L’Autorité nationale de la presse (ANP) a sanctionné d’un blâme le quotidien La Voie Originale, à la suite d’un article mettant en cause le président de la République, Alassane Ouattara, dans le phénomène de l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire. Le régulateur reproche au journal des « accusations sans preuve », une « manipulation de l’information » ainsi qu’une atteinte à l’honneur et à la réputation du chef de l’État.
La décision, référencée n°001317/ANP/SG/CM, concerne un article publié dans l’édition n°1544 du 31 août 2026 de La Voie Originale. Le texte, également annoncé à la Une du quotidien et développé aux pages 4 et 5, était intitulé : « Protection du crime de l’orpaillage par Ouattara / Le premier dénonciateur a été condamné à Bouaké, en 2019 ! ».
La publication de cette manchette avait d’ailleurs été relevée dans la revue de presse ivoirienne du 31 août, alors que la question de l’orpaillage clandestin occupait une place importante dans l’actualité nationale.
L’ANP dénonce des « accusations sans preuve »
Après examen de l’article, l’ANP estime que le quotidien, « sous le couvert de dénoncer les opérations d’orpaillage en Côte d’Ivoire », a formulé des accusations qui ne seraient pas étayées par des éléments probants.
Le régulateur reproche notamment au journal d’avoir présenté comme un fait avéré une supposée « complicité très active » du président Alassane Ouattara dans les opérations d’orpaillage illégal.
Dans le passage particulièrement visé par l’ANP, La Voie Originale évoquait une preuve qui aurait été sortie « des archives de l’ONU » et diffusée sur Facebook par le professeur Jean Francis Alger Ekoungoun. Le quotidien estimait que ce document constituait une preuve de la « complicité très active d’Alassane Ouattara dans ce fléau qui détruit le pays ».
Pour l’ANP, cette conclusion n’est pas établie par les éléments présentés.
Le rapport invoqué ne mettrait pas en cause Ouattara
L’autorité de régulation va plus loin en estimant qu’« aucun élément de preuve » attestant l’implication du président de la République dans des opérations d’orpaillage illégal n’est apporté dans l’article.
Selon l’ANP, le document publié pour soutenir les accusations du quotidien « ne met nullement en cause le Président de la République dans une quelconque opération d’orpaillage illégal ». Le régulateur considère en outre qu’aucun effort journalistique suffisant n’aurait été entrepris pour vérifier les accusations avant leur publication.
C’est sur cette base que l’ANP retient plusieurs manquements déontologiques à l’encontre du quotidien.
Plusieurs dispositions du Code de déontologie invoquées
Dans son communiqué, l’ANP se réfère aux articles 1, 17 et 19 du Code de déontologie de la presse ivoirienne.
Ces dispositions imposent notamment aux journalistes de respecter les faits et de rechercher la vérité, mais également de s’interdire « le plagiat, la calomnie, la diffamation et les accusations sans fondement » ainsi que toute participation à une entreprise de manipulation de l’information ou de désinformation.
L’ANP invoque également l’article 31 nouveau de la loi de 2017 sur la presse, modifiée par la loi n°2022-978 du 20 décembre 2022. Cette disposition garantit la liberté du journaliste dans la collecte, le traitement, la publication et la diffusion de l’information, tout en imposant notamment le respect de la présomption d’innocence, de l’image, de la vie privée, de l’honneur et de la réputation.
Pour le régulateur, l’association sans preuve du chef de l’État aux opérations d’orpaillage illégal constitue ainsi une atteinte grave à son honorabilité et à sa réputation.
Un sujet devenu hautement politique
Cette sanction intervient alors que l’orpaillage illégal est au centre d’une vive confrontation politique en Côte d’Ivoire. Plusieurs responsables de l’opposition mettent en cause la responsabilité du pouvoir dans l’expansion du phénomène, tandis que le gouvernement rejette ces accusations.
Le 7 septembre, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a notamment contesté les accusations de Justin Koné Katinan, cadre du PPA-CI, qui avait présenté l’orpaillage illégal comme une conséquence du système politique installé par le RHDP. Le porte-parole du gouvernement a, au contraire, soutenu que le phénomène était antérieur à l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara et mis en avant les dispositifs de lutte instaurés par les autorités.
La décision visant La Voie Originale intervient donc dans un contexte où la question de l’exploitation clandestine de l’or dépasse désormais largement le seul terrain environnemental et sécuritaire pour alimenter la confrontation politique.
L’ANP appelle la presse au professionnalisme
Au terme de son communiqué, signé par son président Bakary Sanogo, l’Autorité nationale de la presse invite l’ensemble des acteurs du secteur à « faire preuve de professionnalisme dans l’exercice de leur métier ».
Ce n’est par ailleurs pas la première fois que La Voie Originale fait l’objet d’une procédure de l’ANP. Dans un précédent dossier concernant des publications d’octobre et novembre 2023, le régulateur avait déjà reproché au quotidien des accusations sans preuve visant notamment le chef de l’État. Cette procédure avait alors abouti à une suspension de sept parutions du journal et à une suspension d’écriture de quinze jours pour le journaliste concerné.
Cette fois, l’ANP a retenu la sanction du blâme, estimant que les accusations formulées dans l’édition du 31 août 2026 contre le président Alassane Ouattara n’étaient pas suffisamment étayées.






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