Radios privées non commerciales: Comment l’ASDM est devenue, en quatre ans, un pilier des médias ivoiriens

Depuis sa création en 2022, l’Agence de Soutien et de Développement des Médias (ASDM) a fait des radios privées non commerciales l’une des priorités de son action. Dotations en équipements, formations, appui à la gouvernance : le sous-secteur des radios privées non commerciales, longtemps considéré comme le parent pauvre du paysage médiatique ivoirien, s’est vu doter d’un accompagnement structuré, inscrit dans la durée et régulièrement documenté par des remises de matériel aux quatre coins du pays.

La plus récente de ces remises, organisée le 16 juillet 2026, à l’ISTC-Polytechnique d’Abidjan sous la présidence du ministre de la Communication, Porte-parole du Gouvernement, Amadou Coulibaly, a porté sur du matériel de production et de diffusion radiophonique attribué à douze radios privées non commerciales, pour une valeur totale de 231 millions de francs CFA. Le Directeur général de l’ASDM, Méité Sindou, et le Président de l’Union des Radios de Proximité de Côte d’Ivoire (URPCI), Éric Gohou, ont pris la parole pour dresser un bilan chiffré qui, quatre ans après la création de l’Agence, ne laisse guère de doute sur l’ampleur prise par cette politique publique.

Cette dotation s’inscrit dans le déploiement du Plan stratégique de soutien et de développement des médias (PSSDM) 2024-2026 de l’ASDM, dont l’un des objectifs majeurs est le renforcement des capacités opérationnelles des entreprises de presse, en particulier les radios privées non commerciales présentes sur l’ensemble du territoire national.

Le Gouvernement confirme le cap : « aucun sous-secteur laissé de côté »

En sa qualité de président de la cérémonie, le ministre de la Communication, Porte-parole du Gouvernement, Amadou Coulibaly, a d’emblée resitué cette remise d’équipements dans une trajectoire fixée par le Président de la République. « Cela s’inscrit dans la vision du Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, une grande vision de construire un écosystème des médias qui soit performant, fiable et responsable, pour garantir un accès à l’information et une liberté d’expression dans notre pays », a déclaré Amadou Coulibaly.

Il a resitué l’action de l’ASDM dans la continuité des réformes engagées depuis l’accession du Président Ouattara à la tête du pays, à commencer par la subvention à l’impression, avant de rappeler l’ampleur du paysage radiophonique national : 322 entreprises de radiodiffusion, dont 307 relevant des catégories suivantes : radios privées non commerciales, radios communales, de conseils régionaux, de districts autonomes, professionnelles et radios-écoles.

Il a ensuite insisté sur le rôle irremplaçable de ces radios face à la montée des réseaux sociaux et des influenceurs, phénomène qu’il a qualifié de « urbain » : « Ceux qui diffusent l’information au plus proche de nos populations à l’intérieur du pays, ce sont ces radios ». Selon lui, elles maintiennent la cohésion sociale, désamorcent les tensions par une information apaisée, relaient les campagnes de santé publique, d’éducation et de sécurité routière, et stimulent l’économie locale en mettant en relation producteurs et consommateurs.

« Cette action traduit la volonté du Gouvernement de ne laisser aucun sous-secteur des médias de côté », a-t-il affirmé, avant de fixer une contrepartie claire aux bénéficiaires : « La seule chose que je vais vous demander, c’est la responsabilité (…) Ce matériel doit servir à élever la qualité de vos programmes, à parfaire vos contenus, mais surtout à consolider la paix ».

Sur la question, plus structurelle, du modèle économique des radios privées non commerciales, la loi les autorise à tirer jusqu’à 25 % de leurs ressources de la publicité, le ministre s’est engagé sur un calendrier précis : l’envoi d’une note destinée à être soumise au Premier ministre pour transformer les orientations en cours de réflexion en actions concrètes.

 

Il a par ailleurs annoncé le déploiement, pour la première fois, de directions régionales et départementales du ministère de la Communication à travers le pays dont celle de Yamoussoukro, Dabou, Bouaké… dont l’une des missions sera d’accompagner au plus près les radios privées non commerciales sur le terrain.

Un demi-milliard de francs CFA injecté dans les radios depuis la création de l’Agence

Le Directeur général de l’ASDM, Méité Sindou, a livré un bilan précis de l’action de son institution en direction de ce sous-secteur. C’est un chiffre qui donne la mesure du chemin parcouru depuis 2022 : sur les seules années 2023 à 2025, l’Agence a soutenu 57 entités bénéficiaires pour un montant global de 517 600 000 francs CFA, un montant qui vient s’ajouter aux toutes premières actions engagées dès la mise en place de l’ASDM en 2022.

Le Directeur général a tenu à le rappeler, non sans un clin d’œil au ministre présent, ces moyens ne sortent pas de nulle part, mais procèdent d’un choix budgétaire assumé par le ministère de la Communication lui-même, qui reste le principal pourvoyeur de fonds de l’Agence.

Cet accompagnement, a-t-il détaillé, se décline en trois axes structurants du Plan Stratégique de Soutien et de Développement des Médias 2024-2026 :

  • Le matériel, pour consolider le plateau technique de base des radios, mais aussi accompagner leur transition numérique, streaming, podcasts, interactivité sur les réseaux sociaux, la « radio filmée ». L’ASDM soutient à ce titre, en accord avec l’URPCI, une plateforme mutualisée de diffusion baptisée Radio Synergie.
  • La formation, avec le financement, à l’ISTC-Polytechnique, d’un master en management des entreprises de médias destiné aux dirigeants de radios privées non commerciales et d’une formation JRI pour les journalistes, complétés par des modules dédiés à l’ancrage communautaire, à la communication pour le développement et au marketing social.
  • L’accompagnement organisationnel, pour la mise en conformité légale et l’amélioration de la gouvernance des radios, en lien avec l’URPCI. Deux radios, Radio Grand-Pont (Grand-Lahou) et Radio Divo FM, ont ainsi bénéficié d’un appui intégral à l’élaboration de leur plan de développement, en vue de futures subventions d’objectifs.

Il y a deux ans déjà (en 2024), a rappelé le Directeur général, l’ASDM avait offert « de véritables radios clés en main » à plus d’une dizaine de stations, et permis à des radios sinistrées, Assimi FM et Alliance FM de rouvrir et de reprendre l’antenne.

Sur le plan opérationnel, Méité Sindou n’a pas éludé la question des délais : les équipements de cette dernière dotation avaient été inscrits au titre de l’année budgétaire 2025, et leur acheminement a nécessité de tenir toute une chaîne, identification précise des besoins de chaque radio, mise en cohérence avec le plateau technique existant, acquisition, transport, installation puis suivi.          Loin d’être présenté comme une faiblesse, ce luxe de détails vise à démontrer que chaque équipement remis a fait l’objet d’un circuit d’achat public tracé, du budget à l’installation.

Un plaidoyer transformé en résultats, salué par les bénéficiaires eux-mêmes

C’est enfin au président de l’URPCI, Éric Gohou, porte-parole des radios bénéficiaires, qu’est revenue la parole. Il n’a pas ménagé ses mots pour qualifier l’impact de cet appui : « Recevoir ces équipements au moment où la situation financière de nombreuses entreprises de médias est difficile est une véritable bouffée d’oxygène. Mieux, une véritable bouée de sauvetage ».

Il a adressé un remerciement appuyé au chef de l’État : « Merci à Son Excellence le Président Alassane Ouattara qui, dans son projet de bâtir une grande Côte d’Ivoire, a fait confiance » à un ministre de la Communication et à un Directeur général qui ont, selon lui, fait de l’ASDM « une chance pour les médias ».

Éric Gohou a également mis en avant la culture de transparence qu’impose l’Agence à ses bénéficiaires, reddition des comptes, rapports d’activité, faisant ainsi écho à l’exigence de traçabilité budgétaire que le Directeur général venait de détailler : « la réédition des comptes que vous exigez de la part des bénéficiaires pour les financements que vous mettez en place ». Une exigence, a-t-il ajouté, dans laquelle le Conseil exécutif de l’URPCI entend lui-même s’inscrire « afin de bénéficier de la confiance de ses partenaires ».

Concrètement, l’URPCI a bénéficié en 2024 d’une subvention de 78 millions de francs CFA pour équiper 30 radios en filtres à gravité, un dispositif technique destiné à stabiliser les fréquences et à éviter tout brouillage des fréquences aéronautiques, ainsi que d’un appui au renforcement matériel de son siège et à l’organisation de son Assemblée générale.

Fort de ce bilan, le président de l’URPCI a présenté le programme 2026 de l’Union. Il a d’abord annoncé une 3ᵉ édition des « Oscars de la radio », destinée à distinguer les professionnels des radios de proximité, profitant de l’occasion pour adresser une doléance personnelle au ministre, que le nouveau prix du meilleur présentateur de journal porte son nom. « Nous pensons qu’il est temps pour l’URPCI de vous graver à jamais dans nos mémoires », a-t-il justifié.

Le programme prévoit par ailleurs une Assemblée générale de renouvellement des instances en décembre, ainsi qu’un atelier de réflexion, placé sous le contrôle de l’ASDM, sur l’avenir statutaire et économique des radios privées non commerciales.

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