Une étude de l’Agefop révèle : « Les jeunes ne veulent pas de l’agriculture…ils veulent être policiers » – Le « Passeport Compétences » comme réponse

L’auditorium de la Primature a accueilli le jeudi 18 juin 2026, une importante cérémonie à l’initiative de l’Agence de gestion de la formation professionnelle (Agefop). Il s’agissait de la restitution du rapport de l’étude d’identification des besoins en compétences (Eibc). Présenté par le professeur Koutou, conseiller technique de la Dg de l’Agefop, cette étude est organisée dans le cadre du programme national passeport-compétences. Elle en est à sa phase pilote. Dans son exposé, le présentateur a indiqué que son équipe a été déployée dans 3 localités du pays. La commune de Yopougon, la région du Sud Comoé et le district des savanes. Selon le professeur, partout, le constat révèle une inadéquation criarde entre les formations offertes et les emplois disponibles.

A travers l’enquête terrain, il a exposé de fortes faiblesses dans l’adressage de la problématique de l’insertion et de l’employabilité des jeunes. Des centres de formation professionnelle qui manquent d’équipements et de professeurs dans des disciplines de spécialités, des infrastructures dégradées, un personnel démotivé, le tout couronné par un manque de main d’œuvre qualifiée quand des emplois sont disponibles.

De façon plus concrètes l’étude expose ces constats documentés :

  1. L’invisibilité des compétences : 87% des jeunes exerçant un métier – mécanique, couture, restauration, BTP – n’ont aucune certification. Leur savoir-faire reste « non monnayable » auprès des banques, marchés publics et employeurs formels.
  2. Le décalage formation-emploi : 64% des entreprises interrogées déclarent recruter à l’étranger faute de profils certifiés localement, alors même que des artisans ivoiriens maîtrisent les gestes. L’enquête identifie 12 filières prioritaires où la demande dépasse l’offre certifiée : soudure, électricité bâtiment, agro-transformation…
  3. La demande sociale forte : 92% des personnes enquêtées se disent prêtes à passer une évaluation si elle est gratuite, rapide et reconnue par l’État. Le frein n°1 n’est pas la peur du test, mais le coût et la complexité des diplômes classiques.

Le Passeport Compétences, réponse concrète

Le conseiller technique dans son exposé a révélé la psychologie des jeunes gens face à la question de l’emploi. Pour eux, dit-il, la pénibilité du travail reste un frein. De sorte que les mêmes réponses sont données quant à leur devenir : « ils ne veulent pas du travail de l’agriculture. Ils veulent être policiers ou gendarmes ». Chez la plupart des jeunes, est donc décent un travail qui donne une certaine renommée dans la société et qui donne droit à un salaire mensuel. L’auto-emploi est considéré comme de la débrouillardise et non comme un travail. Face à une telle conception, la Directrice générale de l’Agefop trouve dans la qualification une première réponse, d’où le passeport compétences qu’elle propose.

 » Plus qu’un programme, il constitue une nouvelle manière de penser la relation entre la formation, les territoires et l’économie. Il repose sur une conviction simple mais essentielle : on ne peut former efficacement que lorsque l’on connaît précisément les compétences dont un territoire, une entreprise ou un secteur d’activité a réellement besoin. C’est pourquoi nous avons choisi de partir du terrain », a justifié Karitia Coulibaly de Medeiros dans son discours. Et la Dg d’éclairer plus loin, l’objectif derrière cette initiative d’aller au cœur des territoires et régions pour cerner les problèmes : « Le Programme National Passeport-Compétences permettra de proposer des parcours plus individualisés, plus souples et davantage adaptés aux réalités des bénéficiaires. Il associera l’apprentissage dual, les formations courtes co-construites avec les professionnels, les compétences numériques, les compétences entrepreneuriales, les dispositifs d’alphabétisation fonctionnelle ainsi que la reconnaissance des acquis de l’expérience. Notre objectif est clair : Permettre à chaque Ivoirienne et à chaque Ivoirien de transformer son potentiel en compétence reconnue ».

Présent à la cérémonie, le ministre Adama Camara a salué un outil « d’équité et d’inclusion » qui valorise l’intelligence des mains. Le président Aka Aouélé parrain de l’activité a insisté sur le rôle du CESEC pour l’appropriation sociale du projet.

SD à Abidjan

sdebailly@yahoo.fr

Légende photo : La Dg de l’Agefop Karitia Coulibaly en compagnie du président du Cesec Aka Aouélé, des ministres Adama Camara et Moulod.

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