Trafic de drogue en Afrique de l’Ouest : la traque de Bolle Jos provoque une crise entre la Sierra Leone et les Pays-Bas

La traque du narcotrafiquant néerlandais Jos Leijdekkers, alias « Bolle Jos », provoque une crise diplomatique entre les Pays-Bas et la Sierra Leone. Freetown accuse La Haye de « néocolonialisme », après la menace néerlandaise de faire suspendre des centaines de millions d’euros d’aide européenne au pays ouest-africain.

Le ton monte entre Freetown et La Haye autour de Jos Leijdekkers, l’un des criminels les plus recherchés des Pays-Bas et de Belgique. Condamné pour trafic de drogue à grande échelle, « Bolle Jos » est soupçonné par les autorités néerlandaises de se cacher en Sierra Leone.

Dans une interview accordée à une télévision sierra-léonaise, le ministre néerlandais de la Justice, David van Weel, a directement mis la pression sur les autorités du pays afin qu’elles procèdent à l’arrestation et à l’extradition du fugitif.

Selon lui, les démarches diplomatiques entreprises depuis plus d’un an n’ont produit aucun résultat.

« Nous avons contacté le gouvernement, nous avons déposé une demande officielle d’extradition il y a plus d’un an et, depuis, nous avons eu plusieurs contacts. Mais malheureusement, cela n’a toujours pas conduit à son extradition », a déclaré David van Weel.

Le ministre estime désormais nécessaire d’accélérer le processus. Pour accentuer la pression, il a notamment demandé à l’Union européenne d’envisager la suspension de centaines de millions d’euros d’aide au développement destinée à la Sierra Leone.

« Nous sommes un pays indépendant »

Cette initiative a provoqué une réaction particulièrement virulente de David Moinina Sengeh, ministre en chef de Sierra Leone, fonction comparable à celle de Premier ministre.

« C’est honteux. C’est du néocolonialisme », a-t-il déclaré à la suite de l’interview du ministre néerlandais.

« Nous sommes un pays indépendant. Si le ministre néerlandais veut vraiment montrer qu’il travaille, il ne devrait pas passer tout son temps à la télévision à menacer de faire suspendre l’aide de l’Union européenne. Nous ne vivons pas de l’aide de l’UE », a-t-il poursuivi.

Les autorités sierra-léonaises affirment en outre ne pas connaître la localisation du fugitif.

« Honnêtement, nous ne savons pas où il est. […] S’ils savent où il se trouve, qu’ils montrent les photos », a lancé David Moinina Sengeh.

Des images embarrassantes

Les soupçons néerlandais ne reposent toutefois pas uniquement sur des rumeurs. Bolle Jos est déjà apparu sur des images tournées lors d’un office religieux dans le village natal du président sierra-léonais Julius Maada Bio.

Des informations font également état d’une possible relation entre le narcotrafiquant et une fille du président. David Moinina Sengeh affirme ne rien savoir de cette supposée relation et reproche aux Pays-Bas de formuler des accusations sans fournir de preuves suffisantes.

« S’il ne sait pas où il se trouve, il ne peut pas porter des accusations contre notre pays. Il ne peut pas s’en servir pour nous menacer et aller faire du lobbying auprès de l’Union européenne », a-t-il déclaré à propos de David van Weel.

L’Afrique de l’Ouest au cœur des routes de la cocaïne

L’affaire intervient alors que l’Afrique de l’Ouest occupe une place croissante dans les routes internationales de la cocaïne reliant l’Amérique latine à l’Europe.

La semaine dernière, les douanes françaises ont intercepté plusieurs milliers de kilos de cocaïne à bord d’un navire en provenance du Ghana et faisant route vers Anvers. Cette importante cargaison est soupçonnée d’être liée à l’organisation de Bolle Jos.

Selon David van Weel, le narcotrafiquant néerlandais aurait fait de l’Afrique de l’Ouest l’un des principaux points de transit de son organisation.

« La cocaïne vient d’Amérique latine, traverse ensuite l’Atlantique vers l’Afrique de l’Ouest, puis elle est soit stockée, soit réexpédiée », explique le ministre.

Les Pays-Bas cherchent désormais à constituer un front régional, notamment avec le Ghana et le Liberia, pour pousser la Sierra Leone à coopérer davantage.

Mais la stratégie de pression choisie par La Haye semble produire un effet diplomatique inverse : à Freetown, les menaces contre l’aide européenne sont désormais présentées comme une ingérence et le retour d’une logique de domination coloniale.

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