Dans une chronique publiée le 13 octobre 2026 dans l’Intelligent d’Abidjan, le journaliste Wakili Alafé interroge la responsabilité des médias, des journalistes et des personnalités publiques dans la promotion de projets immobiliers aujourd’hui visés par une enquête judiciaire. Au-delà du cas Rita Djédjé, la question porte sur les précautions à prendre avant de diffuser une publicité susceptible d’engager la confiance du public.
L’affaire Rita Djédjé continue de susciter des interrogations en Côte d’Ivoire. Selon le Parquet national financier, une soixantaine de personnes ont déposé plainte dans le cadre d’opérations immobilières impliquant Rita Djédjé Grahon Bénédicte et la société Ivoire Challenge Corporation SARL. Les sommes en cause sont provisoirement évaluées à plus de 320 millions de FCFA.
Dans cette affaire, plusieurs personnalités connues du grand public sont citées dans le cadre de la procédure, en raison notamment de leur présence dans des vidéos ou de leur participation présumée à la promotion des projets concernés. Mais une question mérite d’être posée : jusqu’où va la responsabilité de ceux qui contribuent à donner de la visibilité à une offre commerciale ?
La notoriété, un facteur de confiance
Dans une chronique intitulée « Lettre de l’IA – par Wakili Alafé : Rita Djédjé, responsabilité et crédibilité des médias….», publiée par L’Intelligent d’Abidjan, l’auteur attire l’attention sur le rôle des médias traditionnels dans la construction de la confiance du public.
Son interrogation est simple : si des campagnes publicitaires ou des partenariats avaient été conclus entre la société concernée et des chaînes de télévision, des journaux ou des sites d’information, ces supports auraient-ils contribué, même involontairement, à rassurer des souscripteurs ?
La question dépasse selon l’auteur, le seul secteur immobilier. Une publicité diffusée dans un média reconnu bénéficie souvent d’un effet de crédibilité. Pour certains consommateurs, la présence d’une entreprise dans un journal, à la télévision ou sur un site d’information peut être interprétée comme une forme de validation de son sérieux, même si le média n’a pas procédé à une vérification approfondie.
Cette confiance constitue une responsabilité éditoriale et commerciale. Elle ne signifie toutefois pas que toute personne ayant diffusé une publicité est automatiquement complice des faits reprochés à l’annonceur.
Publicité et complicité : une distinction essentielle
Wakili Alafé invite également à la prudence dans l’appréciation des responsabilités individuelles. La présence d’une personnalité dans une vidéo, la diffusion d’une photographie ou la promotion ponctuelle d’un projet ne suffisent pas, à elles seules, à établir une infraction.
Il convient notamment de distinguer la simple prestation publicitaire d’une participation consciente à des actes frauduleux. La connaissance des faits, l’intention et les circonstances précises de chaque intervention doivent être examinées dans le cadre de la procédure judiciaire.
Le raisonnement vaut aussi pour les médias. Un journal qui publie une annonce commerciale n’est pas automatiquement responsable des éventuelles infractions de l’annonceur. En revanche, la question de sa diligence se pose lorsqu’il existe des alertes, des incohérences manifestes ou des éléments susceptibles de mettre en doute la fiabilité de l’offre promue.
La responsabilité pénale demeure personnelle et doit être appréciée au regard des faits établis et du droit applicable.
Une ligne de conduite pour les médias
Pour prévenir les risques, la chronique propose plusieurs mesures de vigilance à l’intention des professionnels de l’information et de la communication.
Avant de diffuser une annonce, il est notamment recommandé de vérifier l’identité juridique de l’annonceur, son immatriculation au Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM), l’identité de ses dirigeants et son adresse effective.
Dans le secteur immobilier, les médias peuvent demander les documents justifiant les droits sur les terrains commercialisés, notamment les titres fonciers ou les arrêtés de concession définitive (ACD), ainsi que les autorisations requises pour l’activité concernée.
Pour les offres de placement financier, la vérification des autorisations réglementaires constitue également une précaution importante.
La chronique recommande par ailleurs de formaliser les relations commerciales par un contrat de régie publicitaire, de prévoir des clauses de garantie et de retrait rapide des annonces en cas d’alerte sérieuse, de conserver les pièces justificatives et d’identifier clairement les contenus sponsorisés.
Elle rappelle enfin que le journaliste ne doit pas confondre son travail d’information avec celui de publicitaire, ni renoncer à son indépendance sous la pression d’un annonceur.
Préserver la crédibilité de la presse
L’affaire met en évidence un enjeu majeur pour les médias ivoiriens : préserver leur crédibilité tout en développant leurs recettes publicitaires.
La vigilance ne doit cependant pas se transformer en présomption de culpabilité. Les vérifications préalables sont nécessaires, mais elles ne garantissent pas qu’une fraude ne puisse jamais échapper au contrôle d’un média. L’essentiel est de mettre en place des procédures raisonnables, de réagir aux signalements crédibles et de ne pas continuer à promouvoir une offre lorsque des éléments sérieux en remettent en cause la fiabilité.
Pour le citoyen, le message est tout aussi important : la notoriété d’un influenceur, d’un journaliste, d’un artiste ou d’un média ne constitue pas une garantie de sécurité financière. Avant de souscrire à un projet immobilier, il est indispensable de vérifier les documents, les droits sur les parcelles et l’identité réelle des promoteurs.






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