Laurent Gbagbo rend hommage à Thomas Sankara sur France Culture : « Il proposait une voie à l’Afrique »

À l’occasion de la diffusion du documentaire radiophonique « Grande Traversée : Thomas Sankara, l’homme qui allait changer l’Afrique » sur France Culture en juillet 2022, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo avait livré un témoignage remarqué sur la figure emblématique de la révolution burkinabè.

Diffusée du 18 au 22 juillet 2022 en cinq épisodes, cette série coproduite par Christophe Nick et Somany Na retrace le parcours de Thomas Sankara, président du Burkina Faso de 1983 à 1987, de son enfance à son assassinat, en passant par sa révolution politique, sociale et écologique.

Aux côtés de plusieurs anciens collaborateurs, historiens, journalistes et proches de Thomas Sankara, Laurent Gbagbo avait partagé son analyse de l’héritage du capitaine burkinabè.

Selon lui, la force de Sankara résidait avant tout dans sa capacité à briser les tabous politiques de son époque.

« Thomas Sankara, ce qu’il disait était nouveau pour le public. Quand il affirmait que nous ne pouvions pas payer la dette, les jeunes Africains dansaient de joie parce que personne n’avait jamais osé dire cela auparavant. »

Pour Laurent Gbagbo, l’importance de ce discours dépassait la question de savoir s’il était réalisable ou non.

« Le problème n’était pas de savoir si c’était vrai ou faux. Le problème, c’est que cela soulevait les foules, parce qu’aucun chef d’État des pays francophones n’osait tenir un tel langage. »

L’ancien chef de l’État ivoirien estime que Thomas Sankara incarnait une rupture dans le paysage politique africain en dénonçant ouvertement les mécanismes d’exploitation du continent.

« Voilà un homme qui arrive et qui dit qu’on nous exploite. Il proposait une voie. »

Laurent Gbagbo a également souligné que cette posture inquiétait les dirigeants de l’époque, notamment ceux considérés comme proches de la France.

« Il faisait peur aux tenants de l’ordre français qui étaient là, Félix Houphouët-Boigny, Eyadéma et d’autres. En revanche, le peuple, lui, n’avait pas peur de Sankara ; il avait plutôt peur pour Sankara. »

Né le 21 décembre 1949, Thomas Sankara dirigea la Haute-Volta, rebaptisée Burkina Faso, entre 1983 et 1987. Assassiné le 15 octobre 1987, il demeure l’une des figures politiques africaines les plus admirées, notamment auprès de la jeunesse, pour son combat en faveur de la souveraineté, de la justice sociale, de l’émancipation des femmes et de la lutte contre la dépendance économique.

L’entretien de Laurent Gbagbo s’inscrivait dans une série de témoignages réunissant notamment d’anciens collaborateurs de Thomas Sankara, des historiens, des journalistes et des membres de sa famille, afin de revenir sur l’héritage politique et humain du leader burkinabè.

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