et les défis de la mobilisation des recettes fiscales

Le Conseil des ministres, réuni le 14 octobre 2026, a adopté deux textes : le projet de loi de finances pour 2027 et la loi de règlement du budget 2025. Le budget 2027 s’équilibre à 18 466,1 milliards FCFA, contre 17 350,2 milliards en 2026, soit une hausse de 6,4 %. Dans cette interview, le professeur PRAO Yao Séraphin répond aux questions des journalistes ivoiriens sur la crédibilité du budget, la mobilisation des ressources et les impacts potentiels sur la population ivoirienne.

Le projet de budget 2027 de la Côte d’Ivoire s’équilibre à 18 466, 1 milliards FCFA, contre 17 350, 2 milliards en 2026, soit une hausse de 6,4 %. Quelle lecture économique faites-vous de cette progression et traduit-elle une réelle augmentation des capacités d’intervention de l’État?

 

Réponse : il est vrai que le budget 2027 est en nette hausse par rapport à 2026 mais, force est de constater que le rythme d’augmentation baisse. C’est un signe que le gouvernement fait des ajustements par rapport à la progression des budgets antérieurs. En effet, le budget pour l’année 2022 s’équilibrait en ressources et en charges à 9 901,1 milliards de FCFA et enregistre une progression de 17,9 % par rapport au budget initial 2021. En 2023, le budget de l’Etat de Côte d’Ivoire était de 11 694 milliards FCFA. Pour 2024, la Côte d’Ivoire s’est dotée d’un budget de fonctionnement de 13 720,7 milliards de francs CFA (environ 22,6 milliards de dollars), en hausse de 17,3 % par rapport à 2023. Pour l’année 2025, le gouvernement annonçait un projet de budget de 15 339,2 milliards de Francs CFA. Le budget de l’État ivoirien pour l’exercice 2026 s’établit à 17 350,2 milliards de FCFA, en hausse de 13,1 % par rapport à l’année précédente. Or, pour le budget 2027, la hausse par rapport à 2026 n’est que de 6,4 %. Ce choix s’inscrit dans la trajectoire de consolidation budgétaire du gouvernement de faire baisser le déficit public de 3,8 % du PIB à 3,5 % du PIB en 2027, conformément aux engagements pris dans le cadre de l’UEMOA. Cette stratégie vise à rendre la trajectoire des finances publiques plus soutenables sur la durée du plan national de développement 2026-2030.

 

Le gouvernement table sur une croissance économique de 6,6 % en 2027, contre 6,2 % en 2026. Cette prévision vous paraît-elle réaliste au regard de la conjoncture internationale, des perspectives nationales et des principaux moteurs de l’économie ivoirienne?

Réponse :

Oui, la prévision apparaît globalement réaliste mais elle reste soumise tout de même à des risques externes. Cet optimisme se fonde sur plusieurs fondements. En premier lieu, la dynamique de la croissance est bien ancrée. Depuis 2022, la Côte d’Ivoire affiche un taux de croissance supérieur à 6 %, ce qui confirme une résilience structurelle de l’économie ivoirienne.  En second lieu, les secteurs prioritaires comme ceux des infrastructures, de l’agro-industrie, des mines sont porteurs de gain de productivité durables. En troisième lieu, la conjoncture internationale est globalement favorable. En effet, la demande mondiale pour les matières premières ivoiriennes (cacao, anacarde, pétrole) reste soutenue. Toutefois, des risques existent. En effet, l’incertitude géopolitique et les prix des matières premières peuvent alimenter une hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, ce qui pourra engendrer de l’inflation. En outre, les conditions financières internationales peuvent devenir restrictives en raison de la hausse des taux d’intérêt réels dans les économies développées. C’est la conséquence du resserrement monétaire face à l’inflation et ses effets se prolongent jusqu’en 2026. Cela pourra ralentir l’afflux des investissements directs étrangers.

Le déficit budgétaire devrait passer de 3,8 % du PIB en 2026 à 3,5 % en 2027. Quels sont les enjeux de cette réduction pour la soutenabilité des finances publiques, l’endettement de l’État et le respect des engagements communautaires de l’UEMOA?

 

Réponse :

La réduction du déficit budgétaire en Côte d’Ivoire est un enjeu central pour la soutenabilité des finances publiques et de la dette. Sur ce point, les résultats ne sont pas mauvais. Les principaux enjeux sont les suivants :

Premièrement, la maîtrise de l’endettement. La réduction du déficit vise à stabiliser, puis faire baisser le ratio dette/PIB. La Côte d’Ivoire a réussi à inverser la tendance, ce qui renforce sa crédibilité auprès des créanciers et des investisseurs.

Deuxièmement, le respect des règles communautaires. Atteindre le plafond de 3 % du PIB imposé par l’UEMOA est un signal fort de discipline budgétaire, qui sécurise l’accès aux marchés financiers régionaux et internationaux.

Troisièmement, la création d’une marge de manœuvre budgétaire. Un déficit budgétaire maîtrisé libère des ressources pour les investissements publics prioritaires sans accroître la pression de la dette.

 

Ce projet de budget est présenté comme un instrument de soutien au plan de développement (PND) 2026-2030. Quels sont les secteurs qui devraient bénéficier, selon vous, prioritairement des ressources publiques pour accélérer la transformation structurelle de l’économie ivoirienne et favoriser une croissance plus inclusive?

Réponse :

 

Pour accélérer la transformation structurelle de l’économie, une bonne part des ressources doit bénéficier à des secteurs prioritaires suivants :

-L’agro-industrie et l’agriculture. La Côte d’Ivoire doit impérativement aller à la modernisation de son agriculture et accélérer la transformation locale de ses matières premières afin de réduire la dépendance aux exportations de produits bruts et créer de la valeur ajoutée.

-Soutien au secteur privé et l’industrialisation.

-Le capital humain. Il s’agit de développer le secteur de l’éducation et de la formation professionnelle, adaptée aux besoins du marché du travail. En outre, il faudra renforcer le système de santé et les services sociaux.

-Numérique et de l’énergie. Il faudra investir pour augmenter les capacités de production électrique installée et améliorer le réseau national et l’accès à l’électricité pour toutes les populations.

 

Le projet de budget prévoit une enveloppe de 100 milliards FCFA pour le démarrage des activités du fonds souverain de Côte d’Ivoire. Quel rôle un tel instrument peut-il jouer dans le financement du développement, la mobilisation de ressources à long terme et la préservation des intérêts économiques des générations futures? Quelles conditions de gouvernance seraient nécessaires pour garantir son efficacité?

 

Réponse :
Le fonds souverain de Côte d’Ivoire est destiné à faire face à des chocs macroéconomiques et à une crise soudaine de la balance des paiements, notamment dans le cas d’une forte baisse des prix des matières premières ; il permet aussi de mettre de côté une partie des excédents courants pour faire face à la raréfaction à long terme des ressources naturelles détenues. En outre, il va aider à faciliter l’investissement dans l’économie locale pour favoriser son développement. Concrètement il va permettre de financer les infrastructures stratégiques et prioritaires de la Côte d’Ivoire.

Rappelons que la création du FSD-CI s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2012 pour structurer un pôle financier public. Ce dispositif s’appuie notamment sur la Caisse des dépôts et consignations de Côte d’Ivoire, le Fonds de garantie pour les PME et les caisses de retraite réformées.

Le nouveau Fonds vient compléter cet ensemble afin de renforcer les capacités de financement de l’économie et de soutenir la mobilisation de ressources adaptées aux besoins d’investissement. Cette intégration traduit une évolution du rôle de l’État dans l’allocation des ressources et dans l’accompagnement des projets d’infrastructures. Elle vise à structurer l’intervention financière sur des horizons de moyen et long terme.

Concernant les conditions de gouvernance nécessaires pour garantir son efficacité, il est possible de suivre les cas de la Norvège (GPFG), du Koweït (KIA) et du Botswana (Pula Fund).

Prenons l’exemple de la Norvège (GPFG).

Le fonds souverain norvégien, du fait non seulement de la taille de ses actifs mais aussi des qualités qui lui sont reconnues en termes de gouvernance, mérite dans ce cadre une analyse particulière.

En 2025, le fonds souverain norvégien est le plus important au monde. Il gère les actifs de la Norvège et les investit dans le but de générer des rendements à long terme pour les générations futures. Il gère un portefeuille de 2 100 milliards de dollars et détient environ 1,5 % de toutes les actions mondiales.

Plus grand fonds souverain au monde, le fonds norvégien Government Pension Fund Global dispose de plusieurs outils pour s’assurer que les entreprises de son portefeuille défendent ses intérêts financiers à long terme.

Norges Bank Investment Management (NBIM), gestionnaire des actifs du Fonds, publie des « documents relatifs aux attentes » qui exposent les priorités et les normes de placement du Fonds. L’un de ces documents est consacré à la lutte contre la corruption. Il explique en quoi la corruption nuit à la performance à long terme des entreprises et à leur efficience économique, et propose trois piliers sur lesquels les bénéficiaires des investissements peuvent s’appuyer pour promouvoir leur intégrité :

-(i) établir des politiques claires en matière de lutte contre la corruption ;

-(ii) intégrer la lutte contre la corruption dans les activités des entreprises ;

-(iii) rendre compte des programmes anticorruption et s’engager dans ce domaine. Conformément aux attentes détaillées dans ces documents, NBIM procède à un suivi actif des entreprises pour s’assurer que leurs pratiques s’inscrivent dans le droit fil du programme d’investissement du Fonds. Selon les résultats de ce suivi, le gestionnaire peut alors choisir d’investir, de céder des actifs ou de s’engager.

En outre, le Conseil d’éthique, dont le fonctionnement est indépendant du NBIM, assure également un contrôle du portefeuille du Fonds, et il peut recommander que le NBIM suive de près ou exclue une entreprise donnée jusqu’à ce que les risques de corruption aient été gérés. Lorsqu’il enquête sur une entreprise, le Conseil d’éthique assure une veille de plus de 80 000 sources médiatiques, dans 20 langues différentes. Il examine également les documents judiciaires et demande des informations à l’entreprise afin de déterminer s’il existe un risque inacceptable que celle-ci contribue à une corruption flagrante ou à une autre infraction financière grave, ou qu’elle en soit responsable. Bien que le NBIM ne soit pas tenu de suivre les préconisations du Conseil d’éthique, il a tendance à suivre les recommandations de cet organe.

Disons-le tout net, le fonds souverain norvégien constitue une référence en matière de gouvernance, en particulier s’agissant :

  • De la séparation des pouvoirs entre les différents intervenants,
  • D’engagement en matière de transparence,
  • D’une approche consensuelle dans la prise de décision, qui permet de limiter l’influence des changements de gouvernement.

Chaque partie prenante dispose ainsi d’un rôle bien précis :

  • Le ministre des Finances joue le rôle du propriétaire du fonds et définit ses orientations stratégiques.  Le ministère des Finances détermine la stratégie d’investissement-tout changement majeur doit être approuvé par le parlement;
  • Le Parlement vote toute législation concernant le fonds, approuve son budget annuel, nomme le conseil de surveillance et analyse les rapports sur les « guidelines» d’investissement du fonds et ses performances.
  • Le Comité exécutif de la banque centrale joue le rôle de gérant opérationnel du fonds. Il est composé de 7 membres: le gouverneur de la banque centrale, qui le préside, le sous-gouverneur, qui joue le rôle de vice-président, et 5 membres externes, dirigeants d’entreprises, représentants des salariés ou issus du monde académique. Les administrateurs doivent jouir d’une bonne réputation, d’indépendance d’esprit, d’intégrité et d’expertise. Le Comité délègue la gestion quotidienne du fonds à NBIM, département de la banque centrale dédié à la gestion des actifs du fonds. Le management opérationnel du fonds est ainsi assuré par une entité publique indépendante. Le conseil de surveillance de la banque centrale supervise ses activités et fait état de son analyse au Parlement.
  • Le conseil d’éthique indépendant procède à des évaluations éthiques de toute entreprise avant que l’investissement n’ait lieu, et fournit des recommandations à la NORGES BANK sur toute entreprise qui devrait être exclue pour des raisons éthiques.
  • La banque centrale est responsable de sa gestion opérationnelle;
  • L’auditeur général est chargé de l’audit de l’activité du fonds.

Cette organisation a pour objectifs de prévenir la corruption et la survenance du Dutch disease, ainsi que de veiller à une gestion rigoureuse des ressources publiques. Certes, il n’existe pas de règle absolue en matière de gouvernance, mais force est de constater que les objectifs d’indépendance, de transparence, de limitation de la volatilité ont jusqu’ici été bien respectés par le fonds souverain norvégien.

Prenons à présent l’exemple du Botswana (Pula Fund)

Le Botswana est reconnu pour la transparence de la gestion de ses fonds souverains, notamment le Pula Fund, souvent cité comme l’un des plus transparents d’Afrique, affichant un indice Linaburg-Maduell élevé (6/10). Créé en 1993, il gère les excédents des revenus diamantaires, plaçant environ 80 % des réserves via la Banque du Botswana pour les générations futures.

Points clés de la transparence et gestion :

-Transparence des données : Le Pula Fund publie des informations sur ses objectifs, ses rapports d’audit et la stratégie d’investissement.

-Indice Linaburg-Maduell : Avec une note de 6, il figure parmi les rares fonds africains jugés transparents (avec l’Angola et le Nigeria).

-Gestion Institutionnelle : Environ 80 % des actifs sont gérés par la Banque du Botswana, tandis que les 20 % restants appartiennent directement au gouvernement via le Compte d’investissement public.

-Contrôle : La gestion est partagée entre la Banque du Botswana et des gestionnaires externes, garantissant une certaine surveillance.

-Gestion prudente et réglementée : Il vise la préservation du capital et la diversification, souvent avec une règle d’investissement ne dépassant pas 1 % du capital des entreprises cibles et excluant des secteurs comme l’armement ou le tabac.

-Objectifs Clairs : Le fonds a deux missions principales : absorber les chocs externes et préserver la richesse issue des diamants pour les générations futures.

 

Aujourd’hui face à la baisse de la demande de diamants, le pays s’oriente vers de nouveaux partenariats et le renforcement des investissements stratégiques, comme en témoigne un accord d’investissement de 12 milliards de dollars signé en septembre 2025 avec le groupe qatari Almansu Holdings pour financer des centrales solaires et des zones industrielles. L’objectif étant la diversification économique (énergies renouvelables, infrastructures).

Une enveloppe de 70 milliards FCFA est également prévue pour financer les études nécessaires à la mobilisation des financements et à la bonne exécution des projets du PND 2026-2030. Comment appréciez-vous cette allocation et quels mécanismes devraient être mis en place pour que ces études débouchent sur des projets viables, financés et effectivement réalisés?

 

Réponse :

Si le PND 2026-2030 a déjà obtenu des engagements financiers significatifs, alors cela suggère que des études préalables ont contribué à attirer des bailleurs. Notre sentiment est qu’aucun document public ne précise à quoi correspond exactement cette somme ni comment elle sera utilisée. Sans ces informations, il devient difficile d’évaluer sa productivité. Si c’est maintenant que les études sérieuses doivent se faire, alors nous doutons que la Côte d’Ivoire arrive à exécuter les projets et à décaisser les fonds dans les délais. La Côte d’Ivoire vise d’ailleurs un taux de décaissement d’au moins 32 % du portefeuille de la Banque mondiale en 2026-2027, un objectif qui témoigne de cette préoccupation.

Des mécanismes existent pour que ces études débouchent sur des projets viables, financés et effectivement réalisés.

Premièrement, il faut privilégier la gestion hiérarchisée des fonds, c’est-à-dire, la gestion par niveau de responsabilité.

Deuxièmement, il faut élaborer des indicateurs de résultats obligatoires à respecter.

Troisièmement, il faut une totale transparence dans l’utilisation des fonds. Dans ce cadre, un mécanisme de suivi-évaluation rigoureux, avec des jalons clairs, permettrait de vérifier que chaque étude débouche sur un projet financé et exécuté.

Quatrièmement, il faut une priorisation des études en se concentrant sur le financement des projets les plus structurants et les plus susceptibles d’attirer des financements privés (infrastructures, agro-industrie, énergie).

Cinquièmement, il faut une coordination avec les partenaires afin de s’aligner sur les exigences des bailleurs (banque mondiale, SFI, MIGA) pour maximiser les chances de mobilisation effectives des 17 milliards déjà annoncés.

Si ces dispositions ne sont pas prises, alors il y aura un risque de décalage temporel. En effet, les études doivent être finalisées rapidement pour permettre les décaissements de 2026-2027. Un retard dans la production des études pourrait reporter la mise en œuvre des projets et réduire l’impact sur la croissance économique.

 

 

 

 

 

 

Au-delà du volume du budget, comment évaluer la qualité de la dépense publique en Côte d’Ivoire? Quels indicateurs permettraient de mesurer concrètement l’efficacité des investissements publics et leur contribution à l’amélioration des conditions de vie des populations?

 

Réponse :

La structure des dépenses : une orientation favorable aux investissements structurants. Dans le projet, les dépenses d’investissement représentent 42,5 % du total des dépenses sur la période 2026-2028, contre 24,9 % pour les dépenses de personnel et 15 % pour les charges financières de la dette.

On a également l’efficacité opérationnelle. Il s’agit d’analyser le rapport entre les moyens déployés et les résultats obtenus. Cela implique de contrôler les taux d’exécution des dépenses, d’identifier les gaspillages, les surcoûts dans les marchés publics et les retards de mise en œuvre des projets. On peut aussi regarder l’efficacité des résultats, c’est-à-dire mesurer l’atteinte des objectifs quantitatifs et qualitatifs fixés : taux de scolarisation, couverture sanitaire, réduction de la pauvreté, accès à l’eau potable et à l’électricité, création d’emplois formels etc. Il est possible de regarder l’équité et l’inclusion en s’assurant que la dépense bénéficie de manière équilibrée à toutes les régions et aux groupes vulnérables, afin de réduire les inégalités territoriales et sociales.

Concernant les indicateurs qui permettraient de mesurer concrètement l’efficacité des investissements publics, nous avons au moins quatre types d’indicateurs :

– des indicateurs macroéconomiques

À ce niveau, nous avons le coefficient d’efficacité des investissements qui est calculé comme le rapport entre l’augmentation du revenu national et le montant total des investissements publics sur une période donnée. En outre, nous avons le ratio capital-production qui est l’inverse du rendement marginal du capital. Il correspond au montant d’investissement nécessaire pour obtenir une augmentation d’un point de pourcentage du PIB. On peut également retenir le multiplicateur d’investissement public qui quantifie l’effet total sur le PIB d’une augmentation d’un franc CFA des dépenses d’investissement publics

– des indicateurs de performance des projets

On a le taux de consommation budgétaire qui rapporte les dépenses effectivement engagées au budget alloué au projet, pour vérifier que les fonds sont utilisés conformément aux prévisions.

-des indicateurs  d’impact social et d’équité

 

Au niveau des indicateurs d’impact social, nous avons le nombres d’emploi créés, le taux de chômage local, le revenu des ménages, le niveau d’éducation, le taux de scolarisation, la qualité du logement, l’accès aux services essentiels etc. Quant aux indicateurs d’équité, nous pouvons retenir la répartition spatiale, c’est-à-dire, l’écart entre les zones urbaines et les zones rurales, l’écart de résultats entre les catégories socio-économiques.

-des indicateurs  de durabilité et de résilience

Il s’agit ici de la mesure de l’impact écologique de l’investissement sur son cycle de vie. Pour la résilience, il faut évaluer la capacité d’absorption des chocs. On évalue donc le taux de disponibilité des infrastructures en cas de crise, délai de rétablissement après un sinistre, et l’existence de plans de continuité d’activité.

 

Dans un contexte où les ménages restent attentifs au coût de la vie, à l’emploi et au pouvoir d’achat, quelles orientations budgétaires permettraient de mieux repartir les fruits de la croissance, notamment en faveur des jeunes, des femmes, des populations rurales et des couches vulnérables?

 

Réponse :

 

En faveur des jeunes, le gouvernement doit poursuivre le financement du programme jeunes, qui est d’ailleurs doté de 2 869,4 milliards FCFA, sur la période 2026-2030. Il faudra renforcer la formation professionnelle afin d’augmenter l’employabilité des jeunes. Le gouvernement doit également multiplier les dispositifs d’appui à l’entrepreneuriat des jeunes en dotant des fonds de garanties et les mécanismes de microcrédit dédiés aux jeunes porteurs de projets viables, dans des secteurs à fort potentiel, comme l’agro-industrie, le numérique et l’économie verte.

En faveur des femmes, il faudra augmenter le budget du FAFCI tout en ajustant les mécanismes de sélection, de prêts et accompagner les bénéficiaires dans la gouvernance et la formalisation de leurs activités.

En faveur des couches vulnérables, il faut accélérer le déploiement du registre social unique (RSU) afin de bien cibler les pauvres pour bien allouer les aides. Conformément aux recommandations du FMI, il faudra sans doute accorder des aides directes aux populations les plus fragiles au lieu de subventions. En outre, il faudra généraliser la couverture maladie universelle (CMU) à toute la population.

En faveur des populations rurales, l’Etat doit renforcer les infrastructures de base pour désenclaver les territoires ruraux pour ce faire, il faut réhabiliter ou construire selon les cas, des pistes et des routes de desserte agricole pour faciliter l’écoulement des productions vers les marchés pour réduire les pertes post-récolte.

 

La mobilisation des recettes fiscales demeure un enjeu majeur pour financer les politiques publiques. Quelles pistes la Côte d’Ivoire pourrait-elle explorer pour élargir l’assiette fiscale, améliorer le recouvrement et lutter contre la fraude fiscale, tout en préservant la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages?

 

Réponse :

Depuis 2012, le budget de la Côte d’Ivoire a fortement augmenté. Mais en 2012, le budget de l’Etat de Côte d’Ivoire était de 3 189 milliards FCFA et des recettes fiscales de 2 213,03 milliards de FCFA. A cette date, les recettes fiscales représentaient 69,39 % du budget. En 2023, les recettes brutes se chiffraient à 3 736 milliards FCFA, soit 31,94 % du budget (11 694 milliards FCFA). Pour 2024, pour un budget de fonctionnement de 13 720,7 milliards de francs CFA, les recettes budgétaires s’élevaient à 6 569, 1 milliards FCFA, soit 47,87 % du budget. Pour l’année 2025, le gouvernement annonçait un projet de budget de 15 339,2 milliards de Francs CFA, pour des recettes fiscales annoncées de 7 387 milliards FCFA, soit 48,15 % du budget. En 2025, la pression fiscale était de 15,1 %, ce qui reste en dessous du seuil de 20 % fixé par commission de l’UEMOA. De 2012 à 2025, on voit bien que l’effort fiscal en matière de financement du budget s’étiole.  Dès lors, la mobilisation des recettes fiscales demeure un enjeu majeur pour financer les politiques publiques. %. C’est donc dire que malgré les performances économiques de la Côte d’Ivoire, les efforts en matière de mobilisation de recettes fiscales ont été relativement faibles, au cours de ces dernières années.

Pour remonter la pente, la Côte d’Ivoire dispose de plusieurs pistes structurantes.

En premier lieu, la modernisation numérique du recouvrement. Le déploiement de système de facture normalisée (FNE) en vigueur depuis le 1err septembre 2025, qui numérise l’ensemble des transactions économiques et automatise la déclaration de TVA, permet d’éliminer les factures fictives et les déductions abusives. En outre, il faut multiplier les plateformes de télédéclaration et de télépaiements pour tous les contribuables afin de réduire les coûts de conformité. Cela permet d’augmenter le taux de déclaration spontanée.

En second lieu, l’élargissement de l’assiette fiscale. Pour ce faire, la Côte d’Ivoire doit intégrer formellement l’économie numérique en appliquant une taxe sur les plateformes de e-commerce non résidentes dépassant 50 millions de FCFA de chiffre d’affaires local. Il est aussi possible d’étendre la patente transport aux plateformes de VTC et à leurs chauffeurs, et mettre en place des régimes forfaitaires simplifiés pour les petits commerçants et artisans, ce qui pourra les inciter à entrer dans le système fiscal. Bien plus, il est possible d’exploiter le potentiel de la taxe foncière, un secteur sous-exploité qui représente moins de 3 des recettes fiscales actuelles. Pour ce faire, il faudra actualiser le cadastre national des propriétés bâties et non bâties.

En troisième lieu, renforcer la lutte contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale. Il faudra tout faire pour empêcher les multinationales de transférer leurs bénéfices vers les juridictions à faible fiscalité, en appliquant la règle du projet BEPS de l’OCDE, notamment, le pilier 2. En effet, le 5 janvier 2026, les 147 États et territoires qui collaborent au sein du « Cadre inclusif OCDE/G20 sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) » ont approuvé un document précisant certaines conditions de mise en œuvre du « Pilier 2 », qui organise une imposition minimale égale à 15 % des bénéfices des entreprises multinationales selon une logique « pays par pays ».

La Côte d’Ivoire pourra donc créer une unité spéciale chargée de contrôler les prix de transfert, avec des échanges automatiques d’informations fiscales avec les autres pays de l’UEMOA et les partenaires internationaux. Il faudra également renforcer les contrôles croisés entre la Direction générale des impôts, la douane et les services des mines, de l’énergie et des transports afin de détecter les écarts de déclaration de chiffres d’affaires.

En quatrième lieu, améliorer la conformité volontaire. Pour ce faire, il faudra simplifier les procédures de remboursement de TVA pour les entreprises. Il faudra sans doute mettre en place un service d’accompagnement personnalisé pour les nouveaux contribuables, et publier régulièrement des classements des entreprises fiscalement transparentes pour encourager l’adhésion.

 

 

Au regard des ambitions affichées dans le budget 2027, quels sont, selon vous, les principaux risques susceptibles de compromettre l’atteinte des objectifs annoncés? Quelles recommandations adresseriez-vous au gouvernement et au parlement pour renforcer la crédibilité, la transparence et l’impact économique et social de ce budget?

 

Réponse :

Les principaux risques susceptibles de compromettre l’atteinte des objectifs annoncés sont les suivants.

En premier lieu, les risques externes sur la croissance économique et les recettes d’exportation. En effet, un ralentissement de l’économie mondiale pourrait faire chuter les cours des matières premières, comme le cacao, le café et le pétrole, ce qui réduirait mécaniquement les recettes douanières et fiscales attendues. En outre, une remontée inattendue de l’inflation mondiale ou des taux d’intérêt sur le marché de l’UEMOA, sera de nature à augmenter le coût du service de la dette, ce qui absorbera une part importante du budget, réduisant ainsi la capacité de financement du PND.

En second lieu, les risques internes sur la mobilisation des recettes fiscales. Les réformes en cours doivent entrer dans une phase active, notamment la facture normalisée électronique, la modernisation du cadastre et la lutte contre la fraude. Un retard ou un échec des réformes sera de nature à compromettre les ambitions. En outre, l’économie informelle qui représente plus de 50 % du PIB, reste encore un frein structurel à l’élargissement de l’assiette fiscale.

En troisième lieu, les risques sur l’exécution des dépenses et la soutenabilité des investissements. Le budget alloue 100 milliards FCFA au fonds souverain et 70 milliards aux études préalables des grands projets du PND. Une mauvaise gouvernance de ces nouveaux dispositifs risque de transformer ces crédits en dépenses courantes non productives. En plus, les pressions sociales et les revendications salariales dans la fonction publique pourraient également amener le gouvernement à accroître les dépenses de fonctionnement au détriment des dépenses d’investissement.

En quatrième lieu, les risques climatiques et sécuritaires sont à considérer. La Côte d’Ivoire est exposée à des risques climatiques, liés à des phénomènes météorologiques extrêmes à même d’affecter négativement les productions agricoles et donc les recettes d’exportation. En outre, l’instabilité dans les pays limitrophes du sahel pourrait conduire la Côte d’Ivoire, à augmenter ses dépenses militaires, ce qui l’éloignerait de ses priorités de développement.

 

Au-delà des chiffres annoncés, comment le citoyen ivoirien pourrait-il mesurer concrètement les effets du budget 2027 sur son quotidien?

 

Réponse :

Le citoyen ivoirien pourra ressentir les effets du budget 2027, à travers des changements visibles dans sa vie quotidienne et des indicateurs accessibles. Premièrement, il doit sentir des services publics de proximité, par exemple, en constatant l’ouverture de nouveaux centres de santé dans sa commune ainsi que la réduction des files d’attente dans les hôpitaux. De même, le citoyen doit avoir la construction de nouvelles salles de classe dans son entourage et l’augmentation des centres de formation professionnelle pour les jeunes.

Deuxièmement, une amélioration de la vie quotidienne par la construction des infrastructures. La réduction des embouteillages, la construction de routes en zones rurales, et l’extension du réseau d’électricité et d’eau potable dans ces mêmes zones, permettront aux ivoiriens de mesurer les effets du budget. Pour les petits commerçants et artisans, ils seront heureux de constater une baisse des formalités administratives et un accès facilité aux microcrédits.

 

 

 

 

 

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