Cancer du sein : Etat des lieux et propositions pour mieux protéger les femmes de la Nawa et au-delà, de toute la Côte d’Ivoire (Contribution)

Par Zadi Zadi

 

Octobre Rose, une responsabilité collective

Octobre Rose rappelle l’importance du respect et de la solidarité : le respect envers les femmes qui luttent contre la maladie et le personnel de santé qui les accompagne; la solidarité, parce que le cancer du sein concerne toute la société.

Je ne prétends pas parler en médecin. Mais je me sens interpellé en tant qu’homme, père et élu de la Nawa. Dans notre région, qui compte parmi les grands bassins cacaoyers du pays et dont le cacao est reconnu pour sa qualité, les femmes sont au cœur de la vie familiale et de l’activité économique. Quand leur santé est fragilisée, c’est toute la communauté qui l’est aussi.

*Des progrès encourageants à consolider*

Les estimations GLOBOCAN 2024 du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), publiées en 2026, évaluent à près de 4 845 le nombre de nouveaux cas de cancer du sein chez les femmes en Côte d’Ivoire pour l’année 2024. Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez les femmes dans le pays.

Les données gouvernementales présentées pour 2023 font état d’un taux de survie à cinq ans passé de 30 % en 2017 à 63 % en 2023. Le CNRAO indique que ce taux peut atteindre 85 % lorsque le cancer est diagnostiqué précocement. Ces résultats soulignent l’importance d’un diagnostic précoce et d’une prise en charge adaptée.

Les efforts du Gouvernement et du Centre national d’oncologie médicale et de radiothérapie Alassane Ouattara (CNRAO) méritent d’être salués. Des félicitations s’adressent également à sa directrice générale, la professeure Judith Didi-Kouko Coulibaly, pour la présentation de l’expérience ivoirienne à Vienne, le 17 septembre 2026, lors d’un panel organisé en marge de la 70e Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Il serait important que ces progrès bénéficient davantage aux femmes de l’intérieur du pays, notamment à celles de la Nawa.

Dans la Nawa, l’accès aux soins demeure un enjeu

Faute de données épidémiologiques propres à la Nawa disponibles pour cette contribution, les estimations nationales et les informations communiquées par les structures de santé constituent les principales références.

Sur le terrain, plusieurs enjeux se posent. La Nawa est une grande région cacaoyère. Les femmes sont présentes dans les coopératives, les champs, les marchés et les activités qui font vivre les communautés. Lorsqu’une femme tombe malade à Méagui, Buyo, Guéyo ou Soubré, toute sa famille et, parfois, son activité économique peuvent être fragilisées.

Le système de santé régional est également en cours de renforcement. Selon les informations disponibles, le CHR de Soubré ne dispose pas actuellement d’un appareil de mammographie, tandis que la Polyclinique Sainte-Marie de la Nawa propose cet examen. Les patientes ayant besoin d’une prise en charge plus spécialisée peuvent être orientées vers San Pedro, Gagnoa ou Abidjan, notamment au CNRAO.

Pour une femme de Grand-Zattry, de Liliyo, d’Okrouyo, d’Oupoyo ou de Mayo, le déplacement peut représenter un coût et une difficulté supplémentaires, voire conduire à un renoncement aux soins. Une meilleure information sur les lieux de consultation et une orientation facilitée vers les structures compétentes seraient donc souhaitables.

L’information constitue un autre enjeu. Dans certains villages, le cancer du sein reste peu évoqué. La pudeur, la peur et les idées reçues peuvent retarder la consultation. Les sages-femmes et les infirmiers sont en première ligne; un soutien renforcé leur permettrait de mieux informer les femmes, de repérer les signes nécessitant une consultation et d’orienter les patientes vers les services compétents.

Trois propositions pour agir au plus près des femmes

Trois propositions pourraient être soumises à l’attention des autorités et des acteurs concernés.

Premièrement, des campagnes de proximité pourraient être organisées à Soubré, Méagui, Buyo et Guéyo, en lien avec les autorités sanitaires, les structures de santé de la région et le CNRAO. Des actions d’information et d’orientation pourraient également être menées à Grand-Zattry, Liliyo, Okrouyo, Oupoyo et Mayo. Ces campagnes pourraient associer sensibilisation, consultations et orientation vers des examens complémentaires lorsque ceux-ci sont nécessaires, en tenant compte des capacités existantes à Soubré, notamment à la Polyclinique Sainte-Marie.

Deuxièmement, il serait souhaitable de renforcer les capacités des équipes de santé. Les sages-femmes, les infirmiers et les agents de santé communautaires pourraient être mieux outillés pour informer les femmes, reconnaître les signes d’alerte, réaliser les examens cliniques prévus par les protocoles et orienter les patientes. Des messages simples, diffusés dans les langues locales, pourraient également contribuer à lever les inquiétudes et les tabous.

Troisièmement, des mesures pourraient être envisagées pour faciliter l’accès aux soins des femmes les plus éloignées ou les plus modestes. Un appui au transport, des consultations à coût réduit ou la prise en charge de certains examens pourraient être étudiés, notamment pour les femmes des coopératives agricoles. Un dispositif d’orientation et de suivi pourrait aussi aider les patientes à poursuivre leur parcours lorsqu’un examen complémentaire ou une prise en charge spécialisée est nécessaire.

L’objectif serait que chaque femme de la Nawa sache où s’informer, où consulter et vers qui se tourner. Octobre Rose pourrait être un temps fort de mobilisation, tandis que la prévention et l’accompagnement gagneraient à se poursuivre tout au long de l’année.

*Faire de la santé des femmes une priorité durable*

Aux femmes de la Nawa et de toute la Côte d’Ivoire, un message peut être adressé : prendre soin de sa santé et ne pas hésiter à consulter. La pudeur ou la peur ne devraient pas empêcher de demander conseil à un professionnel de santé. Une consultation précoce pourrait permettre d’agir plus tôt et d’éviter de grandes souffrances à toute une famille.

Les hommes de la Nawa pourraient également être invités à encourager les femmes de leur entourage à s’informer et à consulter, et à les accompagner dans leurs démarches. La santé des femmes relève aussi d’une responsabilité collective.

Un message de solidarité s’adresse à toutes les femmes qui luttent aujourd’hui contre la maladie : elles ne sont pas seules. La Nawa et la Côte d’Ivoire sont à leurs côtés.

Enfin, les progrès accomplis par le Gouvernement dans la lutte contre le cancer, notamment à travers le CNRAO, devenu un centre de référence, méritent d’être salués. La poursuite et le renforcement des efforts en faveur de l’intérieur du pays, et notamment de la Nawa, seraient souhaitables. Les femmes qui contribuent à la vitalité de l’économie méritent que davantage d’investissements soient consacrés à leur santé.

Zadi Zadi

Expert des questions de paix, de sécurité et de gouvernance
Diplômé de l’Université de Coventry, Grande-Bretagne
Conseiller régional de la Nawa
Cadre du PDCI-RDA

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