Place Ficgayo : avant les arbres et les fleurs, débarrassons-nous de la poussière et de la boue

Les critiques adressées au maire de Yopougon, Adama Bictogo, après la transformation de la place Ficgayo paraissent parfois bien hâtives. Si la question de la végétalisation et des espaces verts mérite d’être posée, il faut aussi regarder ce qu’était réellement cet espace avant sa réhabilitation.

Une mer de bitume, sans arbres, sans ombre et sans véritable espace de vie : voilà ce que certains présentent déjà comme le symbole d’une modernité mal pensée.

La critique peut être entendue. Une ville ne se construit pas uniquement avec du béton et du bitume. Elle doit aussi offrir à ses habitants des arbres, de l’ombre, des espaces verts et des lieux de détente.

Mais faut-il pour autant condamner immédiatement la transformation de la place Ficgayo ?

De la boue et de la poussière à un espace aménagé

Il faut se souvenir de ce qu’était devenue la place Ficgayo au fil des décennies. À l’origine pensée comme un espace gastronomique et commercial, elle s’est progressivement transformée en un lieu à tout faire : spectacles, baptêmes, funérailles, meetings politiques, manifestations diverses et même parties de maracana.

Le tout, trop souvent, dans la boue et la poussière.

Alors, avant de réclamer immédiatement des arbres et des fleurs, ne peut-on pas reconnaître qu’il fallait d’abord débarrasser cet espace de la boue et de la poussière ?

Souffrez qu’on vous enlève la boue et la poussière avant de vous apporter les arbres et les fleurs.

La transformation d’un espace urbain ne se fait pas nécessairement en une seule étape. Il peut y avoir une première phase consacrée à l’aménagement, à l’assainissement, à la sécurisation et à la création d’infrastructures, avant une seconde étape consacrée à la végétalisation et à l’embellissement.

Une question qui dépasse Bictogo

La question des espaces verts à Abidjan ne peut cependant pas être réduite à la seule place Ficgayo ou à la responsabilité du maire Bictogo.

Tous les gouvernements successifs portent une part de responsabilité, au même titre que les populations et les collectivités locales.

Il suffit de comparer certains anciens quartiers d’Abidjan avec les nouveaux.

L’ancien Cocody, Treichville, le Plateau, les II-Plateaux et plusieurs quartiers historiques disposent encore d’arbres, de plantations et d’espaces verts qui témoignent d’une époque où l’aménagement urbain intégrait davantage la végétation.

Dans plusieurs nouveaux quartiers comme Yopougon, Angré ou Abobo, ces espaces sont beaucoup plus rares.

Le constat vaut également pour de nombreuses autres villes du pays.

Une ville ne se construit pas seulement avec du béton

La véritable question devrait donc être celle de la vision urbaine à long terme.

Une ville se construit pour ses habitants. Elle doit pouvoir offrir des routes, des équipements, des marchés, des espaces commerciaux et culturels, mais aussi des arbres, des jardins, des espaces de respiration et des lieux de rassemblement.

Critiquer l’absence d’arbres est donc parfaitement légitime. Mais critiquer systématiquement un projet parce que les arbres et les fleurs ne sont pas encore visibles peut aussi conduire à un jugement trop rapide.

On ne peut pas demander simultanément de supprimer la boue, la poussière et l’insalubrité d’un espace tout en exigeant qu’il devienne immédiatement un jardin botanique.

Et la santé des usagers ?

Il ne faut pas non plus oublier les personnes qui ont fréquenté la place Ficgayo pendant des décennies.

Les pleureurs venus accompagner leurs proches lors des funérailles, les participants aux cérémonies, les commerçants, les spectateurs et les joueurs de maracana ont passé des années dans cet environnement poussiéreux et boueux.

Combien de problèmes de santé liés à ces conditions auraient pu être évités avec un espace correctement aménagé ?

C’est aussi sous cet angle qu’il faut regarder la transformation de la place.

Moins de grogne, plus de patience

Il est évidemment souhaitable que la place Ficgayo ne reste pas une simple étendue de bitume. Il faudra des arbres, des fleurs, de l’ombre et de véritables espaces de vie.

Mais laissons peut-être le temps au projet d’aller jusqu’à son terme avant de tirer des conclusions définitives.

Au fond, le débat sur Ficgayo devrait surtout nous conduire à une réflexion plus large : quelle ville voulons-nous construire pour les générations futures ?

Car si nous avons aujourd’hui des quartiers anciens plus verdoyants et des quartiers nouveaux qui le sont beaucoup moins, c’est aussi le résultat de décennies de choix politiques, administratifs et citoyens.

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