Affaire Koumassi Campement : Au cœur des zones d’ombre du dossier

La conférence de presse du procureur de la République, le 16 septembre 2026, a permis de préciser plusieurs éléments de l’enquête sur les démolitions opérées le 3 juin dernier à Koumassi Campement. Le Parquet a notamment détaillé les auditions réalisées et la situation foncière de la zone directement touchée par les destructions.

Mais derrière cette précision apparaît une autre question : que recouvre exactement le périmètre de 34 hectares revendiqué depuis le début de l’affaire par Alloui Brou Jacques ?

Le Parquet indique, sur la base d’une réquisition adressée au Cadastre, que la zone directement impactée par les démolitions représente 6 hectares, 88 ares et 38 centiares, répartis sur 250 lots et sept îlots. Parmi ces parcelles, 28 disposent d’un Arrêté de concession définitive, quatre d’un certificat de mutation de propriété foncière, huit d’un titre foncier au nom de l’État, cinq font l’objet de dossiers de morcellement et 205 sont dépourvues de titre foncier.

Ce chiffre de 6,88 hectares doit toutefois être distingué des 34 hectares revendiqués par Alloui Brou Jacques. Dès juin 2026, l’ancien adjoint au maire de Koumassi avait déclaré avoir obtenu une autorisation de remblayage portant sur une superficie de 34 hectares, dont le secteur de Campement concerné par les déguerpissements. La HABG avait ensuite annoncé des vérifications préliminaires portant notamment sur les conditions d’acquisition de ces 34 hectares et sur la légalité des opérations de remblayage.

Le mystérieux « administrateur des services financiers »

Autre élément relevé dans le compte rendu de l’enquête : le Parquet a auditionné un administrateur des services financiers, présenté comme ayant accordé un prêt de 7 millions de FCFA au député de Gouméré-Tabagne afin de contribuer au financement de la location des engins utilisés lors de l’opération.

Le nom de cet administrateur n’a pas été communiqué dans la présentation officielle du Parquet. Dans son propre travail d’enquête, Enquête Media affirme toutefois avoir identifié cette personne comme Ouattara Dramane, ancien conservateur de la propriété foncière et des hypothèques de Marcory.

Cette identification, qui n’apparaît pas dans les éléments publics du Parquet consultés, appelle donc une vérification indépendante avant d’être considérée comme établie.

La question journalistique demeure néanmoins entière : quel était exactement le rôle de cet apport financier dans la préparation et l’exécution de l’opération de démolition ?

34 hectares contre 6,88 hectares : deux périmètres à ne pas confondre

L’écart entre les deux chiffres constitue l’un des points sensibles du dossier.

D’un côté, Alloui Brou Jacques revendique un domaine de 34 hectares et affirme avoir obtenu une autorisation de remblayage portant sur cette superficie. Cette affirmation a été largement rapportée depuis juin et fait partie des éléments ayant conduit la HABG à engager des vérifications.

De l’autre, le Cadastre, saisi par le Parquet, a déterminé à 6 hectares, 88 ares et 38 centiares la superficie de la zone directement touchée par les démolitions du 3 juin.

Il ne s’agit donc pas nécessairement d’une contradiction arithmétique : les deux chiffres peuvent correspondre à deux périmètres différents. La véritable question est de savoir quelle est la situation juridique et physique du reste du domaine revendiqué, notamment au regard des autorisations de remblayage, des titres fonciers et du domaine public.

Le remblayage, autre volet de l’affaire

Cette distinction est d’autant plus importante que l’affaire ne porte pas uniquement sur les maisons détruites.

La HABG avait annoncé que ses vérifications porteraient également sur la légalité des travaux de remblayage, les conditions d’acquisition des 34 hectares revendiqués et l’éventuelle implication d’agents publics.

Le dossier comporte ainsi au moins trois questions distinctes :

  • la régularité des droits fonciers revendiqués sur les 34 hectares ;
  • la légalité des travaux de remblayage ;
  • les conditions dans lesquelles les démolitions du 3 juin ont été exécutées.

À ce stade, l’enquête judiciaire se poursuit et plusieurs personnes ont été entendues. Le Parquet a notamment cité le ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, le maire de Koumassi, des responsables administratifs, un député, un administrateur des services financiers, un commissaire de justice ainsi que des personnes liées à la mise à disposition des engins.

L’enjeu est désormais de déterminer si les différents éléments du dossier — 34 hectares revendiqués, 6,88 hectares effectivement impactés, remblayage, financement et chaîne opérationnelle — relèvent d’une même opération ou de séquences juridiquement distinctes.

C’est sur ce point que les prochaines étapes de l’information judiciaire pourraient apporter les principales réponses.

Les personnes citées dans le cadre de cette procédure bénéficient de la présomption d’innocence tant qu’une décision judiciaire définitive n’a pas établi leur responsabilité.

Avec Enquête media

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