AVC, infarctus, hypertension, diabète, insuffisance cardiaque : avec l’âge, les risques cardiovasculaires augmentent considérablement. Face au coût humain, social et économique de ces pathologies, la Côte d’Ivoire pourrait mettre en place un Programme national de prévention cardiovasculaire destiné aux personnes âgées de 50 ans et plus. L’objectif : dépister plus tôt les facteurs de risque, traiter les personnes qui en ont besoin et prévenir plutôt que prendre en charge tardivement des complications souvent graves et coûteuses.
En Côte d’Ivoire comme ailleurs dans le monde, l’allongement de l’espérance de vie pose un nouveau défi aux politiques de santé publique : comment permettre à une population vieillissante de vivre plus longtemps, mais surtout en meilleure santé ?
Les maladies cardiovasculaires doivent occuper une place centrale dans cette réflexion. Hypertension artérielle, accident vasculaire cérébral (AVC), infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque, diabète et maladies vasculaires peuvent entraîner décès prématurés, handicaps lourds et hospitalisations répétées.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les maladies cardiovasculaires demeurent la première cause de mortalité dans le monde. Une grande partie de ces décès est liée aux infarctus et aux AVC, alors que plusieurs de leurs principaux facteurs de risque peuvent être détectés et traités.
Pourquoi, dès lors, ne pas faire de la prévention cardiovasculaire des personnes de 50 ans et plus une véritable politique nationale en Côte d’Ivoire ?
Un bilan cardiovasculaire périodique à partir de 50 ans
Le principe pourrait être relativement simple : permettre à chaque personne âgée de 50 ans et plus de bénéficier périodiquement d’un bilan cardiovasculaire gratuit ou très fortement subventionné.
Ce rendez-vous de prévention pourrait comprendre la mesure de la tension artérielle, la recherche du diabète, une glycémie, l’évaluation du poids et de l’obésité, la recherche des facteurs de risque liés au tabac, à l’alimentation et à la sédentarité ainsi qu’un bilan lipidique lorsque celui-ci est indiqué.
Une évaluation médicale permettrait ensuite d’identifier les personnes présentant un risque cardiovasculaire élevé.
Pour certains patients, des examens complémentaires, notamment un électrocardiogramme (ECG), pourraient être prescrits afin de rechercher certaines anomalies cardiaques.
L’objectif ne serait donc pas de multiplier inutilement les examens, mais de repérer les personnes à risque avant l’apparition d’un AVC, d’un infarctus ou d’une autre complication grave.
Détecter cette hypertension qui ne fait parfois aucun bruit
L’un des principaux adversaires serait l’hypertension artérielle.
Cette maladie peut évoluer pendant des années sans provoquer de symptômes importants. Une personne peut ainsi se sentir en bonne santé tout en présentant une pression artérielle trop élevée qui endommage progressivement ses artères, son cœur, ses reins ou son cerveau.
C’est précisément là que la prévention prend tout son sens.
Découvrir une hypertension à 52 ou 55 ans et la contrôler correctement peut être beaucoup plus avantageux pour le patient et pour la collectivité que de découvrir cette hypertension plusieurs années plus tard à l’occasion d’un AVC.
Le même raisonnement vaut pour le diabète et certains troubles du cholestérol.
Des médicaments gratuits ou subventionnés, mais selon le risque de chacun
Le deuxième pilier du programme serait l’accès au traitement.
Une politique de dépistage perd une grande partie de son intérêt si une personne apprend qu’elle souffre d’hypertension ou de diabète mais ne dispose pas des moyens nécessaires pour suivre durablement son traitement.
L’État pourrait donc définir un panier de médicaments essentiels gratuits ou fortement subventionnés pour les personnes de 50 ans et plus présentant certains risques cardiovasculaires.
Il pourrait notamment concerner, selon les indications médicales, certains antihypertenseurs, médicaments contre le diabète et traitements destinés à réduire le cholestérol.
Les achats publics de médicaments génériques en grandes quantités permettraient de négocier les prix et de réduire le coût du programme.
Non, des anticoagulants ne devraient pas être distribués à tous les plus de 50 ans
La prévention cardiovasculaire ne signifie cependant pas distribuer systématiquement des anticoagulants à toutes les personnes ayant dépassé 50 ans.
Les anticoagulants sont des médicaments essentiels pour certaines pathologies. Ils peuvent notamment être prescrits dans certaines fibrillations atriales, thromboses veineuses, embolies pulmonaires ou autres situations présentant un risque de formation de caillots.
Mais ils comportent également un risque d’hémorragie.
L’âge de 50 ans ne constitue donc pas, à lui seul, une indication pour prendre un anticoagulant.
Dans le cadre du programme national, ces médicaments devraient être réservés aux patients pour lesquels un médecin a identifié une indication précise et évalué le rapport entre bénéfice et risque.
Les anticoagulants ne « régénèrent » pas non plus les vaisseaux sanguins. La meilleure protection des artères repose notamment sur le contrôle de la tension, du diabète et du cholestérol, l’arrêt du tabac, une alimentation adaptée et l’activité physique.
Prévenir les AVC plutôt que financer leurs conséquences
L’intérêt économique d’un tel programme mérite également d’être étudié.
Un AVC grave ne représente pas seulement une dépense d’hospitalisation. Il peut entraîner des mois ou des années de rééducation, une perte d’autonomie, l’incapacité de reprendre une activité professionnelle et parfois la nécessité pour un membre de la famille d’abandonner une partie de ses propres activités afin de s’occuper du malade.
L’insuffisance rénale, les complications du diabète, l’infarctus ou l’insuffisance cardiaque représentent également des dépenses considérables pour les familles et le système de santé.
La véritable question économique devient alors : combien coûte la prévention comparativement à ce que coûtent les maladies cardiovasculaires lorsqu’elles sont diagnostiquées trop tard ?
Un programme qui pourrait commencer par un projet pilote
Il ne serait pas nécessaire de déployer immédiatement le dispositif sur l’ensemble du territoire.
La Côte d’Ivoire pourrait commencer par plusieurs régions pilotes, représentant différentes réalités démographiques et sanitaires.
Pendant deux ou trois ans, les autorités pourraient mesurer le nombre de personnes dépistées, le nombre de nouveaux cas d’hypertension ou de diabète découverts, le pourcentage de patients correctement traités, l’évolution de leur tension artérielle et de leur glycémie, ainsi que les hospitalisations pour AVC et autres complications cardiovasculaires.
Ces données permettraient ensuite de déterminer scientifiquement l’efficacité du dispositif avant son extension nationale.
Centres de santé, pharmacies et agents de santé communautaire
Un tel programme ne devrait pas nécessairement reposer uniquement sur les grands CHU.
Une partie importante de la prévention peut être organisée dans les centres de santé de proximité.
Les infirmiers, médecins généralistes, sages-femmes et autres professionnels de santé pourraient participer au dépistage. Dans un cadre réglementé et avec des protocoles précis, les pharmacies et agents de santé communautaire pourraient également contribuer à certaines opérations simples, notamment la sensibilisation et l’orientation des personnes présentant des facteurs de risque.
L’objectif serait de rapprocher la prévention des populations plutôt que d’attendre que les malades arrivent dans les services spécialisés après l’apparition des complications.
Combien coûterait le programme à l’État ?
Avant son lancement, une étude économique détaillée serait indispensable.
Prenons uniquement une hypothèse illustrative : si trois millions de personnes étaient concernées et que le coût moyen d’un bilan périodique revenait à 5 000 FCFA par bénéficiaire, l’enveloppe théorique serait de 15 milliards de FCFA pour un cycle de dépistage.
À 10 000 FCFA par personne, elle atteindrait 30 milliards de FCFA.
Ces montants ne constituent pas une estimation du coût réel d’un programme ivoirien. Le nombre exact de bénéficiaires, la périodicité des examens, les infrastructures existantes, les médicaments retenus et les prix obtenus par l’État modifieraient considérablement le budget.
Il faudrait surtout mettre ces dépenses en regard des hospitalisations, traitements lourds, handicaps et décès prématurés potentiellement évités.
Faire de 50 ans un rendez-vous avec la prévention
Le véritable changement serait finalement culturel.
Dans un système de santé largement sollicité lorsque la maladie est déjà présente, le Programme national de prévention cardiovasculaire des 50 ans et plus ferait de la prévention une étape normale du vieillissement.
Atteindre 50 ans pourrait ainsi devenir l’occasion d’un premier bilan approfondi, suivi d’évaluations périodiques déterminées selon le niveau de risque de chacun.
L’État investirait alors non pas dans la distribution aveugle de médicaments, mais dans la connaissance du risque individuel : dépister, prévenir, traiter et suivre.
La Côte d’Ivoire dispose d’un réseau sanitaire, de professionnels de santé et d’une couverture maladie en développement qui pourraient servir de socle à une telle politique.
Reste à déterminer son coût réel et, surtout, son efficacité potentielle dans le contexte ivoirien.
Car derrière les milliards de FCFA consacrés à la prévention se trouve une question beaucoup plus importante : combien d’AVC, d’infarctus, de handicaps lourds et de décès prématurés pourrait-on éviter chaque année en intervenant avant que la maladie ne frappe ?
C’est à cette question qu’une étude nationale, suivie d’un projet pilote rigoureusement évalué, devrait désormais tenter de répondre.






Commentaires Facebook