Trois jours de travail, trois résolutions, et une administration qui reprend la main sur son principal levier financier : l’atelier organisé du 12 au 14 août 2026 au Caterina Resort Hotel de Grand-Bassam marque une étape dans la refonte du système de collecte de la Taxe sur la Publicité (TSP), pilier du financement de l’Agence de Soutien et de Développement des Médias (ASDM).
Le constat qui a déclenché cette initiative est sans appel. Alors que le marché publicitaire ivoirien progresse de 15 % chaque année, le taux moyen de reversement de la TSP à l’ASDM n’a été que de 44,6 % sur la période 2023-2025, moins de la moitié des montants attendus. Or cette taxe pèse pour 92 % dans le financement des accompagnements que l’Agence apporte aux acteurs des médias. L’écart, loin de se résorber, s’est creusé au fil des exercices budgétaires, menaçant directement la capacité de l’ASDM à remplir ses missions de structuration du secteur.
C’est pour inverser cette tendance que le Ministre de la Communication, Porte-parole du Gouvernement, Amadou Coulibaly, a ouvert les travaux le 12 août, en présence du Ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, représenté par son Directeur de Cabinet adjoint, Vassogbo Bamba.
Trois résolutions pour reprendre le contrôle de la chaîne fiscale
Réparties en deux commissions techniques, les délégations de la Direction Générale des Impôts (DGI), de la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP), de la Direction Générale des Établissements Publics Nationaux (DGEPN) et des professionnels des médias ont abouti, en plénière, à trois résolutions.
La première vise à optimiser la mobilisation de la TSP elle-même. Distinction entre la part revenant à l’ASDM et celle destinée aux collectivités locales, cette dernière renommée « Taxe Locale sur les Supports Publicitaires », élargissement de l’assiette par le recensement et le contrôle fiscal, et surtout un levier de coercition inédit. La délivrance de l’Attestation de Régularité Fiscale sera désormais conditionnée à la régularité du contribuable vis-à-vis de la TSP.
La deuxième s’attaque à un angle mort du dispositif actuel : la publicité digitale. Influenceurs, créateurs de contenus, contrats de sponsoring, et même les grandes plateformes numériques internationales (GAFAM) devront entrer dans le champ de la taxe, selon les recommandations formulées. L’ASDM est chargée de formaliser ces propositions dans un mémorandum à l’attention de la DGI.
La troisième institutionnalise la démarche, un cadre permanent de collaboration entre la DGI, la DGTCP, la DGEPN et l’ASDM est créé pour entretenir un dialogue continu sur la collecte et le reversement de la taxe. Sa concrétisation passera par un arrêté interministériel, que les participants appellent de leurs vœux.
Cet Atelier porte la signature du Directeur Général de l’ASDM, Méité Sindou. Plutôt que de s’en tenir à un rapport de force avec les administrations fiscales, il a choisi de construire un diagnostic commun, en amont, à travers deux études : l’une sur le potentiel fiscal de la TSP, commanditée dès 2024, l’autre confiée à l’expert Yao Konan Agara pour cartographier les acteurs du secteur publicitaire.
L’atelier s’inscrit du reste dans une feuille de route plus large : le déploiement du Plan Stratégique de Soutien et de Développement des Médias (PSSDM) 2024-2026, dont il traduit une orientation centrale, consolider les moyens d’action de l’ASDM en renforçant la collecte, la gestion et l’affectation de cette ressource fiscale stratégique.
Au-delà des textes adoptés, l’enjeu se déplace maintenant vers leur application concrète. La signature de l’arrêté interministériel actant le cadre permanent de collaboration sera le premier test de la volonté politique affichée à Grand-Bassam. C’est de cette mise en œuvre que dépendra, dans les prochains exercices budgétaires, le redressement effectif du taux de reversement de la TSP, et donc la capacité de l’ASDM à financer durablement l’accompagnement des médias ivoiriens.






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