Inondations à Abidjan : changement climatique ou défaillance de la gouvernance urbaine ?

Par Dr Touré aux Usa

Le changement climatique ne concerne pas uniquement Abidjan. Toutes les villes côtières d’Afrique de l’Ouest sont confrontées à des risques liés à l’élévation du niveau de la mer, à l’érosion côtière et à l’intensification des épisodes de fortes précipitations. Toutefois, expliquer les inondations récurrentes d’Abidjan uniquement par le changement climatique serait réducteur.La réalité est que plusieurs facteurs locaux aggravent considérablement la vulnérabilité de la ville. L’urbanisation rapide, l’occupation de zones inondables, l’insuffisance des infrastructures de drainage, le mauvais entretien des ouvrages d’assainissement, l’accumulation des déchets et l’imperméabilisation croissante des sols contribuent fortement à la fréquence et à l’intensité des inondations.Par ailleurs, Abidjan n’est pas la seule ville côtière africaine touchée par ce phénomène. Des villes comme Lagos, Accra, Dakar, Cotonou ou Douala connaissent également des épisodes d’inondation parfois sévères. La différence réside souvent dans la qualité de la planification urbaine, de la gestion des déchets, de l’entretien des infrastructures et de l’application des règles d’aménagement du territoire.La véritable question n’est donc pas de savoir si le changement climatique affecte uniquement Abidjan, mais pourquoi Abidjan semble particulièrement exposée. La réponse se trouve probablement egalement dans les faiblesses structurelles en matière de gouvernance urbaine. Le changement climatique peut accroître la quantité et l’intensité des pluies, mais c’est souvent la qualité de la gestion urbaine qui détermine si ces précipitations se transforment en catastrophe pour les populations. Alassane Ouattara doit aller au-delà de l’embellissement esthétique d’Abidjan et s’attaquer avec davantage de détermination aux causes structurelles des inondations récurrentes. La priorité devrait être la lutte contre l’urbanisation anarchique, le renforcement de la planification urbaine ainsi que la construction et l’entretien d’infrastructures modernes de drainage, d’assainissement et d’évacuation des eaux pluviales.Une ville moderne ne se mesure pas uniquement à la multiplication d’infrastructures visibles financées par l’endettement, ni à la construction d’échangeurs et de boulevards. Elle se mesure également à sa capacité à protéger efficacement ses populations contre les risques environnementaux, à garantir un cadre de vie salubre et à prévenir les catastrophes urbaines qui coûtent chaque année des vies humaines et des milliards de francs CFA à l’économie nationale.

Dr Aboubacar Touré

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