Aéroport de Korhogo : conçu pour 150 000 passagers, mais encore loin de sa pleine capacité

Modernisé à grands frais et présenté comme l’un des symboles du développement du nord de la Côte d’Ivoire, l’aéroport de Korhogo dispose désormais d’une aérogare dimensionnée pour accueillir 150 000 passagers par an. Mais derrière cette capacité affichée se pose une question : le trafic réel justifie-t-il, pour l’heure, l’ampleur des investissements réalisés ?

Inauguré le 18 mai 2024 après sa rénovation, l’aéroport international de Korhogo a changé de dimension. L’État ivoirien indique avoir consacré environ 23 milliards de FCFA à sa modernisation. La nouvelle aérogare peut accueillir 150 000 passagers par an, contre 23 000 auparavant. La piste a également été réhabilitée et portée de 1 900 à 2 100 mètres, tandis que la plateforme a été dotée d’équipements modernes d’aide à l’atterrissage et de nouvelles capacités de stationnement des avions.

L’ambition dépasse donc la simple desserte entre Korhogo et Abidjan. La modernisation des aéroports de l’intérieur s’inscrit dans une politique plus générale visant à développer le transport aérien domestique et l’intégration régionale.

Une capacité encore largement sous-exploitée

Le défi est désormais de remplir cette infrastructure.

Les données publiques disponibles montrent que le trafic des aéroports de l’intérieur reste encore modeste par rapport aux capacités installées. En 2024, la SODEXAM a enregistré 14 838 passagers et 687 vols pour l’ensemble des plateformes de Bouaké, Korhogo, San Pedro et Yamoussoukro concernées par les opérations mentionnées dans son bilan.

Il convient donc d’être prudent avec l’affirmation selon laquelle Korhogo enregistrerait actuellement « moins de 30 000 passagers par an » : les sources officielles consultées confirment la capacité de 150 000 passagers, mais ne fournissent pas, pour l’instant, de chiffres annuels suffisamment précis pour le seul aéroport de Korhogo.

Le constat de fond demeure néanmoins : l’infrastructure est dimensionnée pour un trafic très supérieur à celui observé jusqu’ici.

La desserte repose par ailleurs largement sur la compagnie nationale Air Côte d’Ivoire. Ce modèle permet de maintenir la connexion entre Korhogo et Abidjan, mais reste encore éloigné de l’ambition d’une véritable plateforme capable d’attirer durablement des liaisons régionales et, à terme, internationales.

Un investissement de prestige ou un pari sur l’avenir ?

C’est précisément cette différence entre capacité théorique et fréquentation réelle qui nourrit les critiques de ceux qui voient dans certains grands investissements réalisés à Korhogo des projets surdimensionnés par rapport aux besoins immédiats.

Depuis une quinzaine d’années, d’importants moyens ont été consacrés au développement du nord ivoirien : routes bitumées, voiries urbaines, ponts, infrastructures sportives, projets agro-pastoraux et équipements publics.

L’aéroport s’inscrit dans cette stratégie d’équipement à long terme. Mais construire l’infrastructure ne suffit pas. Encore faut-il créer autour d’elle une activité économique, touristique et commerciale capable de générer suffisamment de voyageurs.

Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas seulement la beauté de l’aérogare ou sa capacité maximale de 150 000 passagers. Il sera surtout sa capacité à attirer de nouvelles compagnies, ouvrir des dessertes sous-régionales et augmenter durablement le nombre de voyageurs.

À défaut, l’aéroport de Korhogo risque de rester pendant plusieurs années une infrastructure moderne largement sous-utilisée, alimentant le débat entre ceux qui y voient un investissement stratégique anticipant le développement futur du Nord et ceux qui dénoncent un projet de prestige dont les dimensions précèdent largement la demande réelle.

Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Retour en haut