BURIDA: les 299 millions FCFA redistribués aux artistes reflètent-ils réellement la réalité du marché culturel ivoirien ?

Le Bureau ivoirien du droit d’auteur (BURIDA) a annoncé la mise en répartition de 299,6 millions de FCFA au profit de 2 766 créateurs, artistes et ayants droit au titre de la session de juin 2026. Une annonce présentée comme une nouvelle illustration de l’engagement de l’institution en faveur de la protection des œuvres et de la rémunération des créateurs.

Au-delà des chiffres, une question demeure: ces montants reflètent-ils réellement la vitalité économique de la création artistique en Côte d’Ivoire ?

Une progression qui reste modeste

Selon les données communiquées par le BURIDA, l’enveloppe globale comprend 195,3 millions de FCFA de droits d’auteur et 104,2 millions de FCFA de droits voisins. Ces revenus proviennent essentiellement des droits de reproduction mécanique, des séances occasionnelles et des revenus liés aux sonneries téléphoniques (CRBT).

Comparativement à juin 2025, où plus de 315 millions FCFA avaient été répartis, le montant de 2026 affiche même une légère baisse. Certes, il demeure supérieur aux 143 millions FCFA distribués en juin 2024, mais cette progression reste relativement limitée au regard de la croissance du secteur des télécommunications, de la multiplication des plateformes numériques et de l’explosion de la consommation culturelle.

2 766 bénéficiaires pour moins de 300 millions FCFA

Le chiffre le plus révélateur reste sans doute le nombre de bénéficiaires.

Avec 299,6 millions FCFA répartis entre 2 766 ayants droit, la moyenne théorique se situe autour de 108 000 FCFA par bénéficiaire. Bien entendu, les répartitions ne sont pas égalitaires et les artistes les plus diffusés perçoivent davantage.

Le BURIDA indique d’ailleurs que le plus important montant attribué à un auteur-compositeur dépasse légèrement 4 millions FCFA, sans donner le nom de l’artiste. Une autre occasion de transparence ratée.

Ce chiffre soulève lui aussi des interrogations. Dans une industrie musicale où certains artistes aux parc-autos biens garnis sont logés  dans des maisons de plusieurs dizaines  voire centaines de milions de fcfa, cumulent plusieurs millions de vues sur les plateformes numériques, remplissent des salles de spectacles et génèrent d’importantes recettes publicitaires, un plafond de 4 petits millions de FCFA sur trois mois semble relativement faible.

Le défi de la collecte des droits

La question centrale n’est peut-être pas celle de la répartition mais celle de la collecte.

Depuis plusieurs années, les acteurs du secteur culturel dénoncent les difficultés liées :

à la sous-déclaration des exploitations d’œuvres ;

à l’utilisation non autorisée de contenus musicaux ;

à la faiblesse de la collecte dans certains secteurs économiques ;

aux difficultés de traçabilité des exploitations numériques ;

à l’absence de contribution d’une partie importante de l’économie informelle.

Dans un pays où la musique est omniprésente dans les maquis, bars, restaurants, cérémonies de mariages, funeraires, transports et événements publics, de nombreux observateurs estiment que le potentiel de collecte demeure largement sous-exploité.

L’enjeu des plateformes numériques

L’autre défi concerne la révolution numérique.

Les habitudes de consommation ont profondément changé. Une part croissante des revenus de l’industrie musicale mondiale provient désormais du streaming, des réseaux sociaux, des plateformes vidéo et des services numériques.

La question est donc de savoir quelle part réelle de cette valeur créée en ligne revient effectivement aux créateurs ivoiriens et dans quelle mesure elle est captée puis redistribuée par les organismes de gestion collective.

Les fan zones de la Coupe du monde dans le viseur

À l’occasion de cette conférence de presse, le BURIDA a rappelé aux organisateurs de fan zones et d’événements liés à la Coupe du monde 2026 leur obligation de s’acquitter des droits d’auteur lorsqu’ils diffusent des œuvres protégées.

Une démarche qui traduit la volonté de l’institution d’élargir son assiette de collecte.

« Le droit d’auteur, c’est le salaire de l’artiste », a rappelé Camara Ousmane, responsable des séances occasionnelles.

Une affirmation difficilement contestable. Encore faut-il que ce salaire corresponde à la valeur économique réelle générée par les œuvres.

Entre avancées et attentes

La répartition annoncée constitue incontestablement une bonne nouvelle pour les bénéficiaires concernés. Elle témoigne du fonctionnement régulier du système de gestion collective ivoirien et de la poursuite des efforts de protection des créateurs.

Cependant, les montants redistribués posent une question de fond : dans un pays où la création culturelle occupe une place centrale dans la vie sociale et économique, les revenus reversés aux artistes sont-ils à la hauteur de la richesse qu’ils contribuent à produire ?

Le véritable défi pour le BURIDA dans les années à venir ne sera donc pas seulement de répartir davantage, mais surtout de collecter davantage, afin que la rémunération des créateurs reflète plus fidèlement la valeur réelle de leur contribution à l’économie culturelle ivoirienne.

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