Café-cacao en Côte d’Ivoire : fixer les prix suffit-il à protéger les planteurs ? (tribune)

L’encadrement des prix agricoles vise à sécuriser les revenus des producteurs face aux fluctuations du marché. Mais cette protection reste incomplète sans accès au crédit, au stockage et à une véritable capacité de négociation.

Pourquoi la Côte d’Ivoire fixe-t-elle les prix payés aux producteurs de café, de cacao, d’anacarde ou de coton, plutôt que de laisser les transactions se négocier librement ? Derrière cette question se trouve un enjeu essentiel : qui dispose réellement du pouvoir de négociation dans les filières agricoles ?

L’intervention publique repose sur une logique de protection. Face à des acheteurs mieux financés et mieux informés, les petits exploitants peuvent difficilement défendre seuls leurs intérêts. Leurs besoins immédiats les poussent souvent à vendre rapidement, même lorsque les conditions leur sont défavorables.

Un prix garanti ou un prix plancher doit leur assurer une rémunération minimale et une meilleure visibilité. Les mécanismes diffèrent toutefois selon les filières : un prix plancher constitue un minimum obligatoire, tandis qu’un prix garanti s’inscrit dans une organisation plus encadrée de la commercialisation.

La stabilité a aussi ses limites

Pour les producteurs, connaître le prix de campagne facilite la préparation des dépenses : entretien des plantations, main-d’œuvre, remboursement des crédits et charges familiales. Cette prévisibilité compte dans une activité exposée aux aléas climatiques et commerciaux.

Mais la stabilisation implique des arbitrages. Dans un système de ventes anticipées, le prix payé au planteur dépend notamment de contrats conclus avant la récolte. Une hausse des cours internationaux ne se répercute donc pas nécessairement immédiatement sur sa rémunération. À l’inverse, ces contrats peuvent offrir une protection lorsque les cours baissent.

La qualité du dispositif dépend alors de sa gestion : quels prix ont été obtenus à l’exportation ? Quels coûts et prélèvements ont été déduits ? Quelle part revient effectivement au producteur ? Sans réponses accessibles, la protection annoncée reste difficile à évaluer.

Un prix affiché ne garantit pas une récolte vendue

La fixation d’un montant au kilogramme ne suffit pas à assurer un revenu. Encore faut-il que les acheteurs disposent des financements nécessaires, que les produits soient collectés et que les paiements interviennent dans les délais.

Un prix déconnecté des débouchés peut freiner les achats et contribuer à l’accumulation des stocks. À l’inverse, une rémunération trop faible pénalise les exploitants et réduit leur capacité à entretenir leurs plantations.

Le contrôle du respect des prix est donc aussi important que leur annonce. Des retenues injustifiées, des pesées contestables ou des retards de paiement peuvent diminuer la somme réellement perçue.

Donner aux producteurs les moyens de négocier

Supprimer l’encadrement ne créerait pas automatiquement un marché favorable aux planteurs. Lorsque les acheteurs sont peu nombreux dans une zone et que les exploitants manquent de trésorerie, la liberté contractuelle peut renforcer les acteurs déjà dominants.

L’enjeu consiste aussi à développer des coopératives capables de regrouper les volumes, de négocier les contrats et d’accéder directement aux débouchés. Le crédit, les entrepôts et les moyens de transport permettraient aux producteurs de moins dépendre d’une vente dans l’urgence.

Une information régulière sur les cours, les exigences de qualité et les conditions d’achat renforcerait également leur position.

La régulation doit ainsi être jugée sur ses résultats : des récoltes effectivement écoulées, des paiements rapides, des comptes transparents et une rémunération permettant de vivre du travail agricole. Protéger les planteurs exige de leur donner davantage de moyens pour décider, négocier et investir.

Koffi Kouakou

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