Justice – Réseaux sociaux – Lutte contre le blanchiment
Une nouvelle affaire d’escroquerie présumée impliquant des personnalités des réseaux sociaux suscite des interrogations en Côte d’Ivoire. Le Pôle pénal économique et financier (PPEF) poursuit une dizaine d’influenceurs, notamment pour association de malfaiteurs et blanchiment de capitaux. Au centre du dossier figure Rita Djédjé, accusée d’avoir participé à la vente frauduleuse de parcelles de terrain pour un montant de plus de 320 millions de FCFA, avec la complicité présumée d’autres personnes.
Selon le procureur national financier, Jean-Claude Aboya, une soixantaine de personnes ont porté plainte contre l’influenceuse. Elles lui reprochent d’avoir commercialisé des terrains par l’intermédiaire de la société Ivoire Challenge Corporation, alors qu’elle n’en était pas propriétaire. Le préjudice total est estimé à près de 320 millions de FCFA, soit environ 490 000 euros.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs témoignages dénoncent les vidéos promotionnelles diffusées pour convaincre les acheteurs. Dans l’une d’elles, l’influenceuse promet notamment d’offrir un terrain à une femme dont l’émotion est mise en scène devant la caméra.
Des personnalités du web également visées
Dans le cadre de cette procédure, le parquet s’intéresse également à d’autres figures connues des réseaux sociaux qui se seraient affichées aux côtés de Rita Djédjé pour lui apporter leur soutien.
Parmi elles figurent Apoutchou National, déjà condamné pour blanchiment de capitaux quelques mois auparavant, l’ancien footballeur international Geoffroy Serey Dié et Pantcho Le Gatair. Certains ont publié des vidéos pour se désolidariser de Rita Djédjé.
Leur présence dans cette affaire ne préjuge toutefois pas de leur culpabilité. Les responsabilités individuelles devront être établies par la justice, sur la base des faits reprochés à chacun.
Le procureur a requis un mandat de dépôt contre Rita Djédjé. La procédure s’inscrit dans le cadre plus large de la lutte contre les escroqueries financières et le blanchiment de capitaux.
La Côte d’Ivoire sous surveillance du GAFI
Cette affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la Côte d’Ivoire, inscrite depuis 2024 sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), qui recense les juridictions soumises à une surveillance renforcée en raison de lacunes dans leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Les autorités ivoiriennes cherchent à renforcer les mécanismes de contrôle, à améliorer la détection des opérations financières suspectes et à démontrer l’efficacité des poursuites engagées.
Les affaires impliquant des personnalités très suivies sur les réseaux sociaux peuvent ainsi attirer l’attention sur les risques liés aux collectes de fonds, aux investissements immobiliers et aux opérations commerciales promues auprès du grand public sans garanties suffisantes.
La Côte d’Ivoire espère sortir de la liste grise à l’issue de l’évaluation du GAFI. Dans ce contexte, la capacité des autorités à enquêter sur les flux financiers suspects, à poursuivre les infractions et à obtenir des décisions judiciaires effectives constitue un enjeu majeur.
Au-delà de la notoriété des personnes citées, l’affaire Rita Djédjé pose une question essentielle : celle de la responsabilité des acteurs qui mobilisent leur audience sur les réseaux sociaux pour promouvoir des opérations financières ou immobilières. Les suites judiciaires permettront de préciser les responsabilités de chacun et de déterminer l’ampleur des préjudices subis par les plaignants.
Avec RFI et autre presse






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