La Côte d’Ivoire traverse une passe délicate. Le diagnostic n’échappe à personne. Incendies, orpaillage, déguerpissements, remblayages, scandales de corruption, cacophonie dans les communiqués, les choses vont dans tous les sens. Certes, sur le plan sécuritaire, le vice-Premier ministre, ministre de la Défense, veille au grain. De même, au niveau du cadrage macroéconomique, le président Ouattara tient la corde. Mais dans le secteur médian, dans la « gouvernance intermédiaire », c’est le flottement. Le navire est sans un vrai capitaine. Le fait qu’entre autres le DG de la SOTRA et le gouverneur du District d’Abidjan soient maintenus à leurs postes comme si de rien n’était en est une triste illustration.
Ce flottement a un coût. Les ministres, la haute administration, les entreprises du secteur étatique ou paraétatique ne sont sous l’autorité de personne. C’est la raison de tous ces scandales qui éclatent. Tandis que le procureur affirme que le ministre-gouverneur du District d’Abidjan est sous l’autorité du Premier ministre en raison de sa qualité de « ministre », le porte-parole du gouvernement affirme qu’il « ne siège pas au conseil des ministres, ni au conseil de gouvernement ». Une cacophonie qui signifie que l’homme n’est sous l’autorité de personne. En vérité, il n’est pas le seul : personne n’est contrôlé dans ce pays aujourd’hui, chacun est roi dans son coin. Le Premier ministre n’a aucune autorité.
Sans un Premier ministre fort à qui le président va vraiment déléguer le pouvoir (à l’image de Gon Coulibaly), les dysfonctionnements vont s’amplifier. Le Président concentre tous les pouvoirs parce qu’il ne fait pas entièrement confiance à son Premier ministre, c’est un fait. Aujourd’hui, en dessous de lui, il y a un « vide ». Le navire n’a pas de « second » pour implémenter les ordres du capitaine. C’est le drame de la Côte d’Ivoire en ce moment : un président « fatigué » et un PM sans autorité. Résultat, un pays qui n’est pas vraiment gouverné, ou du moins une gouvernance « éclatée ».
La situation actuelle exige que le Président nomme un PM en qui il ait toute confiance. Pour cela, il ne doit pas être un transfuge, ne doit avoir été mêlé à aucun scandale, il doit avoir une forte personnalité et être capable d’apprendre vite, de s’immerger rapidement dans les dossiers. On pourrait penser au vice-Premier ministre TBO, que beaucoup voient comme le successeur du président. Pourtant, l’affaire des 49 soldats ivoiriens a laissé des traces. La confiance du président en son jeune frère a pris un coup depuis lors. Il hésite à lui laisser les rênes.
Examinons le CV de la présidente du Sénat, Kandia Kamissoko Camara. Ministre de l’Éducation nationale de 2012 à 2017, ministre des Affaires étrangères de 2017 à 2021, présidente du Sénat depuis octobre 2023, maire de la vaste commune d’Abobo depuis 2012, elle a une expérience certaine du fonctionnement de l’État et des relations internationales. « Femme de fer », elle sait se faire obéir et a la confiance du président. Elle n’a jamais été mêlée à un scandale et apprend vite. Elle a acquis le respect de tous. Elle coche bien toutes les cases pour la primature.
Que TBO soit vu comme le successeur du président Ouattara ou pas, là n’est pas la question du moment. Le président accuse le poids de l’âge. Il a besoin d’un PM fort sur lequel il pourra vraiment s’appuyer, à qui il pourra laisser les rênes. Pas un PM là pour la forme, mais un PM qui va imprimer le mouvement, diriger les opérations tel un commandant de terrain, remettre l’ordre dans le gouvernement, la haute administration et au sein des entreprises publiques. Bref, un chef d’orchestre. Si Kandia Camara est parfaitement et rapidement coachée, elle fera des merveilles à ce poste.
Le président Ouattara a accompli un travail extraordinaire depuis 2011. Rien à dire à ce sujet. Selon les Nations Unies, la Côte d’Ivoire est, depuis 2024, la première destination de l’immigration interafricaine en termes de flux. Cette statistique à elle seule témoigne de l’attractivité du pays et résume le travail abattu. L’Afrique a les yeux tournés vers la Côte d’Ivoire, devenue la neuvième économie du continent. Pourtant, quand on scrute les choses de plus près, on se rend compte qu’un nouveau défi s’impose au pays, celui de sa « gouvernance intermédiaire ». Il lui faut un PM fort pour ne pas voir tous les acquis partir en vrille, s’effriter. Il faut une personne capable de seconder le président Ouattara.
Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales






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