Le 16 Juin dernier, lors d’une réunion interministérielle consacrée aux inondations, le premier ministre Beugré Mambé a remis sur la table le décret sur l’interdiction des sachets plastiques pris en 2013. Pour le gouvernement ces sachets sont « responsables des inondations en obstruant les caniveaux et égouts d’évacuation ». Le District d’Abidjan a connu en Juin 2026 des inondations dévastatrices, précédée d’une crise des ordures. Des instructions ont été données aux ministères concernés pour une application stricte du décret d’interdiction.
Depuis 2013, les sachets plastiques sont officiellement interdits en Côte d’Ivoire. Dans les faits cependant, la situation a été confuse, les sachets ont toujours été disponibles. Devant l’échec dans la mise en œuvre de cette interdiction, les autorités ont fini par » tolérer » leur fabrication. Aujourd’hui les sachets plastiques n’ont jamais été autant utilisés par la population.
Par le décret d’interdiction de 2013, le gouvernement ivoirien disait vouloir faire la promotion des sachets biodégradables. Le problème est le prix de ceux-ci, facturés entre 200 et 300 fcfa dans les hypermarchés où ils sont disponibles. Ce prix reste un obstacle à leur utilisation massive par la population, dans la mesure où les sachets plastiques ne sont pas facturés aux clients. Ils sont fournis gratuitement lors des achats.
Sur le plan strictement macroéconomique, la demande en Côte d’Ivoire oscillait autour de 120 millions de sachets plastiques par an. Il y a aussi le secteur du recyclage du plastique ( sachets et bouteilles ) qui s’est fortement développé ces dernières années. Environ 20% des déchets plastiques sont recyclés. Si l’interdiction du plastique est mise en œuvre avec une « rigueur renouvelée » comme l’a laissé entendre le Premier Ministre, des conséquences sur l’activité industrielle seront à déplorer.
En 2013, afin de faire respecter le décret d’interdiction, des agents des forces de l’ordre intervenaient dans les usines pour arrêter la production des sachets. Cette interdiction a boosté l’importation frauduleuse en provenance des pays voisins, et une production locale devenue « clandestine ». A l’époque 100 000 emplois furent impactés au niveau de tous les acteurs ( fabricants, grossistes, détaillants, petits revendeurs ). Aujourd’hui, les pertes d’emplois seront records. La Côte d’Ivoire reste un pays en développement. Il faut éviter d’appliquer les standards des pays européens. Elle n’est pas suffisamment mature pour se passer des sachets plastiques. Leur interdiction est malheureuse.
Ils ne sont responsables ni de la crise des ordures, ni des inondations. Lorsque les déchets s’accumulent sur la voie publique faute d’être collectés, ils finissent par déborder dans les caniveaux et obstruent les égouts à la faveur des pluies. Si les ordures sont correctement collectées, alors la question est réglée. C’est aussi simple que cela. Dernier point, au Rwanda, souvent pris comme l’exemple d’un « pays sans plastique », il faut avoir à l’esprit que la détention du plastique mène droit en prison. Une telle mesure ne peut s’appliquer en Côte d’Ivoire.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales






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