Par Zadi Zadi
Le Conseil des ministres du 23 septembre 2026 a adopté une communication relative à la création de l’Institut du café et du cacao, dénommé I2C, dont le complexe de recherche sera implanté sur le site de la station du Centre national de recherche agronomique (CNRA) à Divo.
Tout en saluant cette initiative stratégique, il importe de souligner que la recherche scientifique gagnerait à s’inscrire dans une réponse globale aux difficultés économiques, sociales et structurelles auxquelles les planteurs sont confrontés.
Cette contribution personnelle analyse la situation de la filière et formule des propositions susceptibles d’améliorer durablement les conditions de vie des producteurs, particulièrement ceux de la Nawa.
CAFÉ-CACAO : UNE FILIÈRE STRATÉGIQUE FACE À DE PROFONDES INCERTITUDES
La situation est paradoxale. La Côte d’Ivoire demeure le premier producteur mondial de cacao et cette culture occupe une place essentielle dans l’économie nationale. Pourtant, la filière est soumise à de fortes pressions.
La volatilité des cours mondiaux complique la commercialisation et fragilise les acteurs de la chaîne de valeur. À cela s’ajoutent le changement climatique, le vieillissement des vergers, la baisse des rendements et la progression de maladies comme le swollen shoot.
Les nouvelles exigences internationales en matière de traçabilité, de durabilité et de lutte contre la déforestation imposent également une adaptation rapide. Elles constituent une contrainte, mais aussi une occasion de moderniser la filière et de renforcer sa compétitivité.
La Côte d’Ivoire gagnerait ainsi à agir simultanément sur la production, la commercialisation, la transformation locale, la recherche scientifique, la traçabilité et les conditions de vie des producteurs.
LE PARADOXE DES PRODUCTEURS : CRÉATEURS DE RICHESSE, MAIS TOUJOURS PRÉCAIRES
Le cacao contribue fortement à la richesse nationale. Il convient de saluer les efforts importants engagés par le gouvernement, ainsi que le travail accompli par les responsables et les structures chargées de la gestion de la filière, en vue de soutenir la production et d’améliorer les conditions de vie des producteurs. Toutefois, malgré ces initiatives, certains planteurs vivent encore dans la précarité et exercent leur activité dans des conditions difficiles, notamment dans des localités enclavées où les pistes sont fortement dégradées et parfois presque impraticables. Cette situation appelle la poursuite et le renforcement des actions entreprises.
Dans la Nawa, beaucoup de vergers sont vieillissants et leurs rendements demeurent faibles. Le swollen shoot, les dérèglements climatiques et la hausse du coût des intrants fragilisent davantage les exploitations.
Le malaise ne se limite cependant pas au prix bord champ. Les producteurs souhaitent pouvoir vendre leurs récoltes, être payés dans des délais raisonnables et disposer d’interlocuteurs capables de répondre à leurs difficultés.
À ces difficultés s’ajoutent l’endettement de certains planteurs et les dysfonctionnements persistants des circuits de commercialisation.
La réponse gagnerait à dépasser les interventions ponctuelles. Elle pourrait notamment favoriser le rajeunissement des vergers, renforcer la lutte contre les maladies, faciliter l’accès aux intrants, améliorer la commercialisation, sécuriser les revenus et accélérer la transformation locale.
Pour améliorer les conditions de vie des producteurs de la Nawa et d’ailleurs, une réponse globale apparaît nécessaire.
L’I2C, UNE INITIATIVE STRATÉGIQUE POUR LA SOUVERAINETÉ SCIENTIFIQUE
La création de l’I2C constitue une décision importante qu’il convient de saluer. Son complexe de recherche aura notamment vocation à développer de nouvelles technologies, à former du personnel spécialisé et à renforcer la coopération scientifique.
Cette initiative peut consolider la souveraineté scientifique et la capacité d’innovation de la Côte d’Ivoire dans ses deux principales cultures d’exportation.
Mais un institut ne vaut que par la pertinence de ses priorités et l’application concrète de ses résultats. Il serait particulièrement utile que l’I2C consacre une partie importante de ses travaux à des variétés plus productives, résistantes au swollen shoot et adaptées aux changements climatiques.
L’Institut pourrait également développer des solutions accessibles en matière de traçabilité, d’agroforesterie, de restauration des sols et de transformation locale. Les résultats de la recherche gagneraient ainsi à se traduire en solutions concrètes et utilisables dans les plantations.
QUATRE PROPOSITIONS POUR FAIRE DE L’I2C UN LEVIER DE TRANSFORMATION
Quatre propositions concrètes peuvent être formulées.
Premièrement, établir un lien direct avec les producteurs, notamment par la création de parcelles-écoles et la consultation régulière des planteurs, des coopératives et de leurs organisations professionnelles.
Deuxièmement, favoriser une large diffusion des innovations. Les plants améliorés et résistants aux maladies pourraient être rendus accessibles aux petits producteurs, notamment grâce à des pépinières villageoises subventionnées.
Troisièmement, garantir à l’Institut un financement durable, transparent et suffisamment autonome afin de préserver la continuité et la crédibilité de ses recherches.
Quatrièmement, favoriser un véritable ancrage territorial. Compte tenu de sa place dans la production nationale, il serait souhaitable que la Nawa puisse accueillir une antenne opérationnelle de l’Institut.
Les producteurs gagneraient à être considérés non seulement comme les bénéficiaires de la recherche, mais également comme des acteurs pleinement associés à la définition de ses priorités et à l’évaluation de ses résultats.
L’objectif serait d’augmenter les rendements, de réduire les coûts de production, d’améliorer la qualité du cacao, de protéger l’environnement et d’accroître durablement les revenus des producteurs.
PLACER LE PRODUCTEUR AU CŒUR DE LA PERFORMANCE DE LA FILIÈRE
Pour conclure, les efforts engagés par le gouvernement et la création de l’I2C méritent d’être salués. Cette initiative pourrait produire des résultats encore plus importants en plaçant le producteur au centre des réformes agricoles et des politiques relatives à la filière café-cacao.
L’amélioration concrète des conditions de vie des producteurs gagnerait à constituer l’un des principaux indicateurs de performance de la filière.
Cette approche repose sur une conception du développement qui ne se limite pas aux volumes produits, aux exportations ou aux recettes nationales, mais prend également en considération son impact réel sur la vie des populations.
Les producteurs de la Nawa souhaitent être écoutés, associés aux décisions et accompagnés afin de vivre dignement du fruit de leur travail.
La réussite de l’I2C ne se mesurera donc pas seulement au nombre de recherches réalisées ou de nouvelles variétés développées. Elle se mesurera également à l’amélioration effective et durable des conditions de vie des planteurs.
Zadi Zadi
Expert des questions de paix, de sécurité et de gouvernance
Diplômé de l’Université de Coventry, en Grande-Bretagne
Conseiller régional de la Nawa
Cadre du PDCI
NB : Les opinions exprimées dans cette contribution sont personnelles et n’engagent ni le Conseil régional de la Nawa ni le PDCI-RDA.






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