Alors que s’annonce l’inauguration des postes de péage entre Abidjan et San-Pedro, des positions contradictoires s’exprimeront ici et là sur l’utilité et l’opportunité d’un droit de passage sur la Côtière. C’est normal : c’est le charme de la démocratie. Mais sachons tous rester objectifs. Rappelons qu’il y a plus d’une décennie, en mars 2015, lors d’un conseil des ministres délocalisé à San-Pedro, la question de la Côtière fut longuement débattue. Certains la jugeaient peu rentable ; d’autres estimaient qu’une route n’est rentable que lorsqu’elle est praticable. Le Président de la République trancha et ordonna la construction d’une autoroute. Usager de cette voie, alors en très piteux état, j’avais soutenu que, si le péage était l’une des décisions à prendre pour garantir l’entretien de l’ouvrage, il ne fallait pas pour autant priver les populations de cet axe économique de la possibilité de voyager en toute sécurité. Que coûte réellement une mauvaise route ? Je peux en témoigner. À l’époque, un seul trajet de 190 kilomètres entre Abidjan et Fresco me coûtait des pièces à remplacer sur mon véhicule et entre 5 et 7 heures d’un parcours infernal. Ceux qui voyageaient en transport commun arrivaient à destination couverts de poussière et esquintés. Ajoutez le carburant, les marchandises abîmées, les accidents : le péage ne crée pas un coût, il remplace un coût caché, bien plus lourd, par un tarif connu. Il fallait avoir connu la Côtière avant 2023 pour apprécier, depuis son ouverture à la circulation, ce qu’est une route entretenue. Or une route ne se dégrade pas seulement par l’usure, mais surtout faute d’entretien. Nous connaissons tous le sort des routes livrées en grande pompe, puis abandonnées aux nids-de-poule. Le péage est l’un des rares mécanismes par lesquels ceux qui utilisent la route contribuent directement à sa durabilité. La contestation n’est pas pour autant illégitime. Riverains, transporteurs et petits commerçants ont besoin de garanties : des tarifs raisonnables, des mesures adaptées aux usagers du quotidien, une gestion transparente des recettes et un entretien visible. C’est à cette condition que le péage sera accepté, et non subi. Le Président avait tranché : la Côtière serait une autoroute. Le péage prolonge cette décision et garantit que ce que la Nation a construit durera, pour les conducteurs d’aujourd’hui comme pour les voyageurs de demain. Alain LOBOGNON 2 octobre 2026






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