La confrontation entre Israel et la Turquie est- elle une question de temps ?

La rivalité entre Israël et l’Iran est connue de tous et est à l’origine de deux guerres. Pourtant, celle entre Israël et la Turquie commence à inquiéter. Au Moyen-Orient, Israël est vu comme la nation la plus avancée militairement. Mais en face, la Turquie est une nation qui pèse de plus en plus sur les plans militaire et économique. Si l’avance technologique d’Israël semble irréfutable, notamment dans l’aviation, la Turquie comble rapidement son retard. Ainsi, elle est classée 9e puissance militaire, alors qu’Israël occupe la 15e place.

Les deux pays s’opposent frontalement sur la question palestinienne. L’Arabie saoudite, vue comme le chef de file des nations arabes, ménage Israël depuis la signature des « accords d’Abraham » en 2020. Quant à l’Iran, qui a aussi fait de la question palestinienne le socle de sa rhétorique guerrière envers Israël, son soutien est gênant pour les Palestiniens. Alors que la Turquie, pays musulman de la région en plein essor économique, fidèle alliée des États-Unis et membre important de l’OTAN, est un acteur plus fréquentable.

Cette rivalité entre les deux pays embarrasse les Américains. La Turquie et Israël sont leurs plus fidèles alliés de la région, aux côtés des Saoudiens. Les Américains ont favorisé le rapprochement entre l’Arabie saoudite et Israël, via les accords d’Abraham, même si les Saoudiens ne les ont pas ratifiés. Le rapprochement entre l’Arabie saoudite et la Turquie s’est opéré de lui-même (il y a aujourd’hui un pacte militaire qui les unit). Mais entre Israël et la Turquie, le fossé s’élargit de plus en plus.

La zone de contact entre les deux pays est la Syrie, où Israël mène régulièrement des frappes, alors que la Turquie est le principal soutien du nouveau régime islamiste en place. Notons aussi les tensions en Méditerranée orientale depuis la découverte des champs gaziers à cheval entre Chypre, la Grèce, Israël et le Liban. Israël a renforcé sa coopération avec la Grèce et Chypre dans l’optique de l’exploitation de ces gisements. Un oléoduc doit acheminer ce gaz vers l’Europe. La coopération est aussi militaire, avec des exercices entre ces trois nations.

La Turquie voit tout cela d’un mauvais œil. Elle a renforcé sa présence militaire en « République turque de Chypre du Nord », ce territoire qu’elle est la seule à reconnaître, et entend bloquer tout projet d’oléoduc vers l’Europe qui partirait d’Israël. Pour la Turquie, il faut attendre la « réunification » de Chypre avant toute exploitation de ce gaz. Enfin, la Corne de l’Afrique est aussi un point de friction. La Turquie appuie la Somalie, tandis qu’Israël s’est allié au Somaliland, cette région somalienne qui a proclamé son indépendance en 1990, mais qui n’est pas reconnue par les Nations unies.

Il faut aussi prendre en compte la haine tenace entre les deux dirigeants : Benjamin Netanyahu, au pouvoir depuis 1996 (avec un intermède de 1999 à 2009), et Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2003. Cette haine a eu le temps de se cristalliser. Les deux dirigeants s’invectivent régulièrement sur la scène internationale. Si, en l’état, une confrontation directe entre ces deux puissances régionales est à écarter, les experts n’excluent pas un incident involontaire potentiellement dangereux en Syrie ou en Méditerranée orientale, où leurs forces opèrent à proximité.

La rivalité s’inscrit dans un contexte qui ne prête pas à l’optimisme. La guerre russo-ukrainienne et celle entre les États-Unis, Israël et l’Iran montrent qu’on est entré dans des eaux troubles. La Corée du Nord devient belliqueuse à mesure qu’elle perfectionne son armement. L’Iran, ragaillardi par le conflit avec les États-Unis, accroît la portée de ses missiles. Les Européens s’arment fiévreusement, notamment l’Allemagne. L’Australie et le Canada ne sont pas en reste. La Chine affiche sa puissance : sa marine est devenue la première du monde.

Cette course aux armements ne va pas s’estomper dans deux ans, lorsque Donald Trump quittera la Maison-Blanche, comme certains le pensent. C’est une tendance de fond. Dans ce contexte, ils sont plusieurs à prédire que la confrontation entre Israël et la Turquie, par théâtres interposés, peut « mûrir vite » et déboucher sur un « conflit ouvert » entre ces deux pays, comme on l’a vu entre l’Iran et Israël. La probabilité d’un tel scénario dépendra du maintien au pouvoir de ces deux dirigeants, qui sont tous deux des « dictateurs dans l’âme ».

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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