Affaire Vet’tronic / MIRAH : les réponses du ministère de Sidi Tiémoko Touré soulèvent de nouvelles questions

CNP-PPP, SNDI, ANSUT, ARTCI : les organismes cités par le MIRAH auraient-ils réellement validé le montage ?

Après les révélations consacrées au projet de traçabilité du bétail en Côte d’Ivoire, le ministère des Ressources animales et halieutiques (MIRAH) a publié, le 7 octobre 2026, un droit de réponse pour apporter des précisions sur le dossier impliquant la société française Vet’tronic.

Mais loin de clore la polémique, cette mise au point soulève, selon les informations rapportées par Enquête Média, de nouvelles interrogations sur la procédure suivie, les conditions de recours au prestataire privé et les différentes démarches institutionnelles évoquées par le ministère.

Des validations institutionnelles qui restent à clarifier

Dans sa communication, le cabinet du ministre Sidi Tiémoko Touré fait notamment référence à des démarches engagées auprès du Comité national de pilotage des partenariats public-privé (CNP-PPP), de la SNDI, de l’ANSUT et de l’ARTCI.

Selon les informations d’Enquête Média, ces différentes structures n’auraient toutefois pas validé le projet dans les termes présentés par le ministère.

Le CNP-PPP aurait notamment émis des réserves sur une saisine intervenue en août 2026, alors que le montage du projet était déjà engagé. Cette question est centrale : une démarche effectuée a posteriori peut-elle régulariser un dispositif initialement conclu sans mise en concurrence ?

Les positions précises du CNP-PPP, de la SNDI, de l’ANSUT et de l’ARTCI mériteraient donc d’être publiquement documentées afin de lever toute ambiguïté sur leur rôle respectif dans ce dossier.

Vet’tronic au cœur des interrogations

Autre point soulevé : les capacités financières de Vet’tronic, société française présentée comme devant préfinancer sur ses ressources propres une phase pilote de douze mois.

Selon les informations publiées par Enquête Média, le capital social de l’entreprise serait de 250 euros. Ce montant, à lui seul, ne permet cependant pas de déterminer la capacité réelle d’une société à financer un projet : chiffre d’affaires, trésorerie, lignes de financement, garanties et partenaires financiers sont autant d’éléments qui devraient être examinés.

La question mérite donc d’être posée : quelles garanties financières Vet’tronic a-t-elle effectivement présentées à l’État ivoirien pour assurer le préfinancement de cette phase pilote ?

Des soupçons de conflit d’intérêts

L’enquête met également en cause les conditions dans lesquelles certains responsables du MIRAH auraient participé aux différentes séances de travail avec l’entreprise française.

Enquête Média affirme notamment que certains déplacements de responsables auraient été pris en charge par Vet’tronic, notamment les billets d’avion et l’hébergement.

Si ces éléments étaient confirmés, ils appelleraient des explications précises de la part du ministère. La question ne serait alors plus seulement celle de la procédure de passation, mais également celle des règles relatives aux avantages, aux déplacements et aux éventuels conflits d’intérêts impliquant des agents publics.

Là encore, les personnes et structures mises en cause devraient pouvoir présenter leur version des faits et les justificatifs correspondants.

Pourquoi l’ancien prestataire a-t-il été écarté ?

Un autre volet du dossier concerne le prestataire national qui aurait été retenu à l’issue d’une procédure d’appel d’offres.

Selon Enquête Média, une responsable précédemment chargée du dossier aurait été écartée après avoir contesté la mise à l’écart de ce prestataire.

Ces accusations, particulièrement graves, nécessitent elles aussi des éléments vérifiables : quel était le résultat de la procédure initiale ? Quel prestataire avait été retenu ? Pour quelles raisons le processus a-t-il été remis en cause ? Une nouvelle procédure a-t-elle effectivement été lancée ?

Ce sont précisément ces documents qui permettraient de distinguer une simple réorganisation administrative d’une éventuelle rupture irrégulière de procédure.

Le MIRAH attendu sur les preuves de la nouvelle procédure

Au-delà des accusations et des démentis, le moyen le plus simple de clarifier le dossier reste la publication des documents officiels, comme le veut la loi. 

Si, comme l’affirme le ministère, une nouvelle procédure d’appel d’offres doit être engagée ou a déjà été engagée, les avis de consultation ou d’appel d’offres publiés sur les plateformes réglementaires, ainsi que les références correspondantes, permettraient de vérifier la régularité du processus.

Le dossier Vet’tronic porte sur un projet dont l’enveloppe serait proche de deux milliards de francs CFA. À ce niveau, la transparence sur les procédures, les garanties financières, les éventuelles autorisations et les relations entre les différents acteurs apparaît indispensable.

Une affaire qui appelle désormais des documents

Pour l’heure, deux récits s’opposent : celui du ministère, qui défend la régularité de sa démarche, et celui d’Enquête Média, qui évoque de graves irrégularités dans le montage du projet.

Il appartient désormais au MIRAH de produire les pièces permettant d’étayer sa version, tandis que les accusations formulées contre le ministère, ses responsables et Vet’tronic devront être confrontées aux documents officiels et aux réponses des personnes concernées.

Dans une affaire touchant à la gestion de fonds publics et à la traçabilité du cheptel national, la publication des actes administratifs et des pièces de procédure serait sans doute la meilleure réponse à la polémique.

Avec Enquête Média

 

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